Caro Handon Au cœur des âmes Au cœur des âmes - Chapitre 20

Au cœur des âmes - Chapitre 20

Mon regard fouille l’endroit et s’efforce de la trouver, en vain. Une panique envahit mes muscles déjà tendus.


— Machk, est-ce que tu l’as vue partir ?


Il me signifie que non, et mon angoisse ne fait que croître.


— Il faut qu’on aille à sa recherche !

— Leï…

— Arrête, coupé-je Waban. Ne me dis pas que nous devons l’abandonner !

— Ce n’est pas ce que j’allais proposer, réplique-t-il. Nashoba vient avec moi pour explorer cette grotte et retrouver Aponi. Machk reste ici pour te protéger au cas où nous ne serions pas seuls.

— Hors de question ! protesté-je. Tu as dit que nous n’étions en sécurité qu’en demeurant ensemble.

— Ce que tu es bornée !

— Je confirme, s’exclame Nashoba.


Pourquoi faut-il qu’ils soient d’accord entre eux, uniquement lorsqu’il s’agit d’être contre moi ?


— Tu vas nous ralentir avec ta blessure, m’explique Waban. Si Aponi est en danger, plus tôt nous la trouvons, mieux ce sera. Alors tu ne discutes…


Un cri strident l’interrompt et chacun de nous regarde dans la même direction.


— Qu’est-ce que c’était ? demande Machk.

— Aucune idée, lui répond Waban.


Les secondes semblent s’écouler à une vitesse vertigineuse.


Sans attendre, j’avance malgré ma blessure. La douleur me fait serrer les dents, mais je refuse d’abandonner mon amie. Nous regarder dans le blanc des yeux ne va pas l’aider !


Cependant, je suis stoppée dans mon élan.


— Allez-y, je me charge de Leïka, s’écrie Nashoba en me retenant par le bras.


Il le fait ensuite passer autour de ses épaules, et sa main se cale au creux de ma taille. Je ne peux retenir un tressaillement à cette proximité.


— Appuie-toi sur moi, n’aie pas peur. Même si j’ai les tentes, j’arriverai à supporter le poids.


Les autres nous dépassent en courant. Je prends une goulée d’air, puis j’opine du chef. Nous commençons à avancer et même si ma hanche me fait souffrir, je parviens à gérer les élancements ressentis. Pendant un long moment, aucun bruit ne résonne hormis ceux de nos respirations et de nos pieds foulant le sol.


— Là-bas ! s’exclame Nashoba.


Je relève la tête vers lui, puis regarde dans la même direction. Au loin, j’aperçois Waban et Machk, les yeux levés vers le plafond. Un puits de lumière baigne l’espace devant eux. Les couleurs y sont vives, teintées d’un vert similaire à celui des prairies, et d’un violet rosé bien plus mystérieux.


Qu’est-ce que cela peut-il bien être ?


À mesure que Nashoba et moi gagnons du terrain, je devine la silhouette d’Aponi. Mais un mouvement devant elle attire mon attention. La stupéfaction s’empare de tout mon corps.


— C’est un…


Papillon…


Gigantesque !


Posé sur un tronc d’arbre, l’insecte possède une envergure hors norme qui doit bien atteindre les deux mètres ! Ses ailes sont si grandes que l’on peut apercevoir chaque poil présent sur leur surface. Leurs teintes, pareilles aux reflets qui baignent l’endroit, sont si iridescentes qu’elles en deviennent éblouissantes.


— Ce doit être l’une de nos âmes animales, chuchote Nashoba. Elles sont supposées nous attirer à elles quand nous en sommes proches.

— Mais il n’est pas de taille normale, déclare Machk sur le même ton.


Le papillon commence alors à émettre un bourdonnement sourd, qui vibre douloureusement dans mes oreilles. Je plaque mes mains dessus tant ce son m’est désagréable.


— C’est un animai maxima, comme celui des monarques ! crié-je en espérant que les autres m’entendent.

— Impossible, il ne fait pas partie des espèces dangereuses, me répond Nashoba.


À peine a-t-il terminé sa phrase que l’insecte bat des ailes. Le vent généré nous fouette le visage.


— Courez, rugit Aponi en associant parole et gestes.


Je n’ai pas le temps de réagir que Waban m’attrape par la taille, puis il me bascule sur son épaule avant de se mettre à sprinter. Mes camarades suivent le même mouvement. L’animal slalome à travers la végétation qui le ralentit, mais il ne nous lâche pas. Ma hanche douloureuse tape contre os, mais je serre les dents, consciente du danger qui nous talonne.


— Nous devons retourner au niveau des plaines, hurle Waban.

— Comment ? s’écrie Aponi.

— Remontons la source du ruisseau ! propose Nashoba. Peut-être qu’elle vient de la surface et que nous pourrons la rejoindre !


Son idée semble faire l’unanimité. Mes camarades détalent sans que je puisse faire quoi que ce soit.


Reste.


Le mot résonne dans ma tête, une fois, deux fois, et il confie sans s’arrêter, de plus en plus oppressant. J’essaye de le chasser de mon esprit, en vain. Lequel de mes amis peut bien penser cela ?


Je les jauge à tour de rôle, mais tous semblent décidés à fuir. Alors qui souhaiterait rester ? Cette question se chevauche avec les deux syllabes qui se répètent en boucle. L’espace d’un instant, ma vue se brouille tant le brouhaha se répercute dans ma boîte crânienne.


Et alors que j’ai la sensation de perdre la raison, un éclair de lucidité me traverse de part en part.


— Stop ! crié-je.


Mes amis s’arrêtent tous dans un même mouvement. Je relève le nez vers le papillon qui, lui aussi, a cessé sa progression. En vol stationnaire, il nous observe avec ses deux globes proéminents de part et d’autre de sa tête. Sa trompe effectue des allées et venues comme s’il essayait de parler.


Cœur. Semblable.


Waban se retourne, m’obligeant à me contorsionner pour voir l’animal.


— On doit s’en aller, il va nous attaquer, déclare mon ami, les dents serrées.

— Non. Il est l’animai de l’un d’entre nous.

— Hein ? Comment peux-tu en être sûre ? me demande Aponi.

— Il me l’a dit.

— Comment ? m’interroge Machk.


Je leur explique la voix dans mon esprit et leur confie que ce n’est pas la première fois que je les entends, sans pour autant mentionner ceux pour qui j’ai déjà perçu les pensées.


— Waban, est-ce arrivé à d’autres par le passé ?

— Je n’en sais rien, Nashoba.

— C’est effrayant, j’en conviens. Moi-même, je ne comprends pas comment cela est possible. Mais regardez, il ne semble pas nous vouloir de mal.


L’insecte virevolte calmement de gauche à droite et son attitude paraît convaincre mes camarades. Est-ce qu’il se peut qu’il soit mon animai ? Serait-ce la raison pour laquelle je l’entends ? Certes, sa légèreté me fascine, mais je ne ressens rien d’autre en l’observant. J’imaginais que mon cœur se mettrait à battre d’une façon particulière, que mon corps réagirait en frissonnant ou en transpirant.


Encore une fois, ce triste constat pointe le bout de son nez : nous ne sommes pas suffisamment préparés à la rencontre avec notre âme animale. Nous ne connaissons rien d’eux ni de leur mode de fonctionnement. Si des ouvrages ont été dédiés à l’étude des différentes espèces, ils datent d’un ancien temps désormais révolu, et le savoir se perd.


— Et si tu essayais de lui parler ? Demande-lui comment on peut rejoindre la surface, par exemple, propose Aponi.

— Je peux tenter de le faire.


Waban me pose à terre sans protester. Je calme ma respiration pour éviter d’effrayer l'animal. Puis, je m’avance jusqu’à lui, d’un pas claudiquant à cause de ma hanche, et…

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13 commentaires

Judith | Fyctia

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Il y a 3 ans

Bonjour Caro, je suis venue lire les premiers chapitres de ton histoire, voici donc mon avis pour te donner des pistes de progression dans le cadre du concours. Tu nous entraînes petit à petit dans ton univers très développé grâce au voyage initiatique que doit entreprendre Leïka. La progression du groupe de personnages étant marquée par des étapes bien précises, comme l'arrivée au nouveau camp ou la recherche de leur animai respectif, ton lecteur partage leurs impressions en découvrant les spécificités de ton worldbuilding à leurs côtés. Les secrets que renferment la société dans laquelle a grandi Leïka ainsi que les contrées astrales nous tiennent en haleine. On se rend vite compte que cette quête s'apprête à remettre en question bon nombre de ses certitudes. Si l'équilibre entre la narration et les dialogues reste important pour offrir des chapitres harmonieux, n'oublie pas le caractère indispensable des descriptions dans un récit imaginaire, car elles permettent l'immersion du lecteur. Elles sont d'autant plus importantes lorsque ton personnage principal découvre lui-même son environnement pour la première fois. En détaillant davantage le paysage, on plongera ainsi plus facilement dans le récit. Les relations qui se créent de façon progressive entre Leïka et ses compagnons la font évoluer à un bon rythme. Elle apprend à s'interroger et grandit au contact des autres. Jusqu'ici, le rôle de chacun est bien défini dans les contrées astrales. Cependant, Leïka ayant été envoyée dès le début de l'histoire dans la quête des animai, on a un peu de mal à comprendre pourquoi le fait de fusionner avec eux constitue une importance capitale pour l'équilibre de la société. En approfondissant un peu plus cette question avant son départ, le lecteur saisira plus facilement les enjeux de ton intrigue. J'espère que ces conseils te seront utiles et te souhaite une bonne continuation pour la suite de l'histoire ! L'équipe Fyctia.

Caro Handon

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Il y a 3 ans

Bonjooooour :D Je suis ravie de ce retour (est-ce que je l'attendais avec impatience ? Mais pas du tout... xD). Je me note la remarque pour les descriptions lors de ma réécriture du texte. Elles ne sont pas mon fort en général dans les premiers jets 😂 Concernant le mystère autour des animai, je comprends tout à fait que cela joue en la défaveur des enjeux dans l'intrigue. Le début du roman peut tout à fait se voir étoffer en version 2 afin de mieux les dessiner 😇 Merci infiniment pour ce précieux commentaire qui me donnent de belles pistes d'améliorations ☺️

Camille Jobert

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Il y a 3 ans

Je pense pas que le papillon soit son animai. Ce serait trop facile. Après peut être que tu me réserves autre chose !

Lety29

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Il y a 3 ans

Gabriele VICTOIRE

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Il y a 3 ans

Franchement jai rien à conseiller 😅 je suis embarquée dans l'aventure que tu proposes ! J'adore comment évoluent les personnages et leurs relations, c subtil , bien placé et bien mené. Cette chute dans le repère du papillon maxima, jolie surprise et angoissante aussi. Franchement bravo c du bon boulot !

Pierrot

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Il y a 3 ans

Oh non cette fin :'(( Tu nous torture là x) Super chapitre vraiment j'adore ton histoire :)

La Plume d'Ellen

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Il y a 3 ans

😄😄😄 Encore un papillon en vedette ! J'espère pour tes personnages qu'il sera plus gentil que les miens 😉🤣🤣

Merixel

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Il y a 3 ans

Et... C'est pas sympa de nous laisser là dessus 😉, j'ai hâte de savoir si son intuition est bonne.

Amphitrite

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Il y a 3 ans

J'aime beaucoup cette idée de rencontre avec son âme animale. Repose toi, un déménagement c'est crevant!

Gottesmann Pascal

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Il y a 3 ans

Chouette, très chouette rencontre avec le papillon. Hâte d'en savoir plus sur lui.
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