Fyctia
Chapitre 5.4 : Elle
Je l'accompagne et monte les escaliers en bois ouverts sur le salon derrière elle. Nous traversons le boudoir de l'étage et débouchons sur sa chambre aux murs blancs. De l'encens à l'odeur d'eau salé pénètre mes narines et les couleurs bleu ciel et sablonneuses de la décoration me transportent en bord de mer. Sur une commande, sous une guirlande lumineuse en forme d'étoiles, repose une maison dorée à vingt-quatre cases à côté d'une boule à neige où se dresse une biche devant un chalet au milieu d'une forêt de sapins. J'ai très envie de la secouer pour voir les flocons se balader, mais je me retiens.
— Tu peux t'assoir sur lit, m'indique-t-elle. J'ai déjà mangé le chocolat du jour, mais j'ai un bien meilleur cadeau pour toi.
Je m'enfonce dans le matelas plutôt rigide et l'observe ouvrir un tiroir. Elle en sort une boîte d'un autre temps. Des dorures et des gravures d'anges et de trompettes recouvrent le rouge qui détonne au cœur de cette ambiance douce et cotonneuse. Elle l'ouvre et une sublime mélodie s'en échappe. La danseuse qui se reflète dans la glace tourne et m'hypnotise.
— Cette boîte appartenait à ma mère.
Son ton lourd d'émotions indémêlables, elle attrape un bijou doré absolument divin et me le tend. Prise de court je ne réagis pas tout de suite et elle le dépose dans mes mains.
— C'est pour me faire pardonner, chuchote-t-elle.
— Quoi ? Mais je ne peux pas accepter surtout si c'est précieux pour toi !
— Elle, ne t'en fais pas, la boîte m'est bien plus précieuse que son contenu. Accepte ce cadeau, s'il te plaît.
Incapable de refuser, j'observe le bijou de plus près. La première pièce est une boucle d'oreille en or formée par une succession de fleurs aux pétales allongés tombant en une goutte d'eau. La seconde reprend la goutte, mais sans les fleurs. C'est magnifique et bien trop précieux pour qu'elle me l'offre sans rien attendre en retour et...
— Tu sais que je n'aurais jamais l'occasion de porter quelque chose comme ça ?
— Bien sûr que si ! Il n'y a pas d'occasion particulière pour s'habiller correctement. Que tu sois une simple servante ou la princesse la plus puissante de l'univers, porte les vêtements qu'il te plaît. Pare-toi des plus beaux bijoux si tu le souhaites et comporte-toi en reine si tu le désires.
Ma réponse se résume à un sourire. Mon réel sauveur. Son discours passionné bien que très beau n'est qu'utopie et désillusions. La servante ne sera jamais reine, car la princesse ne la laissera jamais lui voler sa place. En revanche, la princesse peut acheter l'ambition de la servante et la mettre dans sa poche avec par exemple des cadeaux comme des bijoux qu'elle n'aurait jamais pu se payer même en soldes.
Lydia est loin, très loin, d'être une pimbêche écervelée. Elle est dangereuse et je dois à tout prix trouver le moyen de ne plus jamais la revoir.
— Mais puisque tu insistes, enchaîne-t-elle avant que je ne puisse rebondir. Je peux t'offrir une occasion de les porter. Ce sera également un moyen d'avancer sur le chemin de la rédemption ! Je veux mériter ton pardon et repartir sur de bonnes bases. Demain soir, mon frère inaugure sa nouvelle galerie d'art dans le second arrondissement, rue Rivoli et j'aimerais que tu y participes. S'il te plaît, tu dois venir. Ce sera génial !
Elle me saisit les mains et plonge ses yeux bleu azur dans les miens. Comment lui dire non ? Me voilà de nouveau prise au piège. Je n'ai absolument pas la force de me battre contre elle pendant des heures. En revanche, je pourrais toujours prétendre à une sieste qui a mal tourné. J'accepte et Lydia se jette dans mes bras.
Nous échangeons nos numéros puisque j'ai reçu mon téléphone professionnel hier et son chauffeur me reconduit chez moi. La nuit tombée depuis un moment, la circulation en ce vendredi soir devrait être plus fluide, mais à cause d'un accident, le trajet s'éternise. Les publicités pour les cadeaux de Noël et les repas de fêtes comblent le silence et ma semaine défile devant mes yeux. Jamais je n'aurais cru que ma vie prendrait un tel tournant. Le travail devrait être ma première préoccupation. Lundi, je rencontrerai mon équipe au complet et commencerai à vraiment bosser. Pourtant tout ce qui noie mes pensées se trouve à des lieux du concours que je dois remporter.
Je m'étale sur mon lit encore sonnée par ce qui vient de se produire ce soir et me promets que demain je me concentrerai sur mon plan d'attaque. Ce weekend se dédiera au travail et à rien d'autre. Plus aucun évènement imprévu ne perturbera mes plans, au moins jusqu'à lundi soir. Je m'enfonce sous la couette et m'endors sans même manger.
9 commentaires
Fanfan Dekdes
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Il y a 4 ans
Cléoda Iseth
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Il y a 4 ans
Princilia Daci
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Il y a 4 ans
Cléoda Iseth
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Cirkannah
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Cléoda Iseth
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Il y a 4 ans