Fyctia
Chapitre 6.1 : Elle
Ma journée défile à une vitesse folle. À peine levée, j'étudie les profils de mes trois managers d'équipe et de leurs techniciens une tasse de thé en guise de petit déjeuner et passe en revue l'évolution du secteur sur les trois dernières années. L'arrivée de James a changé beaucoup de choses et instauré une nouvelle dynamique, mais si nous souhaitons battre le bâtiment Miracle, il faudra faire beaucoup mieux car leurs chiffres sont impressionnants et l'écart bien que réduit reste conséquent.
Depuis maintenant plus de deux heures, installée au bar de ma cuisine ouverte devant mon ordinateur portable, j'examine tous les projets d'amélioration en cours et prévu sur les prochains mois et années. S'en suivra l'analyse technique, car les problèmes d'équipements n'épargnent pas mon secteur, toutefois ce ne sera pas pour aujourd'hui. Je ne sais même pas si je terminerai de tout lire et trier avant minuit.
Je m'affale contre le dossier de ma chaise haute et me masse la nuque. Lydia ne m'a pas contacté, une excellente nouvelle, car au-delà du fait que je n'aurais jamais eu ma place là-bas, je ne peux pas brûler les étapes et le travail doit passer en premier. Pourtant le malaise profondément ancré dans ma poitrine ne me quitte pas et il ne disparaîtra pas avant au moins la tombée de la nuit. J'espère de toute mon âme qu'elle m'épargnera et il ne reste plus que deux heures de supplice avant d'en avoir le cœur net.
L'après-midi avance, le soleil se couche et la nuit reprend ses droits. Mes fessiers douloureux réclament une pause bien méritée et après quelques étirements, je retourne à mes dossiers, ravie de la tranquillité de mon samedi. Zéro imprévu, zéro appel, concentration maximale.
Quelques minutes après cette pensée pleine d'espoir et visiblement prématurée, mon téléphone professionnel sonne et les premières notes de All I want for Christmas is you retentissent. Mon estomac au lieu de papillonner sous l'entraînante mélodie se noue. J'ignore l'appel une fois, deux fois, cependant à la troisième sonnerie, je me décide à répondre. Impossible de gagner contre Lydia à ce jeu-là.
— Salut, Elle ! Faut vraiment que tu enlèves le mode silencieux, pouffe-telle.
Je me garde bien de la contredire et la laisse déballer la raison de son appel.
— Je voulais te contacter plus tôt, mais j'ai eu une journée de folie avec toutes les préparations pour l'inauguration. Mon frère a tant de chance de m'avoir, je te jure, je ne sais pas ce qu'il ferait sans moi. Donc j'espère que tu es prête à passer une soirée mémorable et ne me dis pas que tu ne viens pas, je n'accepterai aucune excuse ! C'est vraiment une super occasion...
De me montrer à quel point nos mondes sont différents. De me persuader d'abandonner James. De me prouver que je ne suis que la servante qui ne deviendra jamais reine.
— ... pour toi. Il y aura plein d'hommes importants ce soir, seulement la crème de la crème et beaucoup sont célibataires et en recherche active d'une femme. Alors fonce, ma belle ! Tu as toutes les cartes en main et c'est une réelle chance de trouver un bon parti.
Ou de me mettre sur la voie d'un autre homme qui n'est pas James. De me vendre un rêve inatteignable. De briser mes espoirs illusoires. Car mes chances avec mon futur chef s'avèrent très faibles et pourtant je ne désespère pas, je m'accroche à cette espérance insaisissable.
— Lydia, je ne suis pas à la recherche d'un mari. Je suis une femme indépendante qui n'a pas besoin d'hommes pour se sentir mieux dans sa vie.
À part bien sûr de James. L'exception à la règle. Le partenaire idéal avec qui je me vois passer le restant de mes jours sans ennui ni mélodrame.
— Allons, Elle, même si tu n'en épouses pas un, je suis sûre que rencontrer de nouvelles personnes te fera du bien, c'est toujours important de développer son réseau et qui sait peut-être que tu auras le coup de foudre pour l'un d'eux ? Tu pourrais tomber sur ton prince charmant de Noël et si ce n'est pas le cas, tu peux toujours t'offrir une nuit de folie dans les bras d'un bel étalon. Juste pour baiser un coup quoi, s'esclaffe-t-elle.
— Mademoiselle, mais où sont passées vos manières de gente dame bien éduquée ?
Elle explose de rire à l'autre bout de la ligne et je ne peux empêcher mes lèvres de s'étirer.
— Veuillez pardonner mon impudence, et veuillez s'il vous plaît examiner ma requête avec attention, rien ne me ravirait plus que de voir votre petit cul ce soir.
C'est à mon tour de partir dans un fou rire incontrôlable. Même si les intentions de Lydia ne se trouvent pas pures, j'apprécie sa compagnie. Je ne sais pas depuis combien de temps je ne me suis pas sentie aussi à l'aise avec une fille. Pas besoin de mon mode Entreprise ou de quel qu'autre manuel d'emploi. J'ai l'impression de la connaître depuis des années. Son énergie et sa folie sont communicatives et ne m'épuisent pas comme la plupart du temps. Lydia dégage une sorte d'aura qui donne envie de la suivre.
— Très bien, je viens, mais ne me le fait pas regretter !
Après tout, même si elle m'invite avec une idée précise derrière la tête, rien ne m'empêche de me servir de cette occasion pour développer mon réseau comme elle l'a suggéré et élargir mon cercle de connaissance. Pas de coup d'un soir au programme, en même temps je ne l'ai jamais fait. Mais j'aimerais bien tester une fois. Coucher avec un inconnu, puis m'enfuir le lendemain matin avant son réveil. Un peu comme dans les films quoi que sans les mésaventures improbables qui s'en suivent et encore faut-il que je déniche un homme qui m'intéresse.
Car jusqu'à présent je n'ai pas trouvé celui capable de me combler. Les ombres au tableau finissent toujours par le dévorer. Ma plus longue relation a duré trois mois avec un américain chaud comme la braise, à tel point qu'il a fini par se faire cramer. Mais James est d'un tout autre niveau que ceux que j'ai fréquenté auparavant et il ne laissera pas le feu le dompter. La preuve, il résiste encore aux charmes incandescents de Lydia.
— Aucun soucis et tu verras, cette soirée sera fructueuse dans tous les termes du sens, m'assure-t-elle. Rendez-vous à vingt heures et le mieux c'est que tu m'appelles quand tu arrives comme ça...
Une personne la sollicite et Lydia lâche un soupir blasé.
— Quoi ? Je suis au téléphone là.
Je n'entends que trop faiblement la voix de son interlocuteur pour comprendre ce qu'il dit.
— Elle, j'ai une affaire urgente à régler. Je t'envoie l'adresse et n'oublie pas de m'appeler quand tu arrives. À tout à l'heure !
Lydia raccroche et mon écran indique dix-huit heures trente. Les préparations s'imposent et mon excitation atteint son sommet. J'ai bien avancé sur mon programme de la journée et demain je plancherai comme une tarée. L'exploration d'un nouveau monde me tend les bras et j'ai très envie de voir ce que j'y découvrirai.
7 commentaires
Michbonj
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Il y a 4 ans
Cléoda Iseth
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Il y a 4 ans
Cirkannah
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Cléoda Iseth
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Jane Moody
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