Cléoda Iseth Un hiver mouvementé Chapitre 3.2 : Elle

Chapitre 3.2 : Elle

— Je ne veux pas le revoir, mais j'aimerais récupérer mon téléphone portable, le corrigé-je.


— Je l'informerai de ta demande, mais ne te fais pas trop de faux espoir. Il peut être têtu quand il veut. Tu ferais mieux...


— Moi aussi, le coupé-je plus sèchement que prévu.


Il a intérêt à ce que le petit merdeux me rende mon téléphone où il se prendra mes foudres et elles sont plutôt électrifiantes. Ses couilles pourraient bien en griller.


— Très bien. Encore une fois, je suis désolé, je vais faire mon max. Je prépare ton chocolat et je te commande un taxi.


Je me dirige vers la salle de bain et le choix de teinte, plutôt original, me sonne. La tapisserie a la couleur du rouleau de papier toilette et un parfum de rose écœurant embaume l'air. Je n'aime pas l'odeur des roses, je déteste ces fleurs et la couleur associée qui a malheureusement contaminé ma peau. En respirant le moins possible, je me lave et tente d'enlever toute la crasse de cette soirée à l'arrière-goût prononcé d'échec et de mésaventure.


L'eau fond sur ma peau et des brides de souvenirs remontent en même temps que la bile dans mon estomac. Comment ai-je pu me comporter ainsi ? Et surtout comment récupérer mon putain de téléphone ?


Une fois habillée, séchée et mes affaires de la veille rangées dans mon sac à dos noir, je redescends les escaliers et aperçois l'heure, neuf heures vingt-trois. Le taxi m'attend déjà de l'autre côté de la rue et me coûtera probablement une blinde. Tout ça à cause d'un putain de téléphone oublié. Je rage intérieurement, mais de l'extérieur, impossible de le voir. Je me suis toujours protégée ainsi, enfin jusqu'à présent.


— Ton chocolat est sur la table et je t'ai aussi mis deux sablés dans le sachet en papier pour ton petit-déjeuner.


Je le remercie de mon plus beau faux sourire, dépose mon sac sur la chaise où repose ma doudoune, pars à la recherche de mon portefeuille offert par mon grand frère à Noël dernier et là c'est le vide. Aussi infini que l'espace-temps. Impossible de le retrouver. Il n'aurait pas osé. Je lève mes yeux vers ceux d'Alex et me noie dans cet ambre rassurant.


Pendant un instant, ma détresse transparaît. La scène d'hier a mis à mal mes barrières, elles se sont abaissées et difficile de les relever. Le barman soupire, fouille les poches de son jogging et me tend cinquante euros.


— Je suis tellement désolé, je te jure que je ne savais pas.


Incapable de formuler la moindre réponse, je lui arrache le billet des mains et prie pour que ce soit suffisant pour me conduire jusqu'à mon lieu de travail.


— Reviens la semaine prochaine, je te promets qu'il sera là avec ton téléphone et ton portefeuille, crie-t-il alors que je m'enfuis comme si j'étais la voleuse.


Je me dirige vers le seul taxi de la rue et une voiture m'éclabousse. J'ai envie de lui courir après et de défoncer la vitre de ce connard qui aurait pu me renverser. Néanmoins je m'abstiens et me contente de traverser et rejoindre mon chauffeur. Incapable de prévenir quelqu'un de mon retard, cette journée s'annonce encore plus merdique que celle d'hier.


— C'est pour aller où ? m'agresse le charmant quinquagénaire.


Assise sur la banquette arrière, mes jambes croisées se contractent et l'odeur de chocolat et de cannelle émise par mon gobelet grande taille ne suffit pas à m'apaiser. Mode Entreprise, me répété-je comme un mantra.


— 14 rue de Pandore à Gentilly, s'il vous plaît.


— Oh, vous travaillez chez LMM ?


J'acquiesce et le chauffeur se lance dans un long monologue sur la fourberie de cette entreprise et de ce qu'elle produit alors que le compteur tourne beaucoup trop vite et qu'il a démarré à déjà quatre euros.


— Ça vous fait quoi de travailler pour cette entreprise ? Vous savez ce qu'il vende tout de même ? Ils se prennent pour le foutu père Noël avec leur distribution gratuite mais rien que la semaine dernière, il y a eu un nouveau scandale avec leur médicament Miracle ! Je vous le dis, mademoiselle, c'est dangereux ces trucs, c'est plus des poisons que des remèdes. Des enfants en sont morts alors qu'ils n'étaient même pas malades ! Je trouve ça révoltant ! On devrait interdire aux gens de prendre ces pilules vaccinales pour des maladies qui ne vont pas nous tuer ou qui n'existent plus car ce sont elles qui nous conduiront à la mort ! Vous n'êtes pas d'accord ? termine-t-il, en la fermant enfin.


Je hoche la tête. Rien ne sert d'entrer dans un débat futile. Encore un qui pense que la variole a disparu de la surface de la terre par miracle. Cette peur qui les ronge est tellement stupide. Ce n'est pas parce qu'une maladie a été éradiquée qu'elle ne risque pas de réapparaître. Comme si les entreprises pharmaceutiques se révélaient toutes pourries jusqu'à la moelle avec comme seul objectif de gagner de l'argent sur le dos de personnes innocentes et qu'elles les assassinaient ensuite en cas de litige pour qu'elles ne puissent plus jamais témoigner. Les morts ne parlent plus et ne peuvent pas se relever.


Satisfait de ma réponse, il monte le son de la radio qui passe la nouvelle chanson d'Angel. Sa voix insupportable me donne encore plus envie de me barrer de cette voiture, mais la route est encore longue. Les secondes semblent ralentir juste pour augmenter mon supplice et je prends mon mal en patience en sirotant mon chocolat qui n'a rien à envier à Starbucks et ses formules de Noël.


— Cinquante-deux euros, quémande le chauffeur en s'arrêtant dans la zone dédiée.


Il se retourne et ouvre sa paume pour récupérer son argent.


— Mince, je suis vraiment désolée, je n'ai que cinquante euros. Je me suis fait voler mon portefeuille ce matin, mentis-je, les yeux larmoyants, témoignage d'un récent traumatisme.


— Oh, vraiment ? Vous savez, vous devriez arrêter de travailler pour cette entreprise ou le karma se vengera et ce vol n'est que le début.


Je me vois lui foutre mon poing dans la gueule, seulement cet accès de violence n'apporterait rien de bon. Son écran indique neuf heures cinquante-huit, si je ne fais pas de vague j'ai encore une chance de ne pas arriver trop en retard. J'adopte mon air de chien battu et le supplie des yeux.


— Vous savez quoi, si vous promettez de démissionner, je vous offre la course ! s'exclame-t-il joyeusement.


— Je vous le promets ! Vous avez raison ce travail est monstrueux. Je vais rentrer dans ce bâtiment et donner ma lettre de démission, affirmé-je, le regard brillant de détermination.


— Je vous souhaite bonne chance, mademoiselle. Au plaisir de vous reprendre.


— Ce sera avec joie, feigné-je, un immense sourire étirant mes lèvres.


À peine le taxi parti, je marche d'un pas rapide et décidé vers le bâtiment Espoir, localisé derrière le siège social à une bonne dizaine de minutes à pied. Heureusement que je m'y suis déjà rendue lors de mon entretien. J'arrive en un temps record devant l'ascenseur, en panne. Peut-être est-ce encore un coup du karma pour me punir de l'affreux mensonge que je viens de déblatérer sans aucun remord. Comme si j'allais quitter mon job !

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4 commentaires

Valerie27( valeriejchesnay)

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Il y a 4 ans

Ton histoire est facile à lire, ton écriture est fluide et on se retrouve à enfiler les chapitres. Elle, est un personnage hyper intéressant, comme un cocotte minute prête à exploser. J'ai encore un peu de mal avec Il, surtout avec sa façon de considérer les.femmes. Espérons que l'esprit de Noël arrange un peu ses idées et qu'il craque sur notre Elle. Parce qu'elle va pouvoir bien le remettre à sa place! Merci pour le partage!

Cléoda Iseth

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Il y a 4 ans

Merci beaucoup pour ton commentaire :) Oui Il n'apparaît pas sous son meilleur jour, mais heureusement il se révèlera beaucoup plus dans les chapitres suivants et Elle ne compte pas lui faire de cadeau ^^
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