Fyctia
Chapitre 2 * partie 2 - Blake
— Ça bosse dur, à ce que je vois, s’exclame une voix féminine de l’autre côté de l’appartement.
Au même moment, une tornade blonde d’un mètre vingt surgit sur la terrasse et vient se coller à moi.
— Tonton ! On a les pizzas ! On peut manger tout de suite ?
J’ébouriffe les cheveux de ma nièce et elle grimpe sur mes genoux avant de planter un bisou sur ma joue.
— Et je suis quoi, moi ? râle Sacha. Un figurant ?
Sa fille lui tire la langue et ne se décolle pas de moi.
À cet instant, ma sœur débarque à son tour, charriant avec elle une odeur de graisse qui me met l’eau à la bouche.
— La bouffe est livrée, messieurs, n’oubliez pas les pourboires.
— Je te payerai en nature, ce soir, réplique Sacha.
Je ferme les yeux en grimaçant, n’ayant aucune envie d’entendre cette conversation, ni d’imaginer mon meilleur pote et ma sœur en train de…
Berk. Parfois, je me demande comment ils en sont arrivés là. Lorsque je les ai présentés, il y a des années, c’est à peine s’ils pouvaient se supporter. Alicia trouvait Sacha vulgaire et sans-gêne, lui trouvait ma sœur coincée et rabat-joie. Dix ans plus tard, ils sont parents de la plus jolie petite fée du monde et semblent chaque jour plus amoureux. Ce qui me rappelle que de mon côté, l’homme avec qui je pensais finir ma vie a décidé que je n’en valais pas la peine et qu’il serait aussi bien sans moi. Par une association d’idées douteuse, je me souviens soudain de ma rencontre digne de la quatrième dimension et déclare :
— Tu ne devineras jamais qui habite l’appartement en face du mien !
— Du nôtre, tu veux dire ? renchérit ma sœur.
Ouais, OK, techniquement, il nous appartient à tous les deux, mais elle a été la première à me pousser à emménager ici. De son côté, elle préfère tout autant sa charmante maison dans le New Jersey qu’un loft à Tribeca. Je lève les yeux au ciel et bois une gorgée de bière, ménageant mon effet, même si j’ai peur qu’en lui révélant de qui il s’agit, elle quitte mari et enfant pour s’installer en colocation avec moi et démissionne pour passer ses journées l’œil collé au judas pour l’espionner.
— Qui ?
Je souris, laisse encore passer quelques secondes, puis lâche :
— Banes…
L’espace d’un instant, elle ne réagit pas, le temps que l’information grimpe jusqu’à son cerveau. Une fois que c’est le cas, sa réaction doit être similaire à la mienne ce matin. Ses yeux s’écarquillent et j’ai l’impression qu’elle arrête de respirer.
— Banes… comme dans Carter Banes ? souffle-t-elle.
Je hoche la tête, souriant en constatant qu’elle a aussitôt deviné de quel frère il s’agit.
— Un ex à toi ? s’enquiert Sacha, qui semble à la fois perdu et agacé, ce qui me fait éclater de rire.
— Elle aurait adoré ! je réplique.
— C’est hôpital qui se fout de la charité ! contre Alicia.
— Son nom me dit quelque chose…
Évidemment. Tout le monde connaît la famille Banes. Les parents sont des acteurs célèbres, les enfants ont suivi le même chemin. Star d’Hollywood, top model, chanteur en top des charts… ils ont tous intégré le star-system. Tous, sauf Carter. Il fuit les caméras alors que le reste de sa famille vit sous les flashs constants. Le vilain petit canard de l’empire Banes. Mais un sportif surdoué.
Sacha, qui déteste rester sur la touche, s’est déjà emparé de son portable pour googler le nom. Ce type n’a jamais aimé le hockey – franchement, j’ai toujours du mal à concevoir que ma sœur ait pu l’épouser – et décide de mettre son grain de sel.
— Ouais, bof. Il n’est pas si beau que ça. Je préfère largement sa sœur.
Alicia et moi lui jetons un regard noir. Non seulement il est canon, mais en plus c’est un putain de prodige. Je manque d’avoir la trique chaque fois que je le mate en train d’évoluer sur la glace.
¬— Et puis, c’est un peu malsain, de fantasmer sur le même mec entre frère et sœur, pas vrai ?
— Tu ne disais pas ça quand je fantasmais sur toi, je réplique.
Parce que oui, fut un temps – avant de le connaître réellement et de découvrir tous ses défauts, et Dieu sait s’il en possède un paquet – j’ai fantasmé sur Sacha.
— Parce que je suis unique, mec.
— Et heureusement, renchérit ma sœur. Un autre comme toi et le monde courait à sa perte.
Ils continuent leur joute verbale tandis que je me perds dans mes pensées. Je me demande si j’aurais la chance de le croiser souvent, peut-être que nous pourrions faire connaissance, devenir amis, et…
— J’ai faimmmmmm !
La voix aiguë de Charlotte met fin à mes fantasmes et je la fais descendre de mes genoux pour me rendre à l’intérieur.
Peut-être que je me fais des films, mais bordel, rien que pour voir la tête de ma sœur le jour où je lui annoncerais, j’ai envie de croire que Carter Banes – Carter Banes, putain – et moi puissions devenir potes.
L’espoir fait vivre.
7 commentaires
Julie BrLg
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Il y a 2 ans
C.Banes
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Il y a 2 ans
Laetibooks
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Il y a 2 ans
C.Banes
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Il y a 2 ans
Amélie C. Astier
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Il y a 2 ans