C.Banes ICE BREAKER Chapitre 3 * partie 1 - Carter

Chapitre 3 * partie 1 - Carter

Je déteste les entraînements hors glace. Pour moi, c’est de la torture pure et simple, et le petit sourire en coin du Coach tandis qu’il nous observe grogner et transpirer me conforte dans mon idée.


— Allez, les filles, on arrête de se regarder le trou de balle et on bosse.


Je souffle bruyamment et Garrett éclate de rire devant ma mine contrite. Comme d’habitude, lui ne semble pas agacé le moins du monde, que ce soit par ces putains de squat qui me sortent par les yeux, ou par la remarque du Coach. Je devrais avoir l’habitude depuis le temps, mais ça me dérange, tout comme ses expressions fleuries à base de « vous êtes des hommes ou des tapettes ». Ça ne part pas d’un mauvais sentiment – enfin, j’espère – mais ce n’est pas pour autant que je trouve ça acceptable. Plusieurs fois, Wilkins, moi et d’autres coéquipiers avons essayé de lui faire comprendre que c’était insultant, en vain. On ne le changera plus, rien ne sert de se faire chier à essayer.


— Danny, qu’est-ce que tu fous, putain ? On n’est pas dans un cours de salsa, alors arrête de remuer le cul, comme ça.


Danny Bradford, notre goal, lève les yeux au ciel et grommelle dans sa grosse barbe rousse. Ce type est un ogre, un ogre qui a laissé passer quatre buts hier soir et qui semble toujours aussi mortifié.

Pourtant, on sait tous que ça arrive. Des défaites, on en essuie un paquet. Mais c’est toujours aussi compliqué à encaisser.

Nous bossons sans parler, en nous concentrant sur notre respiration, en grognant et en rugissant sous l’effort.

Une fois libres, Garrett et moi décidons d’aller déjeuner ensemble, comme souvent. Même si notre équipe est très soudée, que nous passons beaucoup de temps les uns avec les autres, certaines affinités se créent au fil des saisons, comme c’est le cas de nous deux. Sans compter qu’il n’y a que lorsque nous sommes seuls que nous pouvons aborder certains sujets, tels que mon nouveau voisin.

Je ne suis pas du genre à aimer étaler ma vie privée, et même si mes coéquipiers acceptent ma sexualité sans broncher, pas certain qu’ils aient envie de connaître les détails. Sans compter que la majorité d’entre eux ont autre chose à foutre que m’entendre déblatérer sur les types que je trouve canons.

Et c’est clairement le cas de Blake Hamilton. Son visage ne veut pas sortir de mon esprit depuis notre rencontre dans le couloir, ce matin. Parce que je suis certain d’avoir ressenti ce truc, que les gens appellent un gaydar mais pas moi, parce que le mien n’a jamais été au point et que, de toute façon, ce n’est pas comme si je pouvais me permettre de coucher avec n’importe qui. Raison pour laquelle mes seules nuits de débauche autrement qu’avec ma main ont lieu lorsque Derek vient rendre visite à son frère. Je sais que je peux lui faire confiance, que je ne crains rien. Pourtant, plus le temps passe, et plus j’en viens à envier mes coéquipiers, qui peuvent s’afficher au grand jour sans risque de représailles.

Malgré le fait que ma sexualité soit connue de tous, je suis conscient d’être attendu au tournant, bien plus que les autres. Je suis un Banes, et si j’aimerais parfois l’oublier, les journalistes font tout leur possible pour que ça ne soit pas le cas. Chacune de mes rencontres risque d’être analysée, décortiquée, affichée sur le Net, être relayée, commentée. Et je ne souhaite imposer ça à personne. C’est le problème d’être une exception parmi la règle, ça attire les regards, la curiosité, la lumière crue et aveuglante. Et perso, en dehors du hockey, je préfère rester dans l’ombre. Contrairement au reste de ma famille. Mes frères et sœurs ne comprennent pas mon refus de s’exposer. Ils m’en veulent d’ailleurs toujours un peu d’avoir refusé cette télé-réalité. Mais je n’ai pas envie d’être connu pour mes frasques ou mon physique. Je veux être reconnu pour mon talent sur la glace. L’attention médiatique fait partie intégrante de leur quotidien, et même si ça leur pèse parfois, je sais qu’ils préfèrent être harcelés qu’ignorer. Moi, je ne veux pas de tout ça. Je veux juste qu’on me foute la paix et qu’on me laisse jouer.

Alors, tandis que mes coéquipiers passent d’une meuf à l’autre sans sourciller, moi, je botte en touche dès que le sujet est abordé, ça m’évite de trouver des excuses à mon célibat continu. Depuis, je suis ce qu’ils appellent « Le mystère Banes », que tout le monde cherche à briser. Bonne chance avec ça, les gars.




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