C.Banes ICE BREAKER Chapitre 1 - Carter

Chapitre 1 - Carter


La sonnerie de fin de match retentit et je pousse un soupir de soulagement. Le carnage est enfin terminé, il est temps de souffler.

Nous nous sommes fait laminer, notre pire match depuis le début de la saison. Elle vient à peine de commencer, certes, mais j’espère que nous n’aurons plus à endurer un tel calvaire.

Une main me frappe dans le dos si violemment que je manque de partir en avant. J’ôte mon casque et me tourne pour découvrir Garrett Wilkins, un de mes coéquipiers, devenu un ami lorsque j’ai intégré l’équipe des Renegades.

— 4-0, putain, on va se faire allumer.

C’est le cas de le dire. À peine avons-nous quitté la glace pour rejoindre les vestiaires que le Coach Stevens nous passe un savon. Il est tout rouge, n’arrête pas de gueuler, de revenir sur nos erreurs. Toute l’équipe regarde par terre, encore en tenue, dégoulinant de sueur et de honte. Chacun en prend pour son grade. Le coach doit avoir une mémoire eidétique, il pourrait retracer le court du match seconde par seconde.

— Banes, t’as intérêt à te bouger le cul. T’es là pour marquer, pas pour attendre que les autres le fassent pour toi.

Je ne bronche pas sous ses mots douloureux. Je sais que j’ai merdé, mais je me promets que ça ne se reproduira plus.

— Et toi, Cosby, c’est du hockey, pas du patinage artistique. La prochaine fois, t’auras qu’à enfiler un putain de tutu par-dessus ta tenue.

Quelques ricanements s’élèvent dans la pièce, mais le pauvre Cosby est tout rouge, et pas uniquement à cause de l’effort.

Nous laissons Stevens s’en prendre à nous, chacun à notre tour, et lorsqu’il claque la porte pour nous laisser nous changer, c’est ensemble que nous parvenons enfin à respirer.

Loin de l’excitation habituelle des fins de matchs, c’est en silence que nous nous déshabillons pour filer sous la douche. L’eau qui frappe mon corps me fait du bien, et je me permets de souffler. Mes muscles sont brûlants après tant d’efforts, et un mauvais coup contre l’une des parois de la patinoire provoque un élancement dans le bas de mon dos.

Une fois débarrassé de la sueur, je noue une serviette autour de ma taille et rejoins mon casier. La plupart de mes coéquipiers n’ont aucune pudeur, ils se baladent, cul et queue à l’air. C’est agréable, de constater qu’ils se foutent de se montrer à poil devant moi.

À l’époque du lycée, quand j’ai fait mon coming-out, du jour au lendemain, les regards ont changé. Les mecs n’osaient plus se désaper devant moi, sans doute par peur que voir leur queue me transforme en bête assoiffée de sexe et que je m’en prenne à eux, ou qu’ils deviennent l’objet de mes fantasmes masturbatoires.

Spoiler alert, les mecs : je me fous de vos bites flasques et ne vais pas vous courir après pour la tripoter.

Ici, tout le monde s’en tape. Excepté Wilkins, qui n’arrête pas de me mettre en boîte depuis que j’ai eu la bonne idée de coucher avec son frère. La saison était terminée, il avait organisé un barbecue chez lui. L’alcool aidant, j’ai succombé aux regards en coin que Derek me lançait. Une chose en amenant une autre, nous avons passé la nuit ensemble, et le lendemain ; aucun mensonge n’aurait pu dissimuler la vérité.

— Je suppose que tu n’es pas d’humeur pour aller boire un coup, déclare Garrett.

Je secoue la tête. J’ai juste envie d’enfouir la tête dans mon oreiller et d’oublier cette putain de soirée.

— Allez, te bile pas, le prochain match, on va assurer.

J’envie son attitude optimiste. Il ne se laisse jamais abattre. C'est dans sa nature, de voir le verre à moitié plein. De mon côté, j’ai besoin de temps pour digérer. J’ai tendance à me repasser le match en boucle, à revoir toutes mes erreurs, à ne pas arrêter de penser à toutes mes occasions manquées, à tout ce que j’aurais pu faire autrement. C’est trop tard pour y changer quoi que ce soit, mais analyser me permet de m’améliorer.


J’y pense encore pendant tout le chemin du retour, et sans arrêt jusqu’à ce que je claque la porte de mon appartement. J’y pense toujours en me couchant ce soir-là, et je crois même que j’en rêve durant la nuit.

Parfois, j’envie vraiment Garrett.


*


À mon réveil lundi matin, je me sens toujours d’humeur morose. Même mon café ne suffit pas à me donner la pêche. Un petit déjeuner vite expédié, Une douche rapide pour me réveiller, des fringues de sport enfilées et je quitte l’appartement tout en répondant à Garrett, qui m’attend en bas de l’immeuble.

Le nez rivé sur mon portable, je pousse un juron lorsque quelque chose de dur me percute de plein fouet. Je lève les yeux pour tomber sur un énorme carton tenu entre les bras d’une personne que je ne peux pas voir.

— Merde. Pardon.

La voix est masculine, sans aucun doute, et le visage qui apparaît lorsque le carton se baisse l’est tout autant.

— Désolé, je ne vous avais pas…

Ses yeux s’écarquillent en me découvrant et je me demande s’il ne va pas s’évanouir.

— Oh putain, souffle-t-il. Carter Banes.

Je ne sourcille même pas. Ce ne serait pas la première fois que l’on me reconnaît. Pourtant, je ne peux m’empêcher de le scruter de haut en bas. Ses cheveux châtains sont ébouriffés et quelques mèches humides de sueur sont collées sur son front. Ses yeux verts sont protégés par des lunettes, et un léger chaume entoure sa bouche pulpeuse.

— Et tu es ? finis-je par demander, voyant qu’il reste planté là comme s’il venait de voir une licorne.

Il cligne des paupières, bafouille légèrement, comme s’il ne se souvenait plus de son nom.

— Ton nouveau voisin.

Je tourne la tête vers la porte de l’appartement situé en face du mien. Je n’avais même pas remarqué qu’elle était ouverte et que des cartons jonchaient le couloir. C’est alors que je me souviens que la gentille vieille dame qui vivait ici a cassé sa pipe il y a quelque temps, et que l’appart est resté vacant depuis. Je suppose que ce n’est plus le cas.

— Blake Hamilton, ajoute-t-il, voyant que je ne réponds rien.

— Salut, Blake Hamilton. Je t’aurais bien aidé avec tout ça, mais je dois filer.

J’ignore pourquoi je lui raconte tout ça, peut-être pour ne pas passer pour un sale type qui refuse d’aider son prochain.

Il secoue la tête et un sourire se dessine sur ses lèvres.

— Pas de souci. Je… Je suis un grand fan des Renegades, au fait.

— Merci.

Aucun de nous ne dit rien après ça, et tandis que nous nous fixons en silence, la gêne est palpable. Heureusement, la sonnerie de mon téléphone me permet de m’échapper.

— Désolé, je dois y aller. Bonne installation, et bienvenue.

Je le contourne pour remonter le couloir quand Blake répond :

— Merci, et heu… désolé pour votre défaite d’hier.

Génial, comme si je n’y songeais pas suffisamment comme ça.

Je ferme brièvement les yeux et lui réponds par un signe de tête pour mettre fin à cette conversation. Mais tandis que je le dépasse, je ne résiste pas à l’envie de jeter un coup d’œil à ce nouvel arrivant, m’attardant sur son cul moulé dans un jean déchiré.

L’aspect positif de cette journée, c’est que je la commence sur une vision plus qu’agréable.



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5 commentaires

Laetibooks

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Il y a 2 ans

Ohhh ça promet d'être intéressant tout ça 😌

C.Banes

-

Il y a 2 ans

J’espère 😅

Amélie C. Astier

-

Il y a 2 ans

Un super début qui nous plonge directement dans l'ambiance!

C.Banes

-

Il y a 2 ans

Merci 😍
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