Fyctia
Au commencement
Langogne – 17 juin 1764
Comme tous les jours, Emilie Pond, 16 ans, emmène son troupeau dans les pâturages encerclant le village. Le soleil, qui monte doucement dans les cieux, laisse son empreinte sur les feuilles des arbres, les pétales des fleurs à peine écloses. La journée s’annonce bien. Emilie sifflote en menant ses vaches, le pas léger.
Lorsqu’elle aperçoit le bois, elle quitte le chemin, pour gagner, par sa droite, les bords de l’Allier. Ici, les bêtes ont grand d’herbe bien fraîche, et quand le soleil atteindra son zénith, Emilie pourra tremper ses pieds dans l’eau de la rivière.
Avant de déposer sa besace à l’ombre d’un grand chêne, elle prend une branche qui gît à son pied, elle va en faire une délicate sculpture avec le canif qu’elle a reçu pour ses 16 ans.
La matinée se passe, sans remous, ses Aubracs paissant sereinement tandis qu’elle s’ingénie à donner à sa branche la forme d’un soldat.
Quand son ventre vient à gronder, la jeune fille sort de sa besace un morceau de pain, un autre de fromage place le second sur le premier et taille dans le tout à belles dents. Puis elle prend sa gourde qu’elle vide d’un trait. La chaleur se fait sentir désormais, les vaches se sont couchées .
Emilie qui a posé ses galoches, s’en va vers la rivière, sereine, pour y remplir sa gourde. Elle se baisse vers l’eau limpide, laisse le courant lécher sa main quelques instants, puis plonge sa gourde jusqu’à l’avoir remplie.
Elle jette un œil sur son troupeau, constate la tranquillité ambiante, hume l’air chaud avec délice, puis s’en retourne au pied de l’arbre pour y terminer son ouvrage et sa journée.
Les dernières leurs du jour sonne l’heure de rentrer. Emilie est en train de rassembler le troupeau lorsque soudain, dans le taillis, elle entend un bruissement.
Cherchant du regard l’origine du bruit, la gamine prend peur… Ce qu’elle voit… Ce qu’elle croit voir ?…
Laissant là ses galoches, sa besace et son beau soldat de bois, Emilie court si vite qu’elle ne sent plus le sol sous ses pieds. Les vaches suivent tant bien que mal, leur vachère loin devant.
Aux abords du village, la jeune fille se met à hurler :
- Un monstre, un monstre ! A l’aide ! Il y a un monstre après mes vaches !
Le gars Petit qui rentrait chez lui manque de renverser Emilie qui ne regarde même pas où elle va.
- Oh ! Petite ! Que t’arrive t-il donc ?
- Germain, j’ai vu un monstre ! Articule la petite à bout de souffle. Et de lui raconter son histoire.
- Allons gamine, tu es entière ! Il a attaqué tes vaches ? Demande le bonhomme
- Je ne crois pas qu’il ait eu le temps, j’ai déguerpi si vite…
- Alors rentre chez toi. Tu as du voir un loup et il aura eu plus peur que toi.
Emilie ramène ses Aubracs à l’étable, les dénombrant au passage. Plus de peur que de mal, il n’en manque pas une.
Devant la soupe, une fois rentrée, la petite raconte sa mésaventure à ses parents sans oser regarder son père dans les yeux. Elle a peur qu’il soit fort mécontent. A sa grande surprise, il lui dit simplement que le lendemain matin, il ira avec elle, armé de son fusil. S’il voit la bête, il en fera une descente de lit, les hivers sont rigoureux par ici.
Un peu rassurée, Emilie s’en va se coucher sur sa paillasse, celle qui est collée au mur de l’étable. Il faut dormir, le jour est un lève-tôt.
18 juin 1764
Après avoir avalé un bol de lait juste tiré, Emilie et son père ont sorti les vaches et sont partis pour le pré. Celui-là où elle a vu un monstre. Il a son fusil à l’épaule, sa cartouchière à la ceinture. La gamine n’a pas le coeur à siffler ce matin. La peur l’étreint un peu plus à chaque pas.
Parvenus au bord de la rivière, le père ne voit rien d’anormal. Il décide d’attendre avec sa fille.
Presque en silence, la journée passe. La journée passe et rien ne se passe...
Mais… Le soir venu, alors qu’ils sont tous deux prêts à regagner leur étable, un bruissement leur parvient aux oreilles.
D’un geste, le père d’Emilie épaule son fusil et se tient prêt à faire feu. Tout à coup, une ombre gigantesque passe d’un buisson à l’autre…
Devant la taille de ce qu’il croyait être un loup, l’homme est saisi d’effroi !
- Cours, Emilie, cours ! Redescends vite avec les vaches !
Et d’un même élan, les voilà tous deux lancés dans une course folle pour échapper au monstre. Tant bien que mal, ils parviennent au village entiers, leur troupeau affolé à leur suite.
Emilie rentre les vaches, puis sur l’ordre de son père, rentre se fermer à la maison avec sa mère.
- Moi, je vais boire une gnôle avec Germain ! J’en ai bien besoin !
La bête ne semble pas les avoir suivis alors la petite ne se risque pas à demander à son père de rentrer avec elle.
Encore échevelé de sa course, le teint rouge garance, le père arrive chez son ami de toujours. Comme si Germain avait lu dans son esprit, il l’attendait sur le perron avec de quoi jouer une partie de franc-carreau et de quoi se dessoiffer.
Les deux amis installèrent la plaque métallique sans dire un mot, tracèrent au pied un trait à environ 3 mètres, puis chacun pris ses 3 palets de bois.
- Je te préviens l’Claude, je m’en vais te mettre une déculottée ! Annonça fièrement Germain.
- Serre-nous donc à boire au lieu de dire des sornettes ! Grommela Claude en prenant place derrière la ligne.
Fermant un œil pour ajuster son tir, il leva le bras d’un geste ample et lança son palet. Pile ai milieu ! Un léger sourire aux lèvres, il laissa la place à son ami et prit un verre de gnôle. C’est Germain lui-même qui distillait leur pêché mignon dans la petite grange à l‘arrière de sa maison. Nul besoin de dire que c’était du tort boyaux.
Il avala son godet cul-sec et s’en resservi un, puis deux… Germain le regardait mi-soupçonneux, mi-inquiet.
- Ben dis, quelle descente que t’as ce soir !
- Si t’avais vu ce que j’ai vu l’ Germain, crois-moi bien que tu boirais aussi !
- Et qu’est-ce t’as vu ?
- J’ai vu…
Claude commençait sérieusement à avoir le verbe glissant. Il titubait sur ses mots, et pas que. Il se servait verre sur verre, qu’il avalait aussitôt. Il n’était plus capable de jouer, de toutes façons il n’y tenait pas. Il fallait qu’il raconte son histoire…
- J’ai vu… Une bête si grosse, si velue… Comme celles qu’on raconte aux enfants pour leur faire peur. Mais elle est vraie Germain, elle est vraie !!! Elle a des dents longues comme des couteaux, des yeux jaunes plus grands que tes palets et une taille… Mon Dieu, une taille… Comme au moins trois grands gaillards !
Même si Claude devenait de plus en plus dur à comprendre, Germain prenait peur. On en pouvait pas laisser une bête pareille traîner dans la région. Il fallait organiser des traques et tuer ce monstre avant qu’elle ne décime troupeaux et populations…
Germain se faisait fort de prévenir tous les gars du village, du plus jeune au plus âgé, du moment qu’il avait deux yeux et un fusil.
La légende était née...
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Fairyblue75
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Madame Split
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Ivaloo
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Carazachiel
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