Fyctia
Chapitre 1.1
10 décembre – Université d’Édimbourg
— Asseyez-vous là, mademoiselle Wallace. Il va vous recevoir.
Ma gorge était tellement nouée par l’émotion qu’aucun son ne put franchir la barrière de mes lèvres. Levant les yeux vers la secrétaire du doyen de l’université d’Edimbourg qui, visiblement, attendait une réponse de ma part, je lui souris timidement tout en hochant légèrement la tête. D’un geste sec, elle me désigna une chaise sur laquelle je pris place avant qu’elle ne retourne à son bureau, le bruit de ses talons battant le sol s’estompa au fur et à mesure qu’elle s’éloignait.
L’horloge du doyen résonna de façon étouffée derrière la lourde porte en bois matelassée et chevronnée de son bureau. Trois heures de l’après-midi. J’étais à l’heure à ma convocation. Rien qu’à l’évocation de ce terme, un frisson vigoureux me parcourut le corps. C’était la première fois qu’il me convoquait de la sorte et l’appréhension se mêlait au froid vif qui coulait dans les couloirs ouvragés de l’université. Je ressentais également comme une pointe d’excitation au creux de ma poitrine. Ce tête à tête allait peut-être m’apporter une bonne nouvelle. Qui pouvait savoir ? Six mois auparavant, j’avais formulé ma demande de titularisation pour le poste que j’occupais et qui cristallisait tous mes rêves et mes espoirs. Peut-être s’agissait-il d’un entretien afin de clarifier certains points avant de signer mon contrat qui ferait de moi une professeure à part entière au sein de ce prestigieux établissement ? Peut-être aussi m’avait-il fait venir pour me parler de cette bourse dont j’avais fait la demande concernant des travaux de fouilles dans le nord de l’Écosse ? Comme le motif de ma convocation n’avait pas été clairement annoncé, mon cerveau bouillonnait d’hypothèses.
Un autre courant d’air s’engouffra dans mon cou et je frissonnai.
Nous étions début décembre et les températures avaient baissé de façon drastique depuis quelques jours. Une neige abondante avait recouvert les toits pointus et les rues d’Édimbourg. Si j’appréciais grandement les paysages somptueux qu’offrait ce glaçage d’un blanc immaculé, je goûtais moins d’avoir à attendre de la sorte. Instinctivement, ma main chercha mon col roulé beige et le replaça autour de ma gorge. J’aurais dû prendre une écharpe, pensai-je en grelottant. Ma sacoche en cuir brun élimé sur mes genoux, j’attendais que s’ouvre cette maudite porte.
Dans ma poche de manteau, mon portable vibra.
Je le pris et l’ouvris, découvrant le texto que je redoutais chaque année.
C’était grand-mère Charlotte. Elle m’invitait à venir rejoindre la famille pour les fêtes de fin d’année, à l’auberge, près de la ville de Norwich, dans le Connecticut.
Peinée par la réponse qui se dessinait dans mon esprit, je soufflai doucement.
J’allais devoir refuser. Une fois encore. Grand-mère serait attristée que je ne puisse pas venir tout en étant compréhensive. Une fois encore. Mon travail me prenait tout mon temps et je ne pouvais pas me permettre de prendre des congés aussi longs.
Le grincement sonore de la porte du doyen me sortit de ma mélancolie.
— Mademoiselle Wallace ?
— Oui, répondis-je en rangeant précipitamment mon portable dans ma sacoche.
— Suivez-moi.
Oups, pensai-je. Il n’a pas l’air de très bonne humeur. Allez Mary, courage !
Serrant ma sacoche contre moi, je me levai d’un bond, passai rapidement une main sur mes habits pour les défroisser avant d’entrer dans le bureau.
Le doyen, un homme sans âge au crâne dégarni, à la barbe d’un blanc immaculé et au complet en tweed impeccable, ferma la porte derrière moi avant de m’engager à prendre un des deux sièges qui faisaient face à son bureau.
— Mademoiselle Wallace, reprit-il en s’installant dans sa chaise en cuir brun à haut dossier, je vous remercie d’avoir accepté cette entrevue.
— Je vous en prie, Professeur Campbell.
— Avant que nous ne commencions, voulez-vous un café ?
— Un café ? répétai-je, étonnée. Oui, volontiers.
Le Professeur Campbell appuya sur une touche de son combiné téléphonique qui devait dater du siècle dernier et demanda à sa secrétaire deux tasses fumantes de bon café. La voix nasillarde de la femme, résonna à son tour dans le combiné.
— Dites-moi, dit-il en prenant un dossier à la chemise bleue sur son bureau et en l’ouvrant d’une main ferme, depuis combien de temps êtes-vous parmi nous ?
— Dix ans, Professeur Campbell. Cela fera dix ans le quinze décembre.
— Oui, je vois, dit-il en ajustant ses lunettes sur son nez aquilin. J’ai demandé une copie de votre dossier aux ressources humaines que voici. J’avais besoin de le parcourir avant de prendre une décision.
— Une décision me concernant ? demandai-je d’une petite voix derrière mon sourire figé.
— Évidemment ! Si non, quel serait le but de cet entretien ?
— Effectivement, murmurai-je, penaude.
— Il est écrit ici que vous avez demandé votre titularisation cette année ?
— Oui.
— Ainsi qu’une bourse pour des fouilles dans le nord de l’Écosse ? Quel était le motif de ce projet ?
— Je…
La porte du bureau grinça derrière moi et la secrétaire apparut, les bras chargés d’un lourd plateau sur lequel avaient été disposées deux tasses fumantes et une coupelle de petits biscuits aux raisins secs. Une délicieuse odeur de café me chatouilla les narines.
— Voici, Professeur Campbell. Vous faut-il autre chose ?
— Non, merci Pétunia. Je vous en prie, Mademoiselle Wallace, servez-vous.
N’osant refuser, je pris un biscuit sec et en croquai un tout petit bout.
Mon dieu, songeai-je, ils sont aussi secs que le papier sur lequel j’écris.
— Ils sont succulents, n’est-ce pas ? demanda le Professeur Campbell en croquant lui aussi un biscuit, l’air satisfait. Pétunia m’en fait des fournées, surtout à cette période de l’année. Elle sait que j’en raffole.
— Très bons, réussi-je à prononcer sans m’étouffer.
Aussi vite que je le pus sans paraître malpolie, je pris une grande gorgée de café noir sans sucre. Le liquide me brûla la langue mais tant pis. J’avais grand besoin de faire passer cet étouffe-chrétien au plus vite.
— Donc, vous disiez ? reprit le professeur.
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Stormy__a
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Il y a 3 mois
Maiwenn 🌍
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Il y a 4 mois
NineP
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Il y a 4 mois
Audrey Pleidel
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Camilla_Melodie
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Mady L.Emsie
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Zatiak
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Audrey Pleidel
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Il y a 4 mois