Fyctia
Choc des ondes !
- On met un peu de musique Mme Florin? Le Lac des Cygnes, comme d'habitude, ou on se fait plaisir avec un petit Offenbach? Il faut que je change votre perf'.
- Toujours cette habitude de lui mettre de l'opéra quand vous venez pour les soins, Jimmy.
- Bonjour M Florin. Je ne vous ai pas entendu entrer. Votre épouse apprécie beaucoup la musique, ça lui rappelle sûrement ses jeunes années, ou des sorties à l'Opéra.
- Je vais être franc avec vous, Jimmy. Je pense que mon épouse n'a jamais mis les pieds dans un Opéra, et qu'elle connaît davantage le répertoire de Michel Sardou que celui de Mozart.
- Je vous en supplie, Monsieur Florin, ne m'obligez pas à lui chanter les Lacs du Connemara dès le matin !
Ils éclatent de rire. C'est pour cette parenthèse que Jim a choisi ce métier, pour cet éclat de rire au milieu du sang, du bruit des machines, et des mouchoirs humides. C'est pour apporter un sourire sur le visage de cet homme que Jim sait exactement pourquoi il est là. Il pense sincèrement que soigner, ce n'est pas seulement poser une voie et injecter des médicaments, mais que la prise en charge de la famille est au moins aussi indispensable. Son père le rêvait médecin, comme lui. Pourtant, Jimmy ne l'a jamais envisagé, pas une seconde. Il a toujours eu la vocation du soin, mais de celui de proximité, au plus près de la maladie, et du patient. Il n'a jamais imaginé n'être que la visite du matin ou du soir, en un éclair, pour ajuster un traitement ou autoriser une sortie. Certainement qu'il trouvait que cela était à l'image de son père, froid.
Sa mère, quant à elle, l'a toujours couvé, trop peut-être. Elle a fait de sa maternité un esclavage moderne consenti et assumé. Le problème, c'est qu'elle ne parvient pas à faire le deuil de l'état de dépendance de son fils, et ne lui laisse que peu d'autonomie dans les tâches du quotidien. Elle doit certainement attendre qu'une femme prenne la relève, en moins bien, évidemment. Maman est une femme de médecin, aux allures bourgeoises, élevée dans une famille nantie du sud de l'Angleterre. Elle est arrivée en France pendant sa pré-adolescence, et conserve un don pour les biscuits, et un petit accent. Jimmy est le petit dernier du nid, celui à qui on hésite à apprendre à voler, son indépendance signant le début de notre vieillissement. Elle lui a appris à respecter la vie, et à se réjouir de chaque lueur. Il est devenu ce grand optimiste, qui voit le verre débordant, tant il parvient à croire. Mais tout cela s'accompagne d'une certaine naïveté qui vire parfois à l'immaturité. Il le sait, il s'en fout. Est-il bien utile de gagner en maturité si c'est pour perdre en rêves, en désirs, et en foi? Il croit en l'Homme, il croit en la vie, et n'aura de cesse d'y croire quand bien même il verrait le Monde s'effondrer. Il pense sincèrement qu'il ne peut y avoir de vie sans espoir et sans folie.
C'est peut-être cela qui l'a poussé à choisir ce service, celui que personne ne veut, et pourtant qu'il adore. Lui, le grand bavard toujours à cent à l'heure se retrouve à l'aise dans ces couloirs silencieux, qui manquent de toute la vie et toute la joie qu'il affectionne. S'il s'y sent bien, c'est sûrement parce qu'il a le loisir d'y apporter sa folie, et qu'il se voit comme un faiseur de lumière dans l'obscurité, prêt à tout pour rendre un quotidien plus doux, même à chanter les Lacs du Connemara dès le matin...
14 commentaires
Fanny DL
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Il y a 6 ans
Révolution
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Il y a 6 ans
Cécile Bergerac
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Il y a 6 ans
bluebutterfly
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Cécile Bergerac
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Nicolas Bonin
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Il y a 6 ans
Cécile Bergerac
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Révolution
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Gallie
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Il y a 6 ans