Fyctia
Chapitre 4 - 3 (Calliope)
Mon père me dépose au lycée ce matin. Il a accepté de faire un arrêt chez le réparateur de téléphones pour que je puisse enfin récupérer mon appareil.
J’ai passé tout le trajet jusqu’au lycée à discuter avec ma grand-mère qui est toujours très matinale. Elle m’a fait rire lorsqu’elle m’a parlé de sa « vieille grincheuse » de voisine, madame Manning. Je me suis retenue de lui faire remarquer qu’elle est tout aussi vieille qu’elle, même si cela m’a très fortement démangée.
Mamie Elisabeth a le même style d’humour que moi, je pense qu’elle aurait rigolé à ma petite pique, mais quand bien même, je ne voulais pas risquer de la vexer de si bon matin. J’ai terminé ma conversation en lui promettant que je viendrai bientôt lui rendre une petite visite, c’est vrai qu’elle me manque – elle et ses délicieux petits gâteaux qu’elle me prépare à chaque fois que je vais la voir.
En sortant du véhicule, je mets mon sac sur le dos et me dirige vers ma salle de classe. Les doigts pianotant sur l’écran flambant neuf de mon smartphone, je récupère la totalité des cristaux que j’ai loupée cette dernière semaine. Je suis ravie de voir qu’ils me permettront de bien avancer dans l’histoire.
Perdue dans mes pensées et le regard rivé sur mon appareil, je ne remarque pas que je m’apprête à heurter quelqu’un. Je me cogne violemment à un corps chaud, et en tombe à la renverse. Mon portable s’échoue au sol, écran contre le bitume, le craquement qu’il produit n’indique rien qui vaille.
Sans m’excuser, ni même porter une quelconque attention à la personne qui se tient debout devant moi, je récupère mon smartphone et râle bruyamment en voyant la splendide fissure qui s’y est formée.
— Bordel ! Il sort tout juste de réparation !
Je bous, j’ai envie d’assassiner la personne qui s’est retrouvée sur mon chemin. Lorsque je relève le regard, je croise les yeux glacials de Newton. Il me toise de ses un mètre quatre-vingt ou plus, le regard froid et la mâchoire comprimée. Je n’attends pas qu’il me tende la main, je m’apprête à me relever lorsque, volontairement, il me repousse pour que je m’échoue de nouveau au sol.
— Fais attention où tu marches, Bellini.
Il me balance cette phrase comme s’il me crachait à la gueule. Je reste coite, premièrement car il a retenu mon nom, mais surtout parce qu’il vient de faire exprès de me bousculer. C’est définitif, Newton putain d’Adams fait officiellement partie des têtes à abattre de ma longue liste de mes ennemis.
— Retourne d’où tu viens, sale chien!
Alors qu’il était sur le point de s’éloigner, il pivote sur lui-même et penche la tête sur le côté.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Pas une once de rage n’accompagne ses mots. Sa voix est si calme et posée que c’en est presque flippant.
— Tu es sourd toi aussi ? J’ai dit « Retourne d’où tu viens sale… »
Sans me laisser le temps de finir ma phrase, il m’attrape violemment par le col de mon sweat et me fait décoller du sol. Je me débats, balance des coups de pied dans le vide et tente de le faire me lâcher, mais il ne bouge pas d’un pouce. Son corps semble être fait de marbre, il est gainé et parfaitement immobile, tandis que je me débats comme une forcenée pour retrouver la terre ferme.
— Je te préviens une seule et unique fois, petite conne. Je ne suis pas Mave, je ne suis pas Shirley, ni l’un de leurs cabots. Si tu as prévu de me faire chier, crois-moi que je te rendrai au centuple tout ce que tu me feras.
Le type ne semble pas énervé pour un sou, il montre un flegme particulièrement impressionnant qui me met encore plus en colère. Je gesticule dans tous les sens pour tenter de le faire me lâcher. Tout ce que je parviens à faire c’est de rameuter un peu plus de monde autour de nous.
— Va te faire foutre, Newt. Tu peux me menacer si tu veux, je n’ai pas peur de toi.
Avant même que ma phrase soit terminée, je vois son visage impassible devenir particulièrement enragé. Ses traits se tirent violemment, ses sourcils se froncent et ses dents se serrent. D’une main, il me maintient toujours au-dessus du sol, d’une deuxième, il enserre ma gorge, de sorte que je ne puisse presque plus parler. Mes doigts viennent se positionner entre les siens et mon cou. Je le griffe, enfonce mes ongles dans sa chair, mais rien n’y fait.
— Appelle-moi une dernière fois comme ça et je me ferai un plaisir de te refaire le portrait. Le fait que tu sois une fille ne change rien pour moi. Tu me cherches, tu me trouves. Compris ?
Je ne réponds rien et me contente de le regarder droit dans les yeux, le regard couvert d’une haine indéfectible. Les autres autour de nous ne bougent pas d’un pouce. Certains me huent, d’autres poussent des hoquets d’effroi, mais aucun enfoiré n’est suffisamment courageux pour se mettre entre Adams et moi.
— Va retrouver ta petite pute et lâche-moi la grappe, arrivé-je à articuler difficilement.
— Elle au moins elle sait se la fermer quand il faut.
— Sûrement quand elle te taille une pipe dans les chiottes, c’est sûr qu’elle ne doit pas beaucoup parler dans ces moments-là.
Merci, Dieu Joshua de m’avoir enseigné quelques mots de vocabulaire sexuel, ça m’est très utile.
— Je pourrais peut-être te forcer à fermer ta grande bouche.
Un rictus mauvais étire le coin de ses lèvres. Les miennes se tordent face à ses mots lourds de sous-entendus qui me donnent envie de vomir. Je réprime un frisson de dégoût en plissant le nez.
— Fais pas ta mijaurée, Bellini. Si j’acceptais que tu me touches, tu en redemanderais encore, et encore.
— Plutôt crever que de te toucher.
— Ne t’en fais pas, jamais je ne laisserais ta bouche dégueulasse se poser sur mon chibre, tu ne ferais rien d’autre que le faire débander.
Sur ce, il me laisse retomber lourdement au sol. Il m’adresse un dernier regard assassin avant de rentrer dans l’établissement d’un pas lent, les mains dans les poches comme si de rien n’était. Je reste quelques instants au sol, les deux paumes plaquées contre le bitume et le cul en compote.
C’est décidé. À partir d’aujourd’hui, Newton Adams devient l’enfoiré numéro un de ma liste d’ennemis.
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Manon Graulier
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CarlaRN
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ZELI
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Debbie Chapiro
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