Fyctia
Avenir incertain
Quand il ouvre les yeux le lendemain matin, une bonne odeur de pain grillé envahi déjà l’étage. Les rideaux sont à demi ouverts. La chambre est vide. Nathanaël se redresse dans le lit et regarde autour de lui en se frottant les yeux. Le fauteuil n’est plus là. Evy non plus. Un coup d’œil à l’horloge électronique sur la table de chevet lui indique qu’il est déjà tard. Il enfile son sweat à capuche et son jeans et se rend dans la salle de bain pour se passer un coup d’eau sur le visage. Peut-être que ça l’aidera à se réveiller. Puis il descend partager le petit déjeuner avec sa compagne. En bas de l’escalier il tombe sur la maman d’Evelyne qui l’accueille avec un œil sombre, comme la veille. Nathanaël ne se laisse pas départir et lui adresse un de ses sourires aimables en lui souhaitant le bonjour. La femme plisse les yeux, à la recherche d’une étincelle de vilénie mais le jeune homme est poli et elle n’a rien à lui reprocher. Elle s’écarte pour le laisser passer et se rendre à la cuisine où Evelyne est déjà en train de tremper ses tartines dans son thé. Elle lui adresse à peine un regard quand il vient l’embrasser sur le haut de la tête et s’assoit à ses côtés. Elle soupire.
-Tu as bien dormi ? demande-t-elle.
-Je dors toujours comme un loir quand je suis avec toi, Evy.
-Blablabla… fait-elle en se moquant du discours niaiseux de l’amoureux.
Ils échangent un regard avant de partir tous les deux dans un éclat de rire. La mère d’Evelyne sourit en entrant dans sa salle de bain.
Le petit déjeuner terminé, tout semble rentré dans l’ordre, comme chaque fois que le couple sort d’une de ses passes tendues. Après tout, cela fait partie de la vie. Il y a toujours des hauts et plus souvent des bas, surtout quand il est question de relations humaines.
Nath conduit Evelyne lui-même aux écuries pour son cours du matin. Il a obtenu un minibus par l’intermédiaire de son oncle et il est fier de faire le chauffeur pour la femme qu’il aime. Sur le trajet ils échangent sur l’avenir et Nathanaël sent revenir une boule au ventre.
-Je veux dire, continue Evelyne après qu’ils soient sortis de l’allée, maintenant que tu as le bac, est-ce que tu ne voudrais pas aller plus loin, aller à la fac ou l’université ? Faire une licence ou un master, ou je ne sais pas. Quelque chose en rapport avec le monde du livre, puisque c’est ce que tu aimes.
-Oui bien sûr, répond Nathan, soudain mal à l’aise. Enfin je ne sais pas. Je n’ai pas envie d’être éditeur, tellement de choses que je ne cautionne pas dans ce métier.
-D’accord, alors pourquoi pas distributeur ? Je veux dire, ça te permettrait d’avoir entre les mains des ouvrages variés, de les remettre en main propres aux librairies, aux bibliothèques.
-C’est juste un boulot de livreur. Livreur de livres, ok, mais livreur. Et être sur la route toute la journée ? répond Nath, en faisant la moue.
-Alors quoi ? Ecrire ? demande Evelyne, à court d’arguments, comme une évidence dont elle refuse l’existence.
Nath reste muet, et hausse seulement les épaules.
-Pourquoi pas ?
-Vivre de ta plume ? Tu es doué, je dois bien l’avouer, j’adore ce que tu écris et ton style, et je ne suis loin d’être la seule. Mais est-ce que c’est suffisant ? Et tu penses vraiment pouvoir en vivre ? Je n’y connais pas grand-chose mais i me semble que peu d’auteurs vivent réellement de leur plume. Beaucoup ont un travail à côté, non ?
-Pas nécessairement…
Evelyne sent bien qu’ils sont dans une impasse et que leurs points de vue divergent. Tout comme leur éducation. Elle soupire et observe la route. Elle attend, à son tour la boule au ventre, la question qui ne tarde pas à arriver, comme un boomerang qu’elle aurait lancé.
-Et toi, alors ? Tu comptes faire quoi de ton bac durement acquis ? Je te vois te démener pour remonter à cheval et reprendre les concours. Mais est-ce que tu veux en faire carrière ?
Evy ferme les yeux. Cherche-t-elle à fuir une réalité qui l’effraie en fin de compte ? A son tour elle hausse les épaules et tourne le regard par sa fenêtre, observant le paysage défiler sans vraiment le voir, jusqu’à discerner soudain son propre reflet dans la vitre.
-Pourquoi pas ? répond-elle, comme Nathanaël un peu plus tôt.
Ils échangent un regard, sans sourire. Ils ne rient pas, malgré leur complicité évidente.
Le minibus arrive sur le parking et Nath se gare sur la place handicapée. Les deux jeunes gens se regardent encore, silencieux et croisent leurs doigts.
Peu importe ce que leur réserve l’avenir. Ils feront front ensemble, contre vents et marées. C’est ce qu’ils se sont promis. Malgré un avenir incertain.
8 commentaires
Meryma Haelströme
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Il y a 7 ans
Caro Handon
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Il y a 7 ans
Fyctia
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Il y a 7 ans
Meryma Haelströme
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Fyctia
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Il y a 7 ans
Meryma Haelströme
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Il y a 7 ans
Lydia4818
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Il y a 7 ans
Lydia4818
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Il y a 7 ans