Fyctia
Propriétés du spin (10^-7)
Dans le hammam lunaire, Eldrid et Erwin s'enlaçaient tendrement. La gravité, ajustée avec délicatesse, enveloppait leurs corps, offrant un parfait équilibre entre légèreté et contact.
Les experts avaient découvert qu’une semi pesanteur, bien que restreignant quelque peu les mouvements, favorisait une détente nerveuse profonde. Ainsi, le système avait calibré un compromis idéal, au tiers de la force habituelle, pour le couple en présence.
Les amants se donnaient l’un à l’autre, apaisés par la chaleur et l’harmonie cinétique des vapeurs d'eau. Eldrid se cambrait, et dans une série de mouvements gracieux, elle étendit ses membres, offrant son corps à Erwin comme une étoile dansante entre les cordes du cosmos.
Elle était habituée aux bienfaits du hammam, mais en présence d’Erwin, ses sens étaient décuplés.
— Tu apprécies ?
— Absolument, répondit Erwin, la fixant intensément.
— Attends de voir la suite, ajouta Eldrid en activant le programme des trois saveurs de lepton.
Un subtil choix dont ils n’allaient pas tarder à sentir les effets : un ballet énergétique d'électrons, de muons et de tauons, commencèrent à tournoyer dans une valse invisible, stimulant leurs circulations sanguines et leurs influx nerveux.
Pendant que leurs corps se relâchaient, étrangement, leurs esprits à tous deux s'agitaient. Eldrid était tourmentée, comme si elle avait oublié sa hache sur la forge de feu atomique, tandis qu'Erwin avait l'impression d'avoir négligé une variable dans l'équation.
— Reya ! s’écria tout à coup Eldrid.
— Je l’ai pensé en même temps, répondit Erwin dans la précipitation, j’ai un mauvais pressentiment.
La mémoire de Reya semblait se couper de la Racine. Chaque éclat de rire et chaque étincelle de joie qu'ils avaient partagés avec elle paraissaient de plus en plus lointains. Ses souvenirs étaient en train de s’effacer, emportés par les ténèbres de l'inconnu.
L’hypothèse d’un tel scénario les terrifiait. Eldrid brisa le silence, sa voix empreinte de tristesse et d'inquiétude.
— Erwin, penses-tu qu'il puisse y avoir une explication rationnelle à tout cela ? Je suppose qu’elle s’est rendue sur Elskarland, mais comment a pu-t-elle disparaître sans laisser de trace ? Que signifie cette planète, je ne comprends pas.
Erwin fixa le sol carrelé du hammam, cherchant désespérément une réponse dans les motifs fractals complexes.
— Je ne peux pas l’imaginer Eldrid. C'est comme si elle avait été effacée de l'existence elle-même. La seule possibilité est qu’elle ait été engloutie… La gorge d’Erwin se serra.
— Engloutie dans un trou noir ? s’emporta Eldrid, je n’y crois pas, tu te trompes !
— Je me souviens d’une possibilité mais… hésita Erwin. Il était confronté à une énigme qui échappait à toute logique scientifique. La douleur de la perte se mêlait à l'impuissance de ne pas pouvoir expliquer ce qui s'était passé.
— Oui mon amour, dis-moi !
— Eh bien, nous discutions de l'adéquation fluctuante entre les théories quantiques et la gravité. Reya refusait d’admettre l'existence des trous noirs. Elle était convaincue qu'il existait une hypothèse plus élémentaire, et que celle-ci conduirait à des prédictions plus précises.
Eldrid lui jeta un regard encourageant.
— Pour moi, il s’agissait d’un simple exercice spéculatif, elle évoquait... Le fermier se frappa doucement le front pour se remémorer.
— Elle a commencé en comparant le trou noir à de la colle, puis à un rivet, et ensuite... je ne me souviens plus, elle envisageait toute une série de solutions différentes. Et elle changeait constamment d'avis.
— Et Elskarland, murmura Eldrid, qu'est-ce que c'est ? Ce monde m'intrigue, il ne semble pas ordinaire.
— Honnêtement, je ne sais pas. Nous avons rencontré tellement d'obstacles en essayant d'implanter le trou de ver. Nous perdions toutes les données et devions recommencer depuis le début. Il me faudrait du temps pour...
Il s'interrompit soudain, la réponse était à portée de mots.
— Un crochet ! reprit Erwin.
— Excuse-moi ?
— Reya m'a aussi mentionné un crochet, tu sais, une sorte d'aiguille avec une encoche à l'une de ses extrémités pour attraper le fil.
— Tu trouves qu'Elskarland ressemble à un ouvrage de tricot ?
— Qui sait, répondit-il avec un sourire gêné. Après tout, c'est ma fille.
— Notre fille, précisa-t-elle avec fierté avant de le saisir par la main.
Ils sortirent du hammam, enveloppés dans des serviettes moelleuses, leurs esprits en proie à un tourbillon d'émotions.
Eldrid savait qu'ils devaient trouver Reya, coûte que coûte. Elle voulait déserter l'armée viking, quitter ce monde d'obligations et de conflits pour vivre en paix avec Erwin, mais cela devait attendre. Retrouver Reya était sa priorité absolue.
Alors qu'ils émergeaient du hammam, une puissance colossale les frappa de plein fouet. Une présence transcendante, empreinte d'une aura de majesté, se tenait devant eux. C'était Frigg, la femme d'Odin, dépêchée par la Racine pour prendre la relève du conseil de guerre.
— Les voilà Frigg, déclara Ingeborg, je vous l’avais dit qu’ils n’étaient pas loin.
Frigg les fixa de ses yeux empreints de violence. Elle était la déesse de l’amour et de la maternité ; de même que son époux, elle connaissait l'avenir mais ne le révélait pas.
« Eldrid, Erwin, je sais ce qui vous tourmente. Nous réglerons votre cas plus tard. Mais d'abord, il nous faut retrouver Reya. J’ai besoin de votre aide. »
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Micael M.
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Simon Saint Vao
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Micael M.
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Gottesmann Pascal
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AlexGNSTR
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