Fyctia
Quand les athlètes doutent...
- "Tu ne peux pas faire ça!"
- "Ah bon, et pourquoi? ", Ralph avait placé sa main gauche en opposition sur le mur, son avant bras passait au dessus de l'épaule opposée de Boris, comme pour l'emprisonner. Ralph faisait au moins une tête de plus que lui. Boris, c'était ce manager, qui le poussait dans l'arène à chaque combat.
Ce type devait faire a peine les deux tiers de son poids, et sa masse était répartie d'une tout autre manière. Ce que Ralph possédait en pectoraux, en épaules, et en biceps, se retrouvait autour de sa ceinture abdominale, et écartait ses bretelles de manière ridicule. Son costume élimé sur une paire de santiags démodées, ce cigare imposants qui semblait devoir tomber de sa bouche a chaque inspiration, finissaient de lui donner une allure de caricature.
Bedonnant et petit, il repoussa néanmoins le boxeur de l'index avec autorité. Son regard n'était pas celui du tigre, mais brûlait d'une intensité comparable à celle des yeux de Ralph en plein cœur d'un combat.
- "Mais parce qu'ils ne te laisseront pas faire! Tu es naïf ou quoi?", il profitait du mouvement de repli de son poulain pour prendre psychologiquement l'ascendant sur lui. "Comment crois-tu que tu sois arrivé là?".
Il ralluma une nouvelle fois son cigare avec son vieux Zippo.
- "Tu sais combien ça coûte tes machins là", il désignait les flacons de sérum du Chaman en agitant la main qui tenait son cigare, répandant de la cendre partout sur la moquette du bureau.
- "C'est que t'es une princesse en plus, hein! Que du premium..."
- "J'en veux plus de cette merde! J'ai encore failli tuer un type hier soir...".
Ralph réajustait le col de sa chemise blanche, sans décramponner Boris du regard.
- "C'est pas d'ta faute! Il était pas prêt le type... Je leur avait bien dit que c'était trop tôt, qu'il était pas mûr pour un tueur comme toi", Ralph perçut immédiatement la grimace de Boris au moment ou sa langue fourchait.
- "Ah, tu vois! Tout ça c'est fini pour moi...", repris t-il fermement.
Boris tira une profonde bouffée sur son barreau de chaise.
- "Tu sais combien de types ont voulu faire ça avant toi?", il noya Ralph dans le nuage de fumée qu'expirait son nez tout autant que sa bouche. Le lutteur toussa.
- "Tu te ramolli! J'étais déjà dans le métier que tu tétais encore ta mère... ils y sont tous passés!", les flammes de l'enfer consumaient désormais ces pupilles. Ralph était conscient qu'il n'avait pas encore affaire au diable, mais juste à son émissaire.
- "Tu sais ce qu'ils ont fait pour toi, là haut! Pour faire de toi un héros plutôt qu'un boxeur qui se couche!"
- "Hein? Quoi? Mais qu'est ce que tu racontes?", cette fois, c'était Ralph qui était hors de lui.
- "Ah, parce que Monsieur croyait encore qu'il avait gagné tous ses combats à la loyale..."
Boris n'avait pas reculé, il posa son cigare sur la patte de gorille qui lui servait de cendrier, et se cala les fesses sur la plaque de verre qui lui servait de bureau, bras croisé sur son ventre proéminent. Ralph lui, était sonné dans les cordes.
- "Maintenant je vais te dire ce que tu va faire..."
Ralph ressemblait à un énorme lion tétanisé devant son dompteur.
- "Tu vas gagner ton prochain combat. Et le suivant... Terminer ce tournoi! Et après, quand tu auras cette ceinture autour de la taille, et que Monsieur Marcosi et ses associés auront récupéré le paquet de pognon que tu leur dois, on reparlera de retraite...", il écrasa violement le demi cigare qui lui restait dans la main au milieu du cendrier et se retourna, faisant face à la ville à travers la cloison vitrée de son bureau. Ils étaient au vingt cinquième étage et Ralph l'aurait volontiers précipité par la fenêtre.
- "Et si un mec y reste?", sa question brisa le silence que cette conclusion sans appel avait institué.
- "Ils connaissent tous les règles! Ils acceptent tous les risques...", Boris sembla réfléchir un instant, "Changes de totem si ça te chante! Prends un poisson rouge!". Son rire sarcastique vint ponctuer sa phrase." Pense plutôt à tes fesses. Avec ce genre de considérations, c'est toi qui va te faire exploser la tronche la prochaine fois". Il fît de nouveau face au boxeur, s'assit dans son fauteuil en cuir un peu trop étroit pour ses hanches disproportionnées, et saisi le téléphone... "Maintenant dégage! Va t'entrainer!"
Il n'aurait pas su dire pourquoi, mais Ralph s'exécuta.
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Fyctia
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Il y a 6 ans
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Il y a 6 ans
SebW
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Il y a 6 ans
Fyctia
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Il y a 6 ans