Fyctia
Chapitre 2
- Qu'est-ce que tu fais dehors ?
Sa question était restée en suspens, pour la simple et bonne raison que je ne savais comment y répondre. En effet, dubitative, je me demandais moi-même ce que je faisais là tandis que j'aurais dû être en train de réviser mes sortilèges avec ma mère.
A la brève pensée de cette dernière je ne pus empêcher la vague de tristesse qui me submergea. Mes yeux s'emplirent de larmes, ma gorge se noua et mon cœur se serra, si fort que j'eus la sensation qu'il allait exploser dans ma poitrine.
Perspicace, ma sauveuse n'insista pas, elle avait compris que je n'étais pas en mesure de lui donner la raison de ma présence sur le marché. Elle leva les yeux vers la fenêtre qui se trouvait sur sa droite, l'entrouvrit, puis fit claquer à deux reprises sa langue contre son palais. Surprise, je la dévisageai un moment tandis qu'elle restait là à surveiller l'horizon comme si elle attendait quelque chose.
Soudain, un bruissement d'ailes résonna à l'extérieur, et un oiseau au plumage bleu-argenté se posa sur le rebord de la fenêtre. Sa taille n'avait rien à voir avec les rouges-gorges qui venaient picorer les miettes de pain sous les carreaux de ma chambre. Il était bien plus grand, ses couleurs vacillaient en fonction de la lumière donnant une impression d'arc en ciel. J'étais subjugué par tant de beauté, était-ce un oiseau apprivoisé ? Le claquement de langue était-il un moyen de communication ?
La femme tendit son avant-bras pour que son messager vienne s'y percher.
- Je m'appelle Trycia.
- Et moi, c'est Ana.
- Fëanor me dit que les gardes d'Alfor sont déjà partout dans les rues. Ils sont sans doute à ta recherche.
- Qui est Fëanor ?
Trycia désigna son oiseau, frottant le haut de crâne avec son index.
- Je te présente Fëanor, il est mes yeux et mes oreilles dans cette ville.
Devant mon air perplexe, elle poursuivit, considérant qu'une explication s'imposait.
- Je l'ai trouvé tombé du nid, j'étais moi-même une enfant, et en grandissant nous avons appris à nous apprivoiser l'un l'autre. Aussi étrange que cela puisse paraître, nous avons développé un sixième sens qui nous permet de communiquer entre nous. Comme une sorte de télépathie.
Contrairement à ce qu'elle pouvait imaginer, j'étais loin de trouver ça dingue. Après tout, je pouvais allumer le feu par la pensée, et les sortilèges que ma mère m'apprenait étaient parfois encore plus impressionnants.
- Pourquoi ces gardes te cherchent-ils ?
- Je ne sais pas... j'étais chez moi, ils sont venus pour moi et ma mère m'a dit de m'enfuir... mais qui sont-ils ? Tu le sais ?
Surprise, elle fronça les sourcils en penchant la tête sur le côté.
- Tu ne sais vraiment pas qui sont ces hommes ?
Je demeurai silencieuse. Je comprenais que cette femme pourrait sans aucun doute me révéler une partie de la vérité.
- Ce sont les gardes d'Alfor. Ils sont là pour faire respecter le règlement.
- Mais que me voulaient-ils ?
- Ta famille adoptive ne t'en as pas parlé ?
Secouant la tête de gauche a droite je fis comprendre que je ne savais pas de quoi elle parlait. Trycia prit une chaise et s'y installa, tandis que Fëanor prenait place sur l'epaule de sa maîtresse.
- Bon, je n'ai rien à t'offrir pour te réconforter, ici bas les femmes n'ont pas leur place, il est donc difficile de trouver de quoi se nourrir. elle s'éclaircit la voix en se raclant la gorge avant de reprendre. J'imagine que tu ne sais pas ce qu'est Alfor. C'est une immense forteresse dressée sur le haut d'une montagne , elle surplombe la ville. Bien que son apparence soit absolument sublime de part son architecture victorienne, ce que l'on y fait à l'intérieur est à vomir.
Elle marqua une pause et son regard me transperça comme pour tater la température. Etais-je prête à entendre cela ?
- Depuis des années, les jeunes filles sont enlevées à leur Père adoptif pour être emmenées dans ce château sous haute surveillance.
- Pourquoi font-ils cela ?
- Pour que les jeunes filles tombent enceintes, puis accouchent dans le but de repeupler le pays. Les jeunes filles viennent de très loin pour certaines, mais une chose est sûre, elles sont toutes là contre leur volonté.
- C'est horrible ! Comment tombent-elles enceintes ? Et que deviennent-elles une fois qu'elles ont accouché ?
- Les hommes de la haute classe font la queue pour coucher avec les vierges. Quand je te dis coucher je veux dire violer. Les filles sont attachées et bâillonnées, tout ce qui compte c'est qu'elles enfantent. Une fois qu'elles accouchent on leur arrache leur bébé pour le placer dans une famille composé d'un Père et parfois d'un frère. Tu imagines bien que la plupart vivent un enfer, la rareté est souvent convoitée. Certaines d'entre elles sont violées, ou vendues pour des passes avec le voisin ou le boucher. Ils sont tous de mèches !
Tout ce que Trycia me racontait semblait lunaire, je decouvrai un monde qui n'avait rien a voir avec ce que j'avais vécu.
- Oh mon dieu... Et quand sont-elles libérées ?
- Quand elles ne sont plus utiles. Soit à leur décès en mettant naissance à un nouveau-né, soit quand leur corps se transforme et les empêchent de procréer.
- Et toi ? Que fais-tu là ?
Quand elle se tourna vers moi, ses cheveux noirs ébènes suivirent le mouvement.
- Je ne peux pas avoir d'enfant. Mais, même si cela m'évite de vivre le même sort que les filles d'Alfor, crois moi le danger est tout aussi présent par ici. Il me faut être invisible, et savoir me défendre.
- Mais nous ne pouvons pas laisser faire cela ! Personne ne se bat pour les libérer ?
- Qui va se battre Ana ? Toi ? Moi ? Les hommes n'en ont que faire de notre sort tant qu'ils peuvent en profiter.
Soudain, alors que je sentais la colère monter en moi, quelqu'un tambourina à la porte.
5 commentaires
Merixel
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Il y a 3 ans
Oona Rose
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Il y a 3 ans
Morgane Rigan
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Il y a 3 ans
Dystopia_Girl
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Il y a 3 ans
Oona Rose
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Il y a 3 ans