Fyctia
Le complexe d'Amonstar
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Rien n’avait préparé Roland à la vue du complexe d’Amonstar.
Ce matin encore il était chez lui, à Paris, dans le quartier populaire où il avait grandi, entouré de sa famille et de ses amis. Tous étaient venus lui dire des mots d’adieux et d’encouragements, discours dans lesquels perçaient parfois l’anxiété, la jalousie ou l’attachement.
A peine quelques heures plus tard il était là, marchant sur une piste d’atterrissage austère, par -15°C, au beau milieu du Groenland, un petit sac à dos pour seul bagage, et devant lui la masse impossiblement grande du complexe d’Amonstar.
- Et encore, on n’en voit qu’une petite partie ! expliquait avec enthousiasme un garçon assez grand aux deux filles grelotantes qui marchaient près de lui.
Les trois semblaient avoir à peu près le même âge que Roland, comme tous ses autres « camarades » débarqués de l’avion, soit entre 16 et 17 ans.
Le jeune homme continuait,
- D’après mon père le complexe s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres et la construction n’est même pas totalement terminé !
Tremblant de froid malgré l’allure rapide à laquelle tous avançait, Roland regarda à nouveau l’impossible structure et pensa qu’effectivement le seul côté offert à leur vue semblait s’étirer à l’infini. Uniformément blanche, comme la totalité du paysage de neige et de glace, elle devait faire au moins 50 mètres de hauteur selon ses estimations, probablement plus. Complétement plane, on ne devinait aucune fenêtre ni même simple aspérité sur sa surface mat.
A l’intérieur de ce monolithe immaculé son avenir l’attendait. Des frissons, d’excitation cette fois, courait sur sa peau. Il allait participer à une aventure unique, inédite dans l’histoire de l’humanité : le tout premier jeu vidéo grandeur nature ! Il n’allait pas vivre l’expérience derrière un écran ou avec un appareil de réalité virtuelle collé sur le crâne, non, il allait réellement vivre les aventures de son personnage. Il serait son personnage, l’incarnerait avec son propre corps.
A moitié aveuglé par la réflexion du soleil sur tout ce blanc, le jeune homme plissât les yeux pour distinguer les silhouettes des encadrants aux combinaisons beiges qui les avaient accueillis après l’atterrissage, et celles des autres arrivants. Ils étaient une trentaine de jeunes gens, le contingent français des heureux participants à l’inauguration. 20 parmi eux avaient été comme lui tiré au sort, les autres étant les futurs héritiers des plus grandes fortunes françaises. En effet les frais d’admission dans cet « établissement » s’élevant à plusieurs dizaines de millions d’euro, cela restreignait drastiquement le nombre d’inscrits. En dehors de l’âge, l’argent était le seul critère de sélection. Excepté pour Roland et la vingtaine d’autres que la chance ou le destin avait choisi. Seule la France était concernée par ce tirage au sort, une excentricité de l’homme a l’origine de ce projet fou : Richard Lagrange.
Tâches de couleurs mouvantes dans l’immensité blanche, le groupe se rapprochait du complexe au rythme du crissement des chaussures sur le sol gelé. Avec sa peau sombre et son gros manteau noir, Roland se sentait en contraste total avec son environnement. J’ai l’impression d’être un terrien débarquant sur Mars, pensa-t-il, amusé mais aussi un peu perdu. J’arrive ici sans aucune idée de ce qui m’attend, alors ça ne sert à rien de trop réfléchir. J’arrive Amonstar !
21 commentaires
Miuu-Rose
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Il y a 5 mois
Tropino
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Il y a 5 mois
Lucie Feyre
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Il y a 5 mois
Tropino
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Il y a 5 mois
Docal
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Il y a 6 mois
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Docal
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Il y a 6 mois
Leo Degal
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Tropino
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Il y a 6 mois
Camille Salomon
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Il y a 6 mois