Fyctia
3: Un menu d'enfer
Avec mes nouveaux amis, nous prenons place dans la file d’attente de la cafétéria où sont amassés les autres étudiants.
Les plateaux déjà préparés, sont à retirer au point central. Nous pouvons ajouter selon notre guise les condiments nécessaires mais c’est en surplus. Autrement dit, il faut payer avec des tickets virtuels. Je n’ai pas la chance d’avoir assez de crédits pour m’octroyer des bonus.
Au menu, nous avons des plats qui se disent sains préparés avec des ingrédients locaux et biologiquement modifiés. Les fruits et légumes sont cultivés sous des serres spécifiques où les lumières virtuelles reproduisent la lumière solaire. L’air étant vicié dans cette ville où la pollution est en hausse, il a fallu remédier à cela en rusant sur la nature qui n’est plus bonne à rien. Il est dit que sur une lointaine planète, la végétation est luxuriante et beaucoup plus robuste. Je rêve de fouler cette terre salvatrice et de m’abreuver de la pureté de cette richesse.
Et pourquoi pas plonger dans cette immense nappe d'eau grouillant d'êtres marins pour vivre des aventures rocambolesques.
Je veux me délecter d'un bien-être et d'une sérénité bien trop compliqué à trouver ici.
—Tu es avec nous ? entend-je de la bouche d’Arielle.
De plus, une tape amicale de Lény me sort également de mes songes.
Les tables sont pratiquement toutes occupées alors nous décidons de nous installer sur la seule surface libre, près de l’issue de secours. C’est avec un certain entrain que nous commençons à parlementer sur le menu du jour jusqu’à cette remarque de ma camarade :
—Tu es un vrai rêveur Kanes, ça ne doit pas être facile de lire dans tes pensées.
—Parce que tu serais capable de le faire ? l’interroge Lény, soudainement inquiet.
—Pourquoi pas ? Elle nous sonde et une part de mystère s’empare de son attitude nonchalante.
—Toi, Lény je sens que tu es quelqu’un de débrouillard, avec un certain talent pour l’humour vu ta bonne humeur ambiante.
—Tenez, regardez le type là-bas, je sens qu’il va venir s’installer ici à notre table, nous annonce-t-elle.
En effet, un jeune garçon timoré, osant à peine faire un pas devant l’autre vient à notre rencontre.
—Salut ! Excusez-moi, je peux ? bégaie-t-il en désignant la place libre à côté de moi.
Je regarde mes amis qui ne disent rien et ont déjà commencé à mastiquer ce qu’il y a dans leur assiette.
Je lui fais un signe afin de lui donner mon accord. Il m’a l’air tellement timide, que je l’imagine mal dans la peau d’un futur agent prêt à dégommer les gangsters galactiques.
Je me présente à lui et il fait de même avec une petite voix fluette.
—Moi, c’est Pearson et merci de le demander. Il penche la tête sur son plateau à moitié vide. Une feuille de salade rabougrie traîne sur le côté lâché de son récipient, une tranche de viande se noie dans une sauce jaune moutarde. Pour couronner le tout, un fruit dont la peau plissée laisse à désirer, est secouée par les tremblements de la table. Je me penche et remarque que ce sont ces jambes qui flageolent. J’ai un élan de pitié pour lui. Qu’est-ce qui le fait peur à ce point ? Je me retourne et me rends compte qu’un groupe bruyant se démarque dans la salle.
—Tu les connais ? m’enquière-je.
C’est Arielle qui prend la parole :
—Les plus populaires je présume ! Y’en a toujours pour se faire remarquer, c’est radical. En tout cas, ne te biles pas, lui lance-t-elle.
—Oh ! J’ai l’habitude vous savez de me faire luncher surtout venant d’eux ! Le plus grand et baraqué c’est mon frère, il est en dernière année.
Je comprends alors sa volonté de s’éloigner de celui qui semble être le meneur de la troupe.
Pearson souffle et semble particulièrement mal à l’aise. Je tente d’en apprendre plus.
—La chance, et il t’aide ton frangin ?
—Non, il m’enfonce ! Il ne me croit pas capable de devenir un policier.
Lény qui comme moi, a deviné son malaise adoucit les choses.
—Tu vas l’épater, t’inquiètes ! Tu verras avec nous tu vas carburer…
—Oui, on les laisse de côté ces gugusses, et sache que si tu as besoin, on est là ! surenchérit Arielle.
Moi, je ne trouve aucuns mots réconfortants à lui soumettre. Je sens qu’il est forcé à toutes ces obligations familiales, à savoir faire perdurer et donner satisfaction à son paternel. Suivre les traces de son père ça vaut toute l’attention et la fierté de sa famille. En autre, il n’a pas l’air de l’avoir désiré. Il subit plutôt de vivre pleinement cette vocation.
—Ton père est policier ? demande-je à Pearson qui me regardant dans les yeux me questionne à son tour.
—Oui, comment tu as deviné ?
Je ne lui réponds pas et mastique ma viande bourrée de nerfs. Je n’ai même pas faim, j’avale sans rechigner et pose mes couverts. J’attrape ce fruit génétiquement modifié, une praise, que nous trouvons en masse sur notre planète. Son goût sucré et juteux est un savoureux mélange pour peu qu’il soit mûr. Celui que je tiens est encore vert. D’habitude c’est grâce à son aspect rouge et granuleux qu’il est appréciable.
Je le lance avec dévotion en l’air afin de me donner une contenance. C’est ainsi, je vais être amener à les côtoyer pendant au moins trois années. Le cursus s’échelonnant sur cette période de 16 à 18 ans.
Après une demi-heure de pause, nous retrouvons les couloirs de l’Académie.
Cette ambiance morose et sécuritaire nous oblige à chaque passage que nous devons accéder, à s’identifier. Je présente donc mon visage qui a été au préalable, passé à la moulinette comme le dit si bien Lény. Il est désormais enregistré et c’est par la reconnaissance faciale personnalisée que nous atteindrons les différentes classes afin de suivre les cours.
Cet après-midi, Monsieur Mayson nous attend à la salle de sport située à l’intérieur d’un bâtiment situé dans un autre secteur. Dès l’entrée, nous sommes accueillis par des murs en verre teinté laissant entrer la lumière naturelle et offrant une vue panoramique sur l’extérieur. Si nous sommes constamment enfermés c’est pour éviter d’être agressé par les rayons du soleil.
L’atmosphère est obstruée par une pollution sans nom. Il n’est pas bon de faire des efforts physiques au dehors.
Nous sommes dans une bulle dans cette école, qui bien qu’elle soit sélective, elle va nous permettre de nous aider à grandir dans un cadre opportun. Je me sens tout de même en sécurité dans cette école, mais ce ne sera pas éternel. Et j’espère en revenir grandi et plus fort par mes futures expériences et l’apprentissage qui m’attend.
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Docal
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Emmy Jolly
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Le Mas de Gaïa
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Gottesmann Pascal
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Il y a 7 mois