Fyctia
6.3 Je veux être avec elle
— Pizza jambon ananas !
Tous les poils de mes bras se hérissent à l'entente de la commande de Sinead et une grimace s'installe sur mon visage dégoûté. Wyatt laisse aussitôt éclater sa surprise et sa "joie".
— Bon Dieu, t'es vraiment la femme parfaite !
Elle rougit légèrement, mais beaucoup moins que l'aurait fait Daphné à sa place. Si on met une tomate à côté de la tête de cette fille, je suis sûr de voir aucune différence. Je ris dans ma barbe.
Merde mec, tu viens vraiment de penser à elle comme ça, sans raison ?
— C'est dégueulasse. Vous me répugnez. Si je vomis, ce ne sera pas à cause de l'alcool, mais à cause de cette chose immonde.
— T'as déjà goûté ? me questionne Sinead.
— Non. Je n'ai pas besoin de ça pour savoir que l'ananas sur une pizza salée ça ne peut être que dégueu.
— Daphné dit exactement la même chose que toi mais tu sais quoi ? Elle a goûté et depuis, elle ne trouve pas ça horrible.
— Ah ? Daphné aime ?
— Non elle déteste ça, mais elle n'est pas non plus au point de mourir dès qu'elle en avale une bouchée !
Je me disais aussi... Je l'imagine super facilement en train de tirer la tronche rien qu'en entendant son amie prononcer le nom de ce plat particulier.
— Tant mieux si ton amie a jugé bon de mettre sa vie en danger en goûtant à... Ça. Moi, il est hors de question qu'un morceau de cette pizza finisse dans ma bouche !
Les deux roulent des yeux en de parfaits mouvements synchronisés. Je rigole dans ma barbe en voyant que ces deux imbéciles recommencent à défendre la pizza "ananas-jambon", sans bien sûr parvenir à me convaincre. Je suis têtu, je crois que tout le monde s'en rend compte juste en passant un peu de temps en ma compagnie. Peut-être un peu trop quand j'utilise mon caractère borné pour emmerder quelqu'un.
Étrange, une petite brune aux yeux noisette s'est imposée dans mon esprit...
Lorsque nous arrivons chez Wyatt avec les pizzas chaudes, ni une, ni deux, nous sautons presque dessus comme des animaux qui n'auraient pas été nourris depuis longtemps. Sentir la bonne odeur régner dans l'habitacle fermé n'a fait qu'attiser la faim jusqu'à ce que le ventre de Sinead se mette à grogner toutes les cinq minutes. Et moi, je suis heureux de constater que je suis assez sobre pour pouvoir avaler quelque chose d'autre sans vomir.
Il faut juste oublier quand, en entrant, je me suis à moitié cogné contre le mur adjacent à la porte d'entrée.
La fin de la soirée se passe dans la bonne humeur. Le blond qui me sert de meilleur pote ne cesse de regarder Sinead avec un sourire aux coins des lèvres. Il est différent avec elle qu'avec les autres filles. La façon dont il la fixe, sa manière de lui parler, d'agir avec elle... Il ne la veut pas pour son corps. Il la veut tout entière. Et quelque chose me dit que c'est réciproque. Certes, on peut sentir une tension sexuelle intense régnante entre les deux comme une sorte de fil rouge qui emprisonnerait le petit doigt de l'un et de l'autre, mais je sais que c'est plus que ça.
Je suis sincèrement ravi pour mon pote qui s'est trouvé quelqu'un qui arrivera sans doute à le rendre heureux, même si tout n'est pas gagné. Il en a chié dans sa vie comme beaucoup de gens, il le mérite. Même si la plupart pensent que Wyatt ne s'attache à personne et se contente de butiner plusieurs fleurs, c'est complètement faux. Ils ne le connaissent pas comme moi je le fais. Il cache quelque chose depuis des années. Quelque chose qui le pourrit et le force à être comme ça. Il lutte encore et encore, sans jamais y arriver. Wyatt déteste l'image que les autres ont de lui. Je l'ai déjà surpris en train de pleurer de rage et de désespoir après avoir connu les raisons de sa première place du classement du mec le plus beau et charismatique de troisième année.
En regardant Sinead et lui bavarder joyeusement en ne cessant de flirter, j'ai juste peur qu'elle ne soit pas prête pour lui. Que la jeune femme ne supporte pas de sortir avec un homme comme lui. Quelqu'un qui a le trouble borderline. Il a fait de nombreuses thérapies, prend encore ses médicaments, son cas est moins sévère qu'avant quand il était ado, mais ça ne s'est jamais totalement calmé. Le trouble continue de lui causer de sévères dégâts.
Je m'avachis davantage dans le canapé et attrape mon téléphone. Je n'ai pas la force de me lever pour rejoindre ma chambre alors je fais semblant d'être occupé en surfant paresseusement sur les réseaux sociaux pour leur laisser un peu d'intimité. Au bout d'un long moment, je les sens qui se rapprochent un peu plus. Un peu gêné malgré moi, j'enfonce encore un peu plus le nez dans mon écran au point de me faire mal aux yeux.
Pote de merde, le retour.
Je fouille dans mes poches et trouve l'objet de mes désirs. Heureusement que l'homme sobre et prévenant que j'étais avant, a pensé à prendre ses écouteurs. Jusqu'à ce que Sinead doive rentrer sans le vouloir pour autant, je me suis laissé emporter par la musique, à moitié endormi sur le canapé. Je me relève légèrement quand je sens à nouveau du mouvement à ma droite. La fille aux cheveux violets me salue de la main et se fait raccompagner par mon meilleur ami jusqu'à la porte de son grand loft. Il met du temps à revenir.
Quand enfin, Wyatt refait surface dans le salon, il a l'air d'être aux anges. Le coup de foudre, sans aucun doute, a fait surface et l'a frappé. J'espère seulement que ça va continuer comme ça...
— Carvin ?
— Ouais, mon pote ?
— Je veux être avec elle, me confie-t-il.
Je hoche la tête, avec sérieux.
— Mais...
Il fait une pause, ses yeux se perdant dans le vague. Son esprit divague, la peur prend place dans ses entrailles. Mon estomac se serre en voyant ce triste spectacle.
— J'ai peur de ce que je peux lui faire. Je ne lui ferai jamais de mal physiquement, je le sais... mais je suis taré. Je vais la pourrir avec mes états d'âme de borderline.
— Tu vas y arriver Wy'. Regarde, je suis toujours là, moi et pourtant, je connais tout de toi. En presque vingt ans, j'ai eu pleins d'occasions de fuir mais je suis resté. T'es mon meilleur pote.
Le soulagement se lit dans ses traits. Il s’approche de moi et me prend dans ses bras. Je le serre contre moi, en espérant lui transmettre un peu de ce que je ressens. Je ne suis pas le genre de mec à me confier facilement sur ce que je ressens, mais j'espère qu'il sait que je tiens énormément à lui.
— Merci Carvin.
— T'as pas à me remercier, mec. Si Sinead ne peut pas supporter ce côté-là de toi, c'est qu'elle n'était pas celle qu'il te fallait.
15 commentaires
Luzane
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Il y a 4 ans
Luna_Dagird
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Il y a 4 ans
imaginary21
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Il y a 4 ans
Jane Moody
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