Fyctia
Chapitre 1: 1/3
PARTIE 1 : Au commencement, il y avait …
Chapitre 1 …le bonheur
Dance with my father (Luther Vandross)
⁃ Flora, apporte-moi à boire !
Rien qu’entendre sa voix me hérissait l’échine.
Je pris sur moi, lâchai mon mascara, sortis de ma chambre et, le visage impassible, pris la bière que je savais qu’il attendait et l’apportai à mon beau-père. Enfin beau-père, le terme est assez mal choisi, il n’est ni beau à mes yeux ni proche de l’image que l’on se fait d’un père.
Walter est le compagnon de ma mère depuis que j’ai 8 ans, j’en ai maintenant 17 (depuis quelques jours) cela fait donc beaucoup trop longtemps qu’il est dans nos vies. Au début, il s’est montré charmant avec maman et elle a cru avoir enfin rencontré l’homme qui prendrait soin d’elle, sur qui elle pourrait se reposer après la mort de papa.
Je n’avais que peu de souvenirs de celui-ci, il était décédé peu après mon quatrième anniversaire, un accident de voiture … banal diront certains… traumatisant pour maman. Elle avait vu arriver les policiers par la fenêtre de la cuisine et comprit à leur regard compatissant que le pire était arrivé. La chose dont je me souviens ? Ses cris, déchirants et insoutenables pour mon âme d’enfant, je ne pense pas avoir jamais vu ma mère pleurer avant, papa se faisait un devoir de la rendre heureuse quotidiennement, mon enfance a été bercée par ces souvenirs. Chaque soir, maman me bordait et me racontait un de ses précieux moments, pour qu’ils ne nous échappent pas disait-elle, pour qu’il reste encore auprès de nous. Il était le super-héros de nos récits, celui qui nous protégeait, nous choyait, nous faisait rire et nous enveloppait d’amour, de cette couverture chaude et épaisse qui avait tenu maman dans un rêve éveillé mais celui-ci avait volé en éclats pour quelques croissants.
Ce dimanche-là, Edward McNamara, irlandais d’origine, avait pris le volant après avoir embrassé ses rayons de soleil comme il nous appelait pour aller acheter les meilleurs croissants à l’autre bout de la ville. Le conducteur du camion qui s’est endormi en a décidé autrement. Fin du conte de fée pour Maria Caldera.
Maman a péniblement surmonté son chagrin, elle s’est montrée forte pour moi et ne m’a confié que des années plus tard, la perte du bébé dont elle soupçonnait à peine l’existence lors du drame. Un autre rayon de soleil aurait dû venir compléter notre famille bonheur. À la place, l’éclat dans les yeux de ma mère a disparu et pendant des années, j’ai entendu le soir ses pleurs qu’elle essayait de me cacher pudiquement dans sa chambre.
Quand Walter est apparu dans nos vies, il était le charmant nouveau collègue au bureau où travaillait maman, l’ami toujours prêt à lui rendre service. Une panne de voiture, il s’en occupait « ça me fait plaisir Maria », un robinet qui fuit, il s’en occupait « ça me fait plaisir ma chère Maria » … bref, il a peu à peu gagné sa confiance, il l’a courtisée à coup de clichés, il a doucement pansé son âme et son cœur et est entré dans nos vies.
Je n’ai jamais été à l’aise avec lui, je ne le sentais pas, il n’était pas mon père, mon héros mais il faisait sourire maman alors je ne disais rien, je tolérais sa présence pour elle.
Pendant longtemps, ça a été sorties, restaurants, fleurs et violons. Il a proposé un jour à maman que nous emménagions chez lui, maman refusa d’abord mais à coup de je t’aime et de promesses d’amour éternel, elle finit par accepter. Je ne pense pas qu’elle y voyait le grand amour réellement mais il était là et elle touchait à nouveau au bonheur du bout des doigts. Elle me dit un jour :
⁃ La présence d’un homme dans ta vie Flora ne peut être que bénéfique.
Je cherche encore le bénéfice…
Je n’aimais pas le voir près de maman. Je gardais le souvenir, grâce aux photos, d’un couple magnifique avec cette petite brune pulpeuse d’origine italienne aux longs cheveux bruns bouclés et aux yeux noisette dans les bras de ce bel homme grand, fort aux cheveux cuivrés, aux yeux verts et au sourire étincelant avec la fossette dont j’avais hérité.
Avec Walter, maman restait cette très belle femme mais sans cette étincelle au fond des yeux au bras de ce Don Juan de pacotille. Il était l’opposé de papa, taille moyenne, cheveux bruns gominés, yeux noirs perçants mais toujours tiré à quatre épingles et avec un bagout inné assez impressionnant. Je le tolérais pour elle, j’espérais qu’il puisse lui donner à nouveau un peu d’affection même s’il ne serait jamais son grand amour mais vraiment, je ne l’aimais pas… les enfants ont parfois ce don de ressentir les choses viscéralement, et avec lui ce fut instantané, quelque chose clochait mais je gardais ça pour moi, je n’étais qu’une enfant et je n’étais pas capable de briser les espoirs de ma mère en m’y opposant.
28 commentaires
Hell-vixen
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Il y a 2 ans
Vinie Aberas
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Il y a 2 ans
Enika
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A.love.books
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Vinie Aberas
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Roxane GN
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Emmy Jolly
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Vinie Aberas
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AgatheDcls
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Il y a 2 ans