Fyctia
Christopher 12/08/2014 (1)
Nous y voilà enfin. Je me sens bien ce matin : je sais que je suis en forme et les entraînements de cette semaine étaient bons.
L’ambiance est très calme au petit déjeuner. Tous ceux qui débutent aujourd’hui sont concentrés sur leurs objectifs.
Après avoir mangé, je passe rapidement dans ma chambre pour y prendre mes affaires puis je mets mon casque sur mes oreilles et je lance ma playlist pour m’isoler du reste du monde.
Ça fait peut-être asocial mais j’ai besoin de pouvoir me focaliser uniquement sur ce qui m’attend aujourd’hui. Mentalement je répète certains gestes, je me vois franchir mes barres à la hauteur, prendre position dans les starting blocks, lancer le poids aussi loin que possible….
A l’extérieur de l’hôtel plusieurs journalistes guettent mon passage et je les ignore royalement. Je n’entends de toute façon pas leurs questions avec ma musique dans les oreilles.
Au stade d’échauffement heureusement, ils ne peuvent être présents et je peux me préparer en toute tranquillité.
Je vois que Lucas est tendu : sa mâchoire est crispée et il sourit à peine à ceux qui viennent le saluer. Il gère moins bien le stress que moi et je sais que depuis quelques mois les journalistes s’intéressent beaucoup plus à lui qu’auparavant.
Je m’approche de lui et je lui donne une tape amicale sur l’épaule :
— Ça va mec ?
— Mouais.
— Détends-toi Lucas. Oublie ce que ces crétins de journalistes disent de toi. Je sais très bien ce que tu as dans le ventre. Tu ne vas pas te vautrer crois-moi.
Je m’éloigne ensuite de mon ami pour le laisser se concentrer puis, je prends la direction du stade du Letzigrund. Je grimace en constatant qu’une nouvelle fois les journalistes sont présents en nombre pour moi.
Ma musique me préserve de leurs questions stupides mais à les voir gesticuler comme des fous je sais qu’ils ne cessent de hurler après moi.
Lucas et moi nous sommes versés dans la troisième série du 100 mètres, la plus relevée. Je sais que les trois allemands inscrits au décathlon ont tous de meilleurs chronos que moi cette saison mais je suis bien décidé à me battre pour grappiller le moindre point.
Je règle mes blocks et je teste mon départ. J’ai un temps de réaction assez lent par rapport aux autres mais j’ai bossé là-dessus depuis plusieurs mois et j’espère enfin pouvoir récolter le fruit de mon travail aujourd’hui.
Après avoir couru une vingtaine de mètres, je ralentis doucement et, sans trop savoir pourquoi, je jette un regard vers les tribunes.
La délégation française se trouve non loin des athlètes de mon pays et je me prends à chercher Océane parmi cette foule. Je la repère très vite, entourée de sa famille : mon cœur s’emballe et va sans doute exploser son record de battements à la minute.
Cette nuit, je me suis repassé le film de notre discussion sur la terrasse. Ça ne m’était jamais arrivé auparavant de débattre de la sorte avec une fille. Et pourtant, j’ai trouvé ça génial. Pas une seule fois, je n’ai songé la possibilité de terminer la soirée dans son lit. C’est une première pour moi !
Tandis qu’elle parlait, je me suis attardé sur certains détails : comme cette mèche de cheveux qu’elle ne cessait de remettre derrière son oreille, la douceur de son rire et cette petite fossette à la joue qui me faisait fondre à chacune de ses apparitions.
Elle dégageait un curieux mélange de fragilité enfantine et d’une maturité étonnante pour son âge. Je crois que c’est ce qui m’attire chez elle.
Putain de merde, qu’est-ce que je raconte ?
Interloqué, je dévisage Océane sans trop comprendre ce qui me passe par la tête. Quelques cris autour de moi m’obligent à reprendre pied dans la réalité : ouais, faut pas que j’oublie où je suis et pourquoi je suis là !
Le starter nous appelle et je prends place dans le couloir quatre. A ma gauche se trouve Lucas et à ma droite le favori de notre série.
Mon regard se concentre sur un point au-delà de la ligne d’arrivée : je suis dans ma bulle et je ne vois plus les concurrents autour de moi.
Lorsque le coup de pistolet retentit, je pousse de toutes mes forces sur les blocks. Je relève progressivement la tête puis à mi-course je produits mon effort. L’Allemand est légèrement devant moi : je sais que je ne le dépasserai pas mais je tente de m’accrocher le plus longtemps possible. Au lieu de me relâcher sur la fin je me crispe totalement. Je pense être deuxième mais je n’en suis pas certain. Je me tourne avec une certaine appréhension vers l’écran géant :
2. GBR HODGES Christopher 10.95
3. FRA METZELDER Lucas 11.02
Au moins, je suis en dessous des onze secondes mais plus de dix centièmes au-dessus de mon record personnel. Ce n’est vraiment pas terrible.
Je suis déçu mais je vais quand même récolter plus de huit cent soixante points c’est déjà ça. Je me dirige vers la zone réservée à la presse où je sais que je vais devoir m’arrêter pour répondre à quelques questions.
Mais comme je ne suis pas vraiment de bonne humeur, j’accepte uniquement l’interview de la BBC ainsi que celle de la télévision française. Lucas m’attend d’ailleurs pour que l’interview se face en duo.
Une nouvelle fois, nous prouvons à tous qu’il n’y a aucune jalousie entre nous et que nous sommes toujours de très bons amis.
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Judith | Fyctia
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Le Mas de Gaïa
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Mélanie Nadivanowar
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Marie Andree
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