Fyctia
V- Beurre, Émeraude et... Ten
Je me retourne précipitamment.
Ce même homme vu il y a à peine trois jours me semble encore plus éclatant. D’aussi près, je distingue mieux ses traits et son visage taillés dans le marbre. Il est beau, mais d’une auréole chaude, attirante, comme une rose qui embaume plus qu’elle ne pique.
Un sac à dos banal dans le dos, il se penche vers moi pour me faire la bise. Déstabilisée, je le laisse faire, et hume son parfum de poivre citronné. Sa barbe de trois jours frotte contre ma joue, et je ne peux m’empêcher de ressentir des frissons.
Allez Can, tu ressembles à une gamine de treize ans qui découvre son premier amour…
Gênés, nous nous écartons et je le vois se passer la main dans ses mèches aux reflets verts. Je me triture les doigts, vieux reflex qui annonce quelques TOCs… Mon regard balaye son corps fin et élancé.
« Alors… Ça va ? » lancé-je chevrotante.
Mes yeux glissent sur un dessin à l’encre noir sur son avant-bras. Cela ressemble à un serpent, un être gracile qui court, passe et repasse sur les arabesques de ses muscles tendus.
« Oui. Prête à cuisiner ? » renchérit-il.
Son entrain sonne faux. Je suis intimidée, et d’un autre côté, j’espère qu’il ne me juge pas mal. Par message, tout est si simple ! Pas d’angoisse, de situation paralysante, de douleur et de doute inutile. Les écrans dressent un rideau filiforme, une sorte de bouclier qui atténue.
Une femme de mon âge sort de la cabane. Elle porte un tablier et est recouverte de farine.
« Hé bah, elle a pris un bain avant d’animer ! me chuchote Terence
— Vrai ! »
Nous rigolons un peu et je sens une certaine tension se délier sur mes épaules. La femme nous fait signe d’approcher. Ten, qui était derrière moi, pose sa main sur mon dos. Intérieurement je suis en ébullition. À travers le tissu, je sens la douceur mêlée au caractère sec de son geste. Un cocktail explosif.
« Bonjour à toutes et à tous ! Je suis Amandine, votre super cuistot pour l’aprèm ! Avec moi vous allez acquérir des connaissances inédites ! Plusieurs choix vous sont offerts, de la cuisine simple à la pâtisserie gourmande ! Qui sait si entre deux glaçages et une épluchure de carotte vous n’allez pas trouver la bonne bouche sucrée à embrasser ! »
Elle rigole, fière de sa blague, et un groupe de jeunes pouffe. Je me tourne vers l’homme à ma gauche et croise son regard émeraude. Sous cet angle, c’est une mâchoire ferme et droite qui perce sous les poils de sa barbe. Mon esprit m’imagine à passer mes bras dans son dos et titiller cette peau bronzée. Ouah, wake up Cannelle ! Tu divagues !
« Suivez-moi, on va commencer à l’intérieur. »
Plusieurs îlots sont disposés de part et d’autre de l’atelier. Les murs regorgent de fruits et légumes multicolores. Le centre est percé d’une grande table avec différentes préparations et trois commis. Le groupe se faufile dans la salle en même temps qu’Amandine décrit : « Le coin pâtisserie, pour les cupcakes et glaçages. Là, plus dirigé sur les tartes et les gâteaux. Ici art culinaire du plat et là quelques connaissances sur le fromage mêlé au savoir fruité du vin ! Vous pouvez passer d’un atelier à l’autre sans problème, les commis et moi-même sont là pour vous aider ! Bonne après-midi avec cet atelier organisé par Citeem ! »
Elle se retire vers les autres organisateurs. Alors que les personnes s’éparpillent déjà, par groupes de deux ou tout seul, Amandine revient, une expression malicieuse collée sur le visage.
« Oh et j’oubliais ! Avec Citeem, il y a la tradition du premier baiser ! Alors chacun entreprend comme il veut, mais imaginez ces quelques heures comme un challenge pour arriver au bout et tenter d’avoir un bisou de son partenaire ! Minuscule détail : vous obtiendrez une réduc sur l’application et une bouteille de vin surprise s’il y a ! »
Je sens le regard perçant de Terence sur ma nuque. À quoi pense-t-il à ce moment ? J’aimerais bien le savoir…
« Alors tu veux faire quoi ? » chuchote-t-il gravement dans mon oreille.
Je manque de sursauter. Sa voix est profonde, et pénètre dans mes tympans avec une grâce subtile. Je ne me reconnais plus, je me sens comme charmée par cette personne. Il est intrigant.
« Pâtisserie ?
— Alors allons-y ! »
Il m’entraîne vers le plan de travail où un animateur nommé Jean donne des conseils à deux autres couples. Jean sourit quand nous arrivons et nous invite à prendre place.
« Voici un livre avec des recettes simples mais exquises ! Choisissez et dites-moi ! Tous les ingrédients sont dans les bacs et les étages sur les murs et surtout découvrez vos voisins ! »
Son engouement m’amuse. Il a raison, l’après est à nous, inutile de se tracasser : il faut vivre sa vie et se laisser porter. Je saisis une fiche : fondant au chocolat. Mhhh, rien que de lire le titre, je me lèche les babines ! Les yeux brillants (mode chien battu activé) je présente l’idée à mon compère. Il se laisse tenter au bout de quelques secondes, et je réprime difficilement un cri de victoire.
Nous partons à la recherche des aliments. En premier, le beurre. Il y en a une telle variété que je me sens submergée devant tant de gras ! Je choisis un beurre du Poitou Charente, celui de Pamplie. J’ai beau être sur la pointe des pieds et sautiller, je n’arrive pas à l’atteindre. Je me tourne vers Terence.
« Un petit souci de taille ? » s’exclame-t-il en s’approchant.
Quand il pose ses mains sur mes hanches (envol des papillons dans mon ventre :) je frémis. Je pensais qu’il allait le prendre de lui-même mais il me soulève avec une facilité déconcertante et me suspend contre son torse athlétique sur son épaule. Je lâche un rire nerveux. Le groupe de la sexagénaire nous regarde, intrigué. Je me presse de prendre le beurre dans ma main, mais Ten semble savourer le moment. Il sent que je gigote, mais il tient bon avec force. Une fois les pieds sur le sol (que je ne pensais pas adorer tant que cela après ma chute du restaurant) je donne une pichenette dans l’épaule de Terence !
« Hé !!! Je n’ai fait que rendre un service ! Moi j’attendais le bisou et un merci ! » conclut-il en faisant un clin d’œil.
Nous nous dirigeons ensuite vers le chocolat. Avec une passion que je ne me connaissais pas (on n’a qu’une vie !), je cherche sa main. Sans me regarder, il saisit mes doigts et les noues dans les siens. Son sourire ravageur me déstabilise, et je manque de trébucher contre une dalle du sol.
Terence s’esclaffe de mon manque d’équilibre (s’il savait la cause !) et patiente. Moi, j’ai remarqué une faute dans le damier du carrelage. Le blanc n’est pas dans l’axe des autres et mon cerveau me titille. Non, c’est mon après-midi, je veux le vivre normalement ! Je balaie intérieurement ces inquiétudes (ce n’est pas comme si j’allais refaire le carrelage !) et nous partons main dans la main vers les autres ingrédients.
Heureuse.
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Désolé pour l'absence: j'avais un peu de motivation 😅. Mais je vais essayer de me rattraper (autant dans mes lectures !). Alors vous l'aimez ce chapitre? 🔥
34 commentaires
Marine | Hugo New Romance
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