Fyctia
Chapitre 35
Mais même ce fâcheux incident ne la fit pas replonger. La tristesse et la douleur n'étaient à présent que de vieux souvenirs, des vieilles copines de fac qui avaient trop longtemps tapé l'incruste et qu'on ne souhaitait plus voir dans sa vie.
Ruminant sa colère à son bureau pendant la pause déjeuner, Léonie se laissa surprendre alors qu'elle picorait une salade.
— Bonjour Léonie, ça va ?
Le directeur.
Tout sourire, comme s'ils étaient les meilleurs amis du monde, il la salua depuis le pas de la porte de sa classe.
— Bonjour André. Oui, ça va.
Dégage.
— Tu es sûre ? Ce n’est pas l'impression que j’ai eue ce matin.
J'hésite. Pas certain que le collier d'ail fasse effet, et visiblement, il supporte la lumière du soleil. Un pieu dans le cœur peut-être.
— Des nouvelles de Franck, l'inspecteur ? J'ai eu l'impression que vous vous entendiez plutôt bien la semaine dernière.
Affichant un regard noir capable de provoquer une éclipse solaire, elle réfléchit à un sort à la mesure du personnage. Elle imagina Teddy Riner et David Douillet se donner la main et sauter de l'immeuble d'en face pour lui atterrir sur la glotte.
En l'entendant s'étouffer dans son petit rire narquois alors qu’il quittait la classe, elle rajouta mentalement Jabba the Hut à l'expérience.
Les jours se succédèrent. La colère de Léonie diminua, sa rancœur pour Franck également. Elle était à présent détachée de tout ça. Elle aurait juste aimé savoir. Juste comprendre.
Il subsistait un moyen qu'elle s'était refusé à employer. Contacter l'académie, le propre employeur de Franck. Un ou deux petits mensonges lui auraient suffi pour avoir de ses nouvelles et savoir ce qu'il en était.
Elle se l'interdit pourtant. Ce recours représentait l'ultime barrière morale à ne pas franchir, le dernier rempart l'empêchant de se montrer totalement vaincue et abattue par ce qu’il venait de se passer.
Nous étions maintenant vendredi midi, et la dernière sonnerie de la semaine venait de retentir. C'était le seul jour où les professeurs se montraient plus pressés que les enfants à quitter l'école.
Si les bambins faisaient figure de troupeaux de gnous se regroupant en force pour franchir le minuscule portail de fer, les professeurs, eux, étaient de puissants et inarrêtables buffles, créatures solitaires chargeant la marmaille pour fendre son rideau de bouilles attendrissantes, mais surtout celui plus épais de leurs parents stationnés non loin de là.
Ils avaient tous une question. Sur leur enfant, sur le programme, sur les devoirs, sur les activités. Sur tout.
Le lundi matin, vous étiez leur meilleur ami, le sauveur qui leur enlevait leur pesant fardeau pour les cinq jours à venir.
Cinq jours où ils tentaient de recharger leurs batteries, la fin du week-end ayant comme toujours vu leurs dernières défenses céder face aux attaques de l'infernale progéniture.
Mais le vendredi après-midi, leur subconscient réalisait qu'ils allaient récupérer la chair de leur chair pour vivre deux jours que même Hercule n'aurait pas voulu ajouter à ses travaux.
Léonie adopta donc sa dernière technique, coller son téléphone portable à son oreille et mimer une grande conversation impossible à écourter. Cela marchait à chaque fois.
Elle prenait l'air grave, comme si sa propre mère l'appelait en pleine chute libre après s'être jetée de la tour Khalifa, puis elle adressait aux parents un sourire feignant la plus grande gêne de ne pouvoir entendre leur requête.
Elle y était presque.
Elle devait encore changer de trottoir, effectuer une ou deux esquives latérales, quelques plongeons derrière n'importe quel kiosque ou vendeur ambulant, et l'anonymat des marcheurs parisiens lui garantirait un sauf-conduit jusqu'à son appartement, plus sûr qu'une escorte de légionnaires ukrainiens.
Après un rapide coup d'œil à la circulation, elle s'apprêta à la fendre avec l'espoir de ne pas finir empalée sur un scooter, quand une main la stoppa.
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Sylvie De Carvalho
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Stéphanie Dewost
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Isabelle lardeur
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User259747
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Anna.O
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Cathyrine
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Philippe Brient
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Sophie Galerne deglane
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Il y a 2 ans