valouu Rattrape-moi si tu peux ! 7. Cassidy

7. Cassidy

Je pousse la porte de la première cabine et fais ce que j’ai à faire rapidement puis je ressors et me dirige vers le lavabo. Là, je me lave les mains mais évidemment il n’y a plus de savon, comme d’habitude. Je me demande même s’il y en a eu un jour. Peu importe, je passe au sèche-mains et m’apprête à sortir mais je me stoppe net dans mon élan.


- N’y pense même pas, elle est à moi !

Roman se tient là, devant la porte m’empêchant donc de sortir des toilettes. Il est habillé avec un jean crème et un polo vert qui met en valeur la blondeur de ses cheveux décoiffés. Je ne sais pas comment il a fait pour arriver si discrètement car je n’ai absolument rien entendu et je me rends à présent compte que c’était beaucoup trop calme pour des toilettes publiques à quasiment midi.

Irritée et quelque peu déstabilisée par l’apparition impromptue de Roman, je décide de le fixer du regard sans rien lui répondre, espérant qu’il comprenne que je n’ai pas du tout envie d’avoir une conversation avec lui maintenant. Mais c’était sans compter sa persévérance apparente à obtenir une réponse.

- Tu peux faire la muette si tu veux, je tenais juste à te prévenir que je l’obtiendrai.

Ne comprenant rien à ce qu’il me raconte, je ne tiens plus et lui lance avec sarcasme, ma meilleure arme face à cet homme d’environ 1m85 :

- Si tu fais référence à une certaine fille, tu peux être tranquille car de mon côté je suis à 99% hétéro. En plus, je suis sûre qu’aucune femme censée ne peut résister à la personne extraordinaire que tu es.

Face à ma remarque, je le vois pâlir de consternation. Je me suis bien foutue de sa gueule et cela n’a pas l’air de plaire à monsieur.

- La bourse ! Je te parlais de la bourse pas d’une conquête ou quoi que ce soit d’autre ! me dit Roman en se passant la main sur le visage, ce qui traduit certainement de l’exaspération à mon égard ce dont je me contrefous royalement. Je te croyais plus perspicace. Et pour information, je me fiche bien de connaitre ton taux d’hétérosexualité !

J’éclate de rire sans faire le moindre effort pour me retenir tant la situation est hilarante puis me calme et affirme :

- Ah la bourse, je comprends mieux. Mais avoue que ça portait à confusion parce que sans contexte il peut y avoir méprise. La preuve en est, j’ai vraiment cru que tu me racontais ta vie amoureuse, ce qui par ailleurs m’est complétement égale.

- Arrête de te payer ma tête, il ne me viendrait pas une seule seconde à l’idée de te prendre pour une confidente. Bien au contraire.

- Tant mieux, ça me rassure, déclaré-je en exagérant le soulagement. Et concernant la bourse tu peux toujours rêver, je vais la gagner et cela haut la main, comme à chaque fois, Roman.

- Tu es tellement sûre de toi que ce sera presque trop facile de te battre.

- Fais le malin si ça te rassure mais les statistiques parlent et pour l’instant je suis devant toi.

- A quelles statistiques tu fais référence au juste ? On n’a pas encore les résultats des partiels, me demande-t-il perplexe.

- A celles de l’année dernière.

- Ok.


Puis il se détourne et s’apprête à partir mais je le retiens par sa manche, voyant bien qu’il a encore quelque chose à dire.

- Quoi ? dis-je avec une lueur de défi dans les yeux.

- Comment ça quoi ?

- Arrête de me prendre pour une imbécile ! Tu es venu me trouver pour me faire chier et maintenant du veux partir sur un pauvre « ok ».

- Oui, jusqu’à preuve du contraire je fais ce que je veux.

- Me cherche pas Roman, je ne suis plus d’humeur, dis-je en sentant mes nerfs lâchés un par un. Dis-moi ce que tu as à me dire, qu’on en finisse.

C’est alors que je vois son visage changé du tout au tout : de l’ennui à la détermination, voire à la provocation. En deux secondes, je me retrouve plaquer contre un mur, bloquée par le corps imposant de Roman.

- Tu veux savoir, Cassidy ? m’interroge-t-il avec cette fois-ci de la provocation évidente visible dans ses iris d’un vert forêt et d’une intensité à vous couper le souffle.

Je peine à déglutir face au virage serré qu’est en train de prendre la situation mais je ne perds pas la face et réponds à sa question très simplement :

- Oui.

- Je pense que tu es tellement obsédée par l’excellence que tu vas finir par causer ta propre perte.

Waouh, cela fait mal mais je ne laisse aucune réaction lui parvenir.

- Et à ce moment-là, poursuis-t-il, je n’aurai qu’à être présent pour recevoir tout ce qui aurait dû te revenir.

Le salopard, il a tout prévu dans les moindres détails, certain que je suis putain d’instable. Hors de question que je garde ma bouche fermée et lui donne raison.

- Va au diable ! Tu ne me connais pas donc arrête de prétendre pouvoir prédire mon avenir.

J’essaye de me dégager de son emprise mais il me maintient trop fermement. J'abandonne finalement cette vaine tentative de dégagement, visiblement inutile.

- Je suis meilleure que toi, il va falloir t’y faire, reprends-je en le narguant.

Il se rapproche de mon oreille et y chuchote avec une voix devenue menaçante, comme un avertissement :

- On sait tous les deux qu’entre toi et moi, ce sera toujours pareil. Une guerre sans merci et sans répit, quoi qu’il en coûte. Alors ne soit pas étonnée si je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour te vaincre.


Bouche bée, je ne sais pas comment contre-attaquer mais ne perds pas de temps à réfléchir. Je fais la première chose qui me vient en tête : je lui mords violemment le poignet droit qui était à portée de dent car ses mains encadrées mon visage. La réaction de Roman ne se fait pas attendre : il pousse un cri, qui reste viril à mon plus grand désespoir, et va passer son bras sous l’eau du robinet situé de l’autre côté de la pièce, me libérant de son ascendant au passage. Je m’empresse donc de m’éloigner de lui en mettant le plus de distance possible entre nous, mais ne lui fais pas le plaisir de fuir.

J’attends qu’il soulage sa douleur en tapant du pied sur le carrelage blanc quand soudain je vois une traînée rougeâtre à l’endroit de la morsure et à ce moment même je me rends compte que j’ai un léger goût métallique dans la bouche. Putain, je l’ai mordu jusqu’au sang affirmé-je dans ma tête, pas peu fière, sentant un sourire en coin naître sur mes lèvres.


Enfin, Roman se tourne et s’avance pour se retrouver à quelques centimètres de moi, me surplombant de toute sa hauteur. Il lève alors mon menton avec deux doigts pour plonger son regard dans le mien.

- Tu es plus sauvage que je ne le pensais, annonce-t-il dans un murmure, comme impressionné.

- Je peux être surprenante.

- Cela ne fait aucun doute. Cependant, tu pourras me mordre ou me faire tout ce qui te chante, je n’abandonnerai pas cette compétition qui nous unit, dit-il avec un ton très serein.

Je romps le contact visuel et me dirige vers la porte de sortie en silence, mais me tourne pour affronter une dernière fois son regard et déclare :

- Rattrape-moi si tu peux, Roman.

- Avec plaisir, Némésis, réplique-t-il, acceptant le défi.

Puis je quitte la pièce sans un coup d’œil en arrière.


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