Fyctia
4. Roman
Je mets le contact et me tourne dans sa direction. Elle ne s’en rend pas compte mais elle est vraiment négligée : ses vêtements sont froissés et son habituelle queue de cheval parfaite est de travers et complétement desserrée. Honnêtement, je pense que si Cassidy se voyait dans une glace maintenant, elle ferait une crise du panique. Mais plutôt du genre intérieur : elle se regarderait et réfléchirait tellement fort pour arranger tout ça qu’on pourrait voir de la fumée sortir de ses oreilles.
Elle a les poings crispés sur ses cuisses, ce qui témoigne très certainement de son agacement et, inconsciemment, je bloque sur ses jointures blanchies qui contrastent avec le rouge de ses doigts.
Il se passe une ou deux minutes sans aucun bruit puis j’entends un son lointain qui se rapproche : Cassidy est en train de claquer des doigts devant mon visage.
- Ohé, il y a quelqu’un ? demande-t-elle sans arrêter ses claquements.
Je sors de ma torpeur, lève les yeux vers elle et réponds :
- Oui, je suis là.
- Et donc, tu comptes démarrer ou ouvrir une auberge de jeunesse dans ta voiture ? envoie-t-elle avec sarcasme.
Je me détourne et fixe la Peugeot garée devant moi avant de laisser échapper un petit ricanement.
- J’y avais pas pensé, mais maintenant que tu le dis c’est envisageable. Il suffit de baisser les sièges arrière et ça peut faire une bonne couchette je trouve, dis-je en sentant son regard énervé sur moi. Ou sinon, tu me donnes ton adresse et à ce moment-là je pourrais enfin démarrer.
- Tu sais quoi ? Tu as raison il est tard et il faut que je rentre, mais je peux toujours y aller tout seule.
Cassidy attrape la poignée de la portière et essaye de l’ouvrir mais je suis plus réactif et verrouille tout avant qu’elle n’ait pu sortir.
- Bien essayé ! Mais pas assez rapide, il faut que tu t’entraînes. Si tu veux je peux te donner des cours.
Elle me lance un regard noir et répond :
- Toi, me donner des cours ? Plutôt mourir !
- Très bien, comme tu veux, déclaré-je pour tenter d’apaiser son sale caractère. Mais il me faut quand même cette adresse !
- 52 rue de la Vieille Église.
- Parfait, on peut enfin se mettre en route !
J’embraye et démarre rapidement après avoir mis le GPS parce que je suis une vraie quiche en orientation, surtout dans les grandes villes.
Nous roulons en silence pendant quasiment toute la durée du trajet, ce qui m’ennuie royalement. Je déteste la silence et les blancs interminables, je trouve ça inutile et cela traduit très souvent d’une malaisance qui n’a pas lieu d’être. Une totale perte de temps !
Mais je respecte totalement le besoin de l’énergumène assise à ma droite d’avoir son propre espace et le calme qui l’accompagne. En revanche, j’allume la radio car il est hors de question que je reste sans fond sonore dans un habitacle clos.
Je jette un rapide coup d’œil au GPS et vois qu’il reste à peine 5 minutes de route donc je décide de prévenir Cassidy, même si je suis sûr qu’elle a bien remarqué qu’on était presque arrivé. Je l’appelle donc plusieurs fois en gardant les yeux sur la route mais aucune réponse de sa part. Elle commence vraiment à me les briser à m’ignorer comme si je n’existais pas !
- Cassidy, sérieusement ! Je suis pas ton putain de taxi alors réponds-moi au moins quand je te parle !
Bon, ok ça y ressemble beaucoup, mais premièrement elle est assise devant et deuxièmement je ne lui fais pas payer le course, donc elle peut bien se donner la peine de répondre, merde !
Arrêté à un feu rouge, je tourne la tête vers elle dans l’objectif de lui en foutre plein la gueule sur sa puérilité mais quand je la vois, je me stoppe net dans mon élan. Elle est endormie, sa tête reposant sur la vitre. Elle a l’air totalement paisible avec ses quelques mèches qui lui retombent sur ses joues rosées qu’à cette instant, je ne sais pas quoi faire : la réveiller ou pas ?
Le feu passe au vert donc je me remets en route pour ne pas bloquer la circulation, mais au lieu de suivre le GPS, je fais quelques tours dans le quartier que je connais assez bien car ce n’est pas très loin de chez moi.
Après une demie heure à tourner en rond, il faut que je prenne une décision. Je n’ai vraiment pas envie de la réveiller mais il est presque 2h et la fatigue commence à se faire ressentir donc je remet le GPS en marche pour arriver 5 minutes plus tard devant une grande bâtisse assez ancienne. Je n’arrive pas à savoir s’il s’agit d’une maison ou d’un immeuble mais je ne m’y attarde pas très longtemps car je suis détourné de mon analyse par un bruit sur ma droite. Cassidy est en train de bouger légèrement pour se remettre droite et j’ai bon espoir qu’elle se réveille d’elle-même. Mais au bout de 2 minutes, je comprends qu’elle a replongé dans le sommeil profond.
Je me gare sur le bord de la route et coupe le contact, ce qui installe un silence seulement coupé par la forte respiration de Cassidy. Je me détache puis me tourne dans sa direction. Elle a les toujours mains posées sur ses cuisses mais décrispées comparé au début du trajet et je vois sa poitrine monter et descendre lentement au rythme de son souffle.
J’approche ma main de son épaule pour la secouer gentiment afin qu’elle émerge en douceur. Mais c’est tout le contraire qui se produit. Cassidy se réveille en sursaut en me donnant un méchant coup dans le ventre.
- Doucement, dis-je en accusant l'attaque que je viens de recevoir. On est arrivé mais tu t’étais endormie. Je voulais juste de réveiller, pas la peine de devenir violente.
Elle prend conscience de la situation et évite mes yeux comme la peste.
- Je suis vraiment désolée ! J’ai paniqué sans raison, s’excuse-t-elle visiblement mal à l’aise.
- Ne t’inquiète pas, c’est pas grave. Je suis plutôt solide, je vais m’en remettre rapidement.
Ma remarque la fait sourire, ce dont je me félicite intérieurement.
- On est arrivé à destination, mademoiselle, lui fais-je remarquer en indiquant la bâtiment d’un signe de tête.
Elle se tourne est expire un soupir qui me semble être de soulagement quand elle voit sa maison, certainement car elle est maintenant sereine de savoir que je l’ai ramenée chez elle et pas kidnappée puis enfermée dans une cave comme dans un de ces romans gores.
Elle attrape ses affaires avant d’ouvrir la portière, que j’ai déverrouillée, pour sortir dans la rue.
- Merci pour le trajet, dit-elle en esquivant toujours mon regard.
- Il n’y a pas de quoi !
Elle claque ensuite la porte et se dirige vers le grand portail. Je la vois dans le rétroviseur intérieur mais elle ne se décide pas à entrer. Finalement, je redémarre et m’avance sur la route pour rentrer chez moi, non sans jeter de furtifs coups d’œil dans le rétroviseur, cette fois extérieur, avant de tourner au coin de rue et de la perdre définitivement de mon champ de vision.
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