Azilizaa Paul'in the Box I, 3 : Forfait week-end

I, 3 : Forfait week-end

- Nooooooon !!!! Mais c’est quoi c’te bête à poils ?!

- C’est Moncoeur ! Comment tu l’trouves ?

- Heu… envahissant…

- Comment tu peux dire ça Suzie ? Regarde-le, oh… tu craques pas ?

- Pas un brin ! Tu peux le rendre ?

- Mais ça va pas ! T’es pas bien ?!

- Attends voir, si je fouille sous l’évier, je vais trouver une bouillotte ? … Nan mais c’est pas vrai ! C’est quoi ça ?!

- C’est super pratique l’hiver !

- T’es complètement frapadingue ma pauv’ fille. Un chat avec un nom ridicule et une bouillotte… c’est un total tue-l’amour chez toi !


Il est difficile de dire laquelle des deux amies est la plus désemparée. Suzie attendait depuis des années que Pauline ait enfin un chez elle. La Bastide Haute lui a toujours fait l’impression d’un vieux manoir de l’horreur ! Mais son appart’, c’est juste … un appart’ de vieille. Suzie n’a rien contre les chats, même si elle préfère rester loin de leurs griffes, seulement là… il y a de quoi faire fuir n’importe quel jeune homme un peu sensé…


Pauline prend son amie par la taille et l’amène sur la terrasse…

- Allez, viens ma Suzon, voilà… ma piste de danse !

- De mieux en mieux… Ne me dis pas que quand tu te vantes de passer tes samedis soir à danser c’est sur cette terrasse minable ?

- …

- Pauline ! Le monde t’attend en bas ! Ah, ça c’est sûr, tu ne prends pas beaucoup de risque en te trémoussant sur ton balcon… Écoute-moi bien : j’ai épluché tous les bars de Marseille, tous les endroits où danser et ce week-end, on fait la fête !

- Mais j’ai préparé une petite dînette pour ce soir… On sortira demain…


Suzie n’en revient pas, Pauline est un clone de sa mère, « une petite dînette »… qui à trente ans, prépare « une petite dînette » pour ses amies ? Comment ne pas la braquer, tout en lui disant les choses ? Du tact… Aïe… Ce n’est pas le point fort de Suzie…


- On petit’dînettera en rentrant, viens on va se préparer… On va aller prendre un premier vers sur Chave, puis on ira au gré de nos envies…


Après avoir bataillé pour que Pauline accepte de mettre une tenue seyante, – à défaut d’être sexy -, et un peu de rouge sur ses lèvres – si je me maquille je ne serai pas vraiment moi ! – Conneries tout ça ! – Suzie parvient à trainer son amie faire la tournée des bars… C’est une belle soirée de juin… Suzie est ravie de prendre un bain de foule, les gens rient, parlent, jouent… La ville bat de mille cœurs.


Dans la rue de Bruys, les amies passent devant une salle d’exposition, il y a un attroupement, un vernissage certainement… Une jeune femme les interpelle :

- Venez voir mon travail les filles ! Soyez les bienvenues dans mon univers… Ce que vous voyez est le labeur de deux ans et demi ! J’ai voulu mixer les genres. Regardez ! Collez vos yeux sur la paroi… Vous voyez… ? C’est la lumière qui m’a guidée… La lumière est partout. Le point lumineux que vous apercevez au plafond est le point de départ. J’ai voulu créé une sorte de lumière originelle…


C’est comme cela que Suzie et Pauline se retrouvent un gobelet en plastique à la main à parler art avec Axelle, une illustre inconnue, une heure auparavant…Pauline boit son rosé du bout des lèvres et laisse son amie mener la conversation… Pourtant l’artiste la questionne sur ce qui l’anime, elle lui demande franchement :

- Et toi, Pauline ? Qu’est-ce qui te fait vibrer ?

Ce à quoi Suzie répond du tac-o-tac :

- Son canard, caché sous le lit !

C’en est trop pour Pauline ! troublée à la fois par la question indiscrète de cette fille et la réponse vulgaire de son amie. Mais pour qui se prend-elle ? Effet-citron : Pauline se renferme comme une huître et ne répond plus que par monosyllabes aux questions de plus en plus rares.


Quand enfin Suzie et elle se retrouvent seules, Pauline a droit à des reproches :

- T’as pris le forfait week-end ou quoi ?

Plus Suzie essaie de stimuler son amie, plus Pauline se braque. À tel point qu’il leur faut oublier bars, restos et dance floor… à même pas vingt-et-une heures, les filles sont de retour, rue de la jeunesse ingouvernable, et se font la tête chacune de son côté, devant les toasts et salades préparées joyeusement par Pauline pour recevoir son amie…


- J’peux te parler sincèrement ?

- Tu n’t’en es pas privé jusque-là !

- Excuse-moi… J’ai été dure avec toi. Ton chaton est craquant, ce repas, c’est… adorable… Mais j’ai l’impression qu’il y a un truc qui cloche…

- C’est facile pour toi de me juger ! T’as toujours eu tout ce que tu voulais : au collège tu savais déjà que tu serais trapéziste, t’as rencontré ton mec à seize ans, tu voyages tout le temps, tu parles couramment anglais et espagnol, tu es à l’aise avec les inconnu.es… je continue ? parce que la liste est encore longue !

- Tu m’gonfles ! Tu crois vraiment que tout me sourit ?! T’as raison, la mort de mon père le jour de mes dix-sept ans, c’est peanuts ! comme mon avortement à quatorze ans, mon accident en 2010… Mais à part ça, ma vie c’est le pays des Bisounours !







- … tu m’en veux ?

- Non. Et toi ?

- Non plus…




- Écoute Pauline, tu es une fille extraordinaire, tu es magnifique, tu es intelligente, tu as de l’humour… si, si… et là, j’ai l’impression que tu passes à côté de ta vie… tes plus belles années, tu les passes enfermées. Excuse-moi, mais quand tu cries en passant la porte Moncoeur… je suis rentrée… C’est tout, sauf drôle… Et le pire, c’est que si un beau jeune homme célibataire habitait l’étage en dessous, il n’oserait même pas t’aborder pensant que tu vis une idylle amoureuse avec un bel Apollon… muet…


Pauline pouffe. Suzie reprend :

- Pourquoi tu t’es braquée tout à l’heure à la galerie ?

- C’est cette fille… Qu’est-ce qui te fait vibrer ? ça m’a fait mal.

- Je ne comprends pas ?

- Quand je suis arrivée à Marseille, j’étais prête à vibrer… mais je suis éteinte… incapable de rire facilement comme toi… Et toi qui parle d’un vibro ! Déjà que c’est écrit sur ma tête que j’ai une vie amoureuse de merde et une vie sexuelle inexistante, si tu le cries sur tous les toits !

- Quoi ? T’as vraiment un canard sous ton lit ?

- T’es con !

- Je crois que j’ai ce qu’il te faut !

- What ?

- Mate un peu : c’est un nouveau site de rencontre, spécialement pour les gens comme toi !

- C’est quoi les gens comme moi ?

- Celles et ceux trop timides pour draguer ouvertement, trop timides aussi pour se rendre à un rendez-vous Meetic ou Tinder… Attention : timides mais extraordinaires ! Celui que tu rencontreras aura tellement de chance… Limite je l’envie…

- Alors, c’est quoi ton truc ?

- Cœur in the box ! Le site qui va tout révolutionner avec son côté un peu old school. Tu peux rencontrer des gens par le biais du site, comme si c’était naturel !

- Je ne comprends absolument rien !

- Tape sur ton tel : Cœur – in – the – box… Ça y’est ? Lis ! Tu vas voir : c’est génial !


Tu as aimé ce chapitre ?

9 commentaires

Tomochili

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Il y a 4 ans

J'aime beaucoup tes deux personnages. C'est bien écrit, c'est vivant. Top !

LucieC.

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Il y a 4 ans

Plus j’avance dans la lecture, plus je suis étonnée par tes expressions. J’adore. C’est vraiment rafraîchissant de pouvoir connaître un autre vocabulaire en fonction de la situation géographique des personnages ou du vécu de l’écrivain. Un vocabulaire à la fois rustique et poétique. Un beau mélange qui me plaît beaucoup. AH ! Le site de rencontre, le voilà. Un site côté old school ? J’ai hâte d’en savoir plus. Il s’agit d’un chapitre fileur qui, pour moi, est tout de même essentiel – voir primordial – puisqu’il lance l’aventure du site de rencontre. Je vois bien des rencontres dans tes « box », par rapport au titre, lumières éteintes… A voir =)

Princilia Daci

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Il y a 4 ans

Oh c'est une belle amitié qui existe entre les deux, et leurs dialogues sont vivants et rythmés 🤗

Azilizaa

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Il y a 4 ans

Oui, une amitié qui dure depuis de longues années. Elles se connaissent vraiment très bien. On dirait presque un vieux coupe... ha ha !

Viktor September

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Il y a 4 ans

Hâte de découvrir ce site old school. C'est une belle amitié qui existe entre les deux filles! Le rosé bien frais avec des glaçons va si bien au bord de la Mediterranée.😁

Azilizaa

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Il y a 4 ans

Oui, et la saison du rosé arrive à grands pas ! Avec le couvre-feu les apéros-plages vont être avancés à 16h, ça promet !

Justine HSR

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Il y a 4 ans

Ce chapitre est essentiel, puisqu'il marque le point de basculement dans l'histoire : Suzie incite Pauline à s'inscrire. De plus, on apprend quelques informations au sujet de la meilleure amie. Elle a l'air de porter de lourds bagages, et j'aime ça. Cependant, la façon dont tu l'as traité me laisse un peu perplexe. Il y avait moyen de creuser, de nous vendre une soirée d'enfer avec la question qui fâche, l'énervement de Pauline, une mini-confrontation entre les meilleures amies suivie de révélations, et ensuite, la proposition de l'appli. Je te conseille vraiment de prendre le temps de bien étoffer le tout (maintenant, ce n'est qu'un premier jet), parce que ton histoire est vraiment sympa, les personnages paraissent attachants et j'ai hâte de lire la suite ;)

Azilizaa

-

Il y a 4 ans

Merci pour les conseils !
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