Fyctia
Prise au piège
Un bourdonnement sourd résonnait dans ses oreilles. Sous le choc, Hathor était incapable de prononcer le moindre mot. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était regarder son père parler, bouger ses lèvres sans entendre ce qu'il disait. Tous les muscles de son corps étaient paralysés. Elle voulait hurler que non, jamais elle ne se marierai, jamais elle ne se lierait avec un homme. Elle fixait Rê, qui malgré la détresse de sa fille, continuait de parler. Encore et encore. Après plusieurs minutes interminables, il s'arrêta enfin, attendant une réaction. Après un moment, elle put enfin ouvrir la bouche :
-Vous ne pouvez pas. Vous n'avez pas le droit de faire ça.
-Je suis ton père, j'ai tous les droits sur toi. Ne l'oublie pas. La déesse sentait que son père commençait à perdre patience. Néanmoins, elle n'était pas décidée à se vendre. Jamais, à personne.
-Je ne l'épouserai pas.
-Je ne te donne pas le choix.
-J'ai dit NON. Je n'appartiendrai jamais à personne, pas plus que je ne vous appartiens.
-Tout est arrangé. Tu l'épouseras dans trois jours.
C'en était trop pour Hathor. La colère qui montait en elle déborda subitement.
-Malgré tout le respect que je vous doit, père, je vous défends de tenter de me soumettre comme vous essayez de le faire. Vous n'avez jamais essayé de me contrôler quand je décimais des villages entiers pour vous. Vous ne vous êtes jamais préoccupé de moi ou de mes activités. J'étais libre hier, je suis libre aujourd'hui, et je serais libre demain.
-JE TE DEFENDS DE ME PARLER SUR CE TON, hurla Rê. JE SUIS TON PERE, TU DOIS TE SOUMETTRE. SOUMETS-TOI HATHOR, IMMEDIATEMENT!
Face à son père, elle pouvait voir chaque muscle de son visage se tendre. Ses yeux devenaient aussi sombres qu'Apophis. Étant arrivée à cours de patience, elle décida de mettre un terme à la discussion. Elle s'approcha de son père si près qu'elle pouvait sentir son souffle irrégulier sur ses joues. Dans un ultime effort pour contenir sa rage, elle lui lança le plus calmement possible :
-Écoutez-moi bien, père. Jamais, je dis bien jamais, je ne me soumettrais. Je suis la déesse de l'Amour, je ne suis pas une chose que vous pouvez manipuler à votre guise ou quand le cœur vous en dit. Encore faudrait-il que vous en ayez un.
Sur ces mots, elle tourna les talons et fièrement, s'éloigna de son père.
Les adorateurs de Rê étaient toujours devant la porte lorsque la déesse sortit. Ils se précipitèrent tous dans l'espoir d'attirer ses faveurs. Encore sous le choc de la dispute, elle ignora tout ces visages souriant qui tentaient d'attirer son attention. Elle monta dans le char. Il s'envola de nouveau, sans qu'Hathor ai décidé où il devait se rendre. Pour le moment, la seule chose qu'elle désirait, c'était s'éloigner le plus possible de Rê et de son piège. Même si elle lui avait tenu tête, elle sentait qu'elle n'en sortirait que très difficilement. Il fallait qu'elle trouve un moyen d'échapper à ce mariage. Vite. Il y a sûrement un moyen, pensa-t-elle. Il fallait qu'elle le trouve rapidement. Il me faut un conseil avisé, pensa-t-elle. Mais où pourrais-je le trouver ? Involontairement, elle pencha la tête par-dessus le char au moment où elle survolait un couple d'ibis qui barbotaient sur une berge du Nil. Thot... Vite, elle reprit les rênes et s'envola vers son repère.
Le Dieu avait bâti un temple au sommet de la plus haute montagne de l'Egypte. Las de la vie parmi les mortels qui n'était que conflit et révolte, il avait choisi de s'installer là ou aucun mortel ne pouvait accéder. Rê lui avait également confié la mission d'éclairer la Terre lorsque lui-même partait éclairer le monde souterrain. Sa demeure se situait encore au-dessus des nuages, ce qui la rendait si particulière. Le char se posa près de la grande porte colorée de vert, où un immense croissant lunaire était gravé. Elle poussa la porte et entra.
La déesse se retrouva dans une immense pièce où les murs étaient tous gravés de hiéroglyphes dorés. Elle s'approcha de l'un d'eux et lut quelques lignes. Le dieu de la sagesse avait, dans cette pièce, retranscrit le récit de la création du monde que lui-même avait modelé. Étant petite, Hathor adorait lire cette histoire sur les murs. Elle passait des heures à parcourir les gravures, et quelques fois, Thot faisait apparaître des ombres. L'enfant s'asseyait là, sur le sol de granite, et pendant des heures, elle les laissaient lui conter l'histoire qu'elle connaissait par cœur. Elle pouvait même encore entendre leurs murmures :
" Au commencement, Thot, dieu de la Sagesse et de la Lune, trouva un œuf inconnu alors qu'il regardait son astre lunaire. Il le regarda, l'examina, sans jamais savoir à quoi il pouvait correspondre. Au bout du trentième jour, il le posa sur le Nil. Aidé de quatre dieux mâles aux têtes de grenouilles et de quatre dieux femelles aux têtes de serpents, Noun, Nounet, Heh, Hehet, Kekou, Keket, Amon et Amonet, l'oeuf fût couvé durant cinquante jours et cinquante nuits. À la fin de la cinquantième nuit, de l'oeuf naquit le soleil. Aussitôt, l'astre s'éleva vers les cieux pour éloigner le démon Apophis. Vaincu, le démon se retira pour laisser les dieux créer le monde tel que nous le connaissons aujourd'hui. Amon prit le soleil et s'en servit pour illuminer ce que les dieux appelaient jour. Thot choisit d'illuminer de son astre ce qu'ils appelaient nuit. Puis Noun et Nounet firent apparaître l'eau de la mer et l'eau des lacs, et donnèrent au fleuve qui traversait la terre qu'ils avaient choisi d'habiter, le nom de Nil. Heh et Hehet firent infini la vie de ce monde. Enfin, Kekou et Keket firent apparaître les ténèbres, qui devinrent ensuite le monde des morts. Désormais, le monde était créé. Alors les dieux créèrent les hommes pour peupler la terre, les adorer et les servir."
Un soupir la sortit de ses pensées. Hathor se retourna. Thot se tenait dans le pas d'une porte, et la contemplait.
-Tu es là depuis longtemps ? Lui demanda la déesse.
-Assez pour voir que tu peux être sensible à certaines choses de temps en temps.
-Ce n'est pas ce que tu crois, se justifia-t-elle, je lisais juste les hiéroglyphes. Rien d'autre.
-Tu sais que tu as le droit d'être vulnérable de temps à autre, lui dit le dieu en s'approchant d'elle, cela ne t'en rend que plus extraordinaire.
-Je suis déjà extraordinaire.
Face à face, il admirait chaque trait de son visage, comme s'il la découvrait encore. Il reprit :
-Je sais, mais tu l'es d'avantage à mes yeux.
-Thot, ne commence pas. Tu sais que je ne t'aime pas.
-Mais je ne t'aime pas Hathor, je t'adore. Il lui prit la main, et, comme quelques heures auparavant, il déposa un doux baiser au creux de sa pomme.
-Thot, j'ai besoin de ton aide.
-Je doute que tu ne t'es pas déplacée par courtoisie. En quoi puis-je t'aider ?
-Mon père veut me marier.
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Nymphangie
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Heavenom
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Alec Krynn
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J.Prouvée
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GaetanS
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Il y a 5 ans