Fyctia
Dimanche 02 janvier bis (2)
Tandis que les soubresauts de la rame me chahutent sans ménagement (il y a vraiment des choses qui ne changent pas !), je retrouve le journal gratuit que j’avais lu, pour confirmer la date du jour, la première fois que j’avais reçu un message du futur. Je retrouve assez vite l’article qui parle de mon entreprise. Il est toujours question de cet incident réseau qui a eu lieu hier soir vers dix-huit heures. L’article insiste, sensationnalisme oblige, sur la fureur des abonnés qui se sont envoyés des millions de messages de bonne année.
Ceci me fait penser que j’aurais peut-être dû, avant de partir du travail ce soir, aller voir les collègues de l’assistance technique à l’étage Mercure, pour me rendre compte par moi-même de la gestion d’urgence qui a dû être mise en place face à ce tsunami d’appels. J’aurais dû faire preuve de plus de réactivité, être plus dans « le moment présent », si je puis dire…
Mais en réfléchissant encore un peu, je me rends compte qu’on parle ici du bug initial ! C'est-à-dire celui qui a provoqué un crash des équipements et qui a eu lieu hier, le premier janvier. Ce soir, c’est donc le moment où les ingénieurs et les informaticiens ont déployé un programme correctif, visant à renvoyer tous les messages non délivrés aux abonnés. Ce ne serait donc pas le bug initial la cause de tous mes ennuis mais plutôt le correctif déployé par les pseudos-ingénieurs informaticiens, les grands maîtres des Systèmes d’Information, puisque mes ennuis démarrent en même temps que leur script. Bon. J’avais peur de me perdre un peu mais, en fait, je finis par surnager. Ce doit être l’expérience…
Je regarde les stations : encore quarante minutes d’attente, de secousses, de changements, de couloirs. Les stations défilent comme le temps qui passe. Je ferme les yeux et essaie de me concentrer quelques instants, malgré les avertisseurs sonores, les portes, les portables, les gens, leurs toux et leurs voix hachées. Je vais donc revivre les mêmes jours que la première fois ? Répondre aux mêmes appels insupportables ? Renseigner les mêmes clients ? Entendre les mêmes voix de tous ces abonnés, les mêmes phrases de mes collègues ? Les voir de nouveau me sourire ou souffler dans leur petit bureau carré, derrière la vitre insonorisée qui nous sépare les uns des autres ? Revoir et entendre de nouveau Mounir et sa voix de garde-chiourme pendant cinq jours d’affilée ? Y’a de quoi devenir dingue ! de quoi prendre un flacon de médocs !
Encore trente-cinq minutes. Ça ne passe pas vite. Et tout est si gris, si déprimant… J’aimerais tant prendre des bus ou des lignes aériennes, voir le monde d’en haut, plutôt que d’arpenter ces tunnels de fourmi ouvrière. Quelle idée de voyager comme ça, de se déplacer dans des tranchées couvertes, des galeries ténébreuses, des coursives mal éclairées. Il n’y a pas de soleil sous la terre, c’est bien connu mais, tout de même, cette drôle de croisière souterraine accentue mon impression que des puissances supérieures sont en train de me souhaiter la bienvenue en Enfer !
Pour passer le temps, pour chasser ces idées noires, j’essaie de réfléchir à autre chose. Qu’est-ce que je vais manger ce soir ? Je ne sais même plus ce qu’il me reste dans le frigo. Je sais ce qu’il me restait bien sûr avant que je ne fasse un bon dans le passé le vendredi sept janvier, mais je ne sais plus ce qu’il me restait plusieurs jours auparavant, le dimanche deux janvier. Déjà que c’est compliqué, si en plus je dois me rappeler du superflu ! On va dire que ce sera coca et pizza (j’en ai toujours une ou deux boîtes dans le congélateur) devant deux ou trois épisodes d’une série télé. Rien de tel pour me remettre de mes émotions.
Ah mais non ! J’ai déjà vu ces épisodes ! Mais alors… Vraiment aucune nouveauté de possible pour cette semaine ?
Un instant… Peut-être que je peux mettre à profit ce qui est en train de m’arriver ? Si je dois tout recommencer, cela veut dire que tout a été effacé… Donc, j’ai peut-être de nouveau toutes mes chances avec Blondine !
Ah !
Aujourd’hui est le jour où je l’ai croisée dans l’ascenseur. Il n’y a donc dans sa mémoire plus que ce moment particulier, presque bizarre, mais qui a néanmoins créé une sorte de lien entre nous. OK. On n’a pas encore eu ce moment où je me plante avec la série télé qu’elle aime bien, ni ce moment affreux où j’essaie de deviner son numéro de téléphone. Bon. Alors soyons, une fois de plus, pragmatique : ce soir, j’essaierai de télécharger un épisode de la série Urgences, comme ça je n’aurai pas l’air stupide lorsque j’évoquerai ce feuilleton télé avec elle. Je lui parlerai aussi de l’Italie, et de son dessert préféré ! Mais de manière subtile cette fois. Je vais y réfléchir calmement, ça va marcher, ça va marcher !
Ah, tout aurait pu s’arrêter mais cette boucle est une seconde chance finalement ! Et tant mieux car je commence à me rendre compte, au fond de moi, que cette femme, tellement si belle, me touche bien plus que je ne l’aurais cru. Oui, je dois bien me l’avouer à ce stade : je l’aime de plus en plus fort, elle, ses cheveux dorés qui m’éblouissent, son sourire de star de cinéma qui me fait fondre, sa voix caressante qui m’hypnotise, et surtout son regard qui me tue à petit feu, ses yeux de rêve, verts.
Ah, tout n’est donc pas fichu : il y a de la lumière au bout du tunnel !
Je vais aussi bien choisir mon planning cette fois et je vais même choper une prime au passage en répondant bien à la question de Mounir sur le nombre de vente ! Ah, ah !
Eh, mais alors… Je vais aussi gagner au loto cette fois !
10 commentaires
MONTENOT Florence
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Il y a un an
Frédérique FATIER
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Il y a un an
MARY POMME
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Chloézoccola
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chiara.frmt
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Laryna
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Il y a un an