Fyctia
Chapitre 7 🥼🕖 J-60
Je n'ai pas bien dormi cette nuit, stressée par mon arrivée pour le moins originale, par ma conversation houleuse avec Marion, par le matelas bien trop dur de la chambre d'amis, et par les aboiements d'un chien au loin. Chaque silence, chaque grincement, chaque ombre projetée sur les murs, m'ont tenue éveillée, tout comme ce foutu réveil dont les heures et les minutes défilaient à reculons.
Je me suis donc levée aux aurores, en prenant toutes les précautions possibles pour ne pas réveiller la maisonnée – satané escalier ! – jeter un coup d'œil aux alentours et découvrir mon futur cabinet en plein jour. Car oui, j'ai finalement décidé d'honorer mes engagements. Notre dispute d'hier soir a été l'élément déclencheur. Savoir qu'on n'est pas une personne sur laquelle on peut compter est une chose, mais se l'entendre dire de vive voix par une de ses meilleures amies en est une autre. Dix fois plus violent. Je refuse que Marion reste sur cette opinion de moi, cette mauvaise opinion. J'ai l'impression de passer pour une égoïste. Je ne le suis pas, loin de là. J'ai réalisé que parfois, il faut faire des sacrifices et donner de sa personne.
La plaque de médecin en laiton m'indique que je suis à la bonne adresse.
Docteur Xavier Lemaire
Médecine générale
Tel : 03 21 40 40 40
Emmitouflée dans un sweat à capuche bien épais que j'ai piqué à Marion avec legging et baskets – car je n'ai toujours pas récupéré mes affaires – ma chevelure flamboyante et ondulée contenue tant bien que mal sous la capuche, la tête penchée sur le côté, je contemple, l'air blasé, mon nouveau lieu de travail. Cette longère blanche aux volets bleus est située sur la place du village, à deux pas – littéralement – de la maison de Marion. Au moins un avantage… Finis les embouteillages ! Seulement deux minutes de marche séparent les deux portes d'entrée.
D'ici, on possède une vue directe sur une église datant du XVIIe siècle classée monument historique et son monument aux morts, une imposante stèle de pierre surplombée d'une croix. De l'autre côté de la rue, la boulangerie jouxtant le bar-brasserie, qui fait, en plus, office de poste et de relais colis, est le seul commerce ouvert à cette heure très matinale. Il ne pleut plus pour le moment mais le ciel reste cependant bien couvert. La grisaille n'embellit vraiment pas cet endroit plutôt mort de prime abord. Je suis assommée par le silence de plomb qui règne, trop habituée aux klaxons des voitures de la ville de Lille.
Je saisis mon téléphone et par chance, deux barres de réseau s'affichent. Je compose le numéro de ma chère maman, qui, tout comme Marion, ne semble pas connaître le coin aussi bien qu'elle le croit. Je sais pertinemment qu'elle décrochera. Souffrant d'insomnie et ne dormant que quelques heures par nuit, elle en profite pour lire un peu, faire du ménage ou encore préparer le petit-déjeuner.
— Allô ma chérie ? Tu vas bien ? Tu es tombée de ton lit ? Tu m'appelles rarement à cette heure !
— Maman… il est où le château ?
— Mais de quoi tu parles ?
— Le château que tu as visité avec papa, m'exaspéré-je… je crois bien que tu l'as rêvé ! Il n'y en a pas ici à Châtelet-plage ! On est bien loin de la zone huppée dont tu m'as parlé l'autre fois !
— Châtelet-plage, c'est pas la plage de Neufchâtel ?
— Neufchâtel-Hardelot ? Oh punaise… On ne s'est pas du tout comprises en fait ! C'est pas le même coin maman ! Je suis à soixante bornes du Touquet et à plus de quarante d'Hardelot !
Silence au téléphone.
— Mon Dieu mais c'est une blague… rajouté-je. Écoute maman, je te laisse, on se rappelle.
— Ça va aller ma chérie ? Tu es sûre ? Franchement, je…
— Ça va, t'inquiète pas, la coupé-je. On se rappelle. Bisous.
Puis je raccroche assez brutalement, désabusée. Les regrets commencent à pointer le bout de leur nez. Mais qu'est-ce que je suis venue faire dans ce trou paumé ? Il est encore temps de rebrousser chemin, non ? Reprendre ma routine de chirurgienne fière de son parcours ! J'aime mon métier, j'aime assister aux premiers moments de complicité entre une mère et son enfant. Tout tenter pour que ces petits bouts, parfois prématurés sortent de l'hôpital en bonne santé. Les accouchements difficiles sont mon quotidien. Je me sens utile et indispensable. Comment pourrais-je me sentir à ma place ici ? J'ai sûrement fait une belle connerie. J'aurais dû rester au CHU. Surtout sachant que Louis m'a tout l'air d'être devenu bien plus docile et raisonnable au vu de notre dernière conversation. Et puis, même si je suis censée ne rester que pour les deux prochains mois, mes cours de danse vont atrocement me manquer. Je vais louper les derniers apprentissages et prendre un retard considérable par rapport aux autres. De plus, réviser les chorégraphies seule, devant YouTube, est très compliqué pour ne pas dire quasiment impossible. Et pour finir, c'est l'ambiance conviviale entre adhérents qui laissera un manque.
Allez, relativisons !
Jour 1 : Encore 60 jours à tenir ! Ça va être long…
45 commentaires
Jill Cara
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Il y a 2 ans
Maddy Son
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Valentine M
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Maddy Son
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Julia&Mira
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Maddy Son
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