Fyctia
A suivre...
Rouge de confusion, le Ménestrel allait corriger sa phrase, lorsqu’il se rendit compte que Diane rougissait un peu elle aussi. Il bégaya :
— Ah, non… Je… Je ne voulais pas dire...
La cloche sonna son premier coup.
Comme si elle venait subitement de prendre son courage à deux mains, Diane lui lança du ton le plus détaché qu’elle put trouver, tout en essayant de mettre un peu d’ironie dans sa phrase :
— Tu ne voulais pas dire que j’étais jolie c’est ça ?
— Ah pas du tout ! s’écria le Ménestrel malgré lui, au comble de la confusion et ne sachant plus quoi dire du tout.
Réalisant alors qu’avec cette réplique il s’enfonçait encore plus, le musicien se mura dans un silence bouillonnant. Mais Diane vint tout de même à son secours, tandis que deux élèves se tenaient déjà à la porte pour la verrouiller.
— J’ai compris… lança-t-elle à mi-voix. Ne t’inquiète pas, je… te faisais marcher.
Bien que la demoiselle commençât à se diriger vers son dortoir, signifiant que la discussion était close, le Ménestrel crut tout de même bon de préciser ce qui l’avait amené à se rectifier malgré lui. Voyant cependant que tout le monde commençait à se taire, il se releva rapidement et, s’approchant d’elle, lui chuchota :
— Oui, non, je veux dire… Je sais pour toi et Zingoll, je ne voulais pas te manquer de respect.
— Ah… fit-elle après un court silence. Moi et Zingoll…
Da lo kamu do la nito te lo teneb dol cando
— Oui… reprit-il après un nouveau silence gênant.
— Si tu crois que ça m’enchante… murmura-t-elle.
La cloche sonna alors son second coup et tout le monde se tut. Diane se détourna et s’esquiva sans bruit. Pétrin posa sa main sur la porte pour éprouver, par son Toucher, si les sorts avaient bien produit leur effet. Les rares qui restaient encore debout s’évanouirent ensuite comme des spectres sans produire le moindre son, et le Ménestrel se coucha dans un silence étourdissant.
Qu’avait-elle voulu dire par « si tu crois que cela m’enchante » ? Ne désirait-elle pas cette union ? Et si elle y avait été contrainte, d’une manière ou d’une autre ? Mais que pourrait-il y faire, lui ? La suite de ses pensées lui fit rapidement comprendre que si jamais il devait mener une quelconque action, cette dernière devrait être dirigée contre l’instigateur de cette union non voulue. Contre Zingoll donc. Mais que pouvait-il espérer contre ce Maître ? D’ailleurs, pouvait-il faire quoi que ce soit contre quiconque, avec son faible niveau d’instruction et ses pouvoirs balbutiants ?
S’il avait, à un moment de la journée, souhaité poursuivre sa conversation de l’autre nuit avec sa sœur, il oublia bien vite ce sujet, s’endormant dans un tourbillon de plus en plus confus de pensées mêlées de rêves où il se voyait affronter Zingoll dans un amphithéâtre désert et sombre. Il s’imaginait débout, sa lyre en main, manteau rejeté en arrière, cheveux au vent et inébranlable alors que le sol tremblait sous les assauts acoustiques d’une puissante formule magique résonnant en échos dévastateurs. Il voyait alors le Sindar devant lui, terrifié, plié en deux par une douleur inhabituelle chez lui, se bouchant les oreilles dans un réflexe de survie et le suppliant d’arrêter, lui promettant qu’il libèrerait Diane de sa promesse.
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Le mot de la fin :
Voilà… Ce chapitre – raccourci pour me permettre de glisser ce petit mot – conclut la petite semaine passée avec le Ménestrel (eh oui, une trentaine de chapitres pour seulement 7 jours de diégèse).
J’ai pris beaucoup de plaisir à fonctionner un peu autrement pour ce concours, à rédiger l’histoire au fur et à mesure, guidé par un plan, des idées bien précises mais systématiquement mises à mal par les personnages qui semblaient vouloir vivre leur propre vie et écrivaient parfois leurs dialogues tout seul. Cette autonomie qu’ils ont conquise a ainsi amené l’intrigue vers des triangles amoureux qui n’étaient pas tous prévus au départ : celui de Pétrin, Timide et Samia devait faire écho à celui formé par le Ménestrel, Diane et Zingol mais l’histoire en a décidé autrement et Praline est arrivée. Ce qui devait être un choix simple au départ : partir ou rester, s’est également complexifié avec la présence de Praline mais aussi avec celle de cette sœur dont l’âme erre quelque part et qui nous prévient d’un Archimage qui entrera en scène plus tard lui aussi. Et puis… il y a aussi un personnage qui devait passer sous le radar depuis le début mais qui a réussi, tout seul là encore, à imposer sa présence… un personnage qui a le don de détecter les inclinations des gens mais dont personne ne détecte les siennes. Quoiqu’il en soit, notre musicien va bientôt se retrouver à devoir faire des choix cornéliens.
Bref… C’est un grand « à suivre » qui s’annonce !
Merci à tous pour votre soutien, et au plaisir de vous retrouver sur de nouveaux concours !
2 commentaires
Marie Colençon
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Il y a 4 mois
Leo Degal
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Il y a 5 mois