Seb Verdier (Hooper) L’initiation du Ménestrel Toc toc…

Toc toc…

Da lo kamu do la nito te lo teneb dol cando.


Au premier son de la cloche, le dortoir s’organisa comme la veille, chacun se dépêchant de se mettre au lit. Le Ménestrel y était déjà, à moitié hébété par les efforts et les aventures de la journée. Billy délaçait sa deuxième chaussure dans le lit à côté. Puis, tandis que la prière en Tolgar était scandée par les plus pieux, Pétrin ferma la porte de la chambrée et désigna Timide et Danseur pour se tenir devant. Comme il ne comprenait pas ce qu’ils faisaient, n’ayant pas noté cette cérémonie la veille, le Ménestrel s’en enquit auprès de Billy.


— Ils prononcent les incantations de fermeture, lui répondit le jeune homme qui avait l’air tout aussi épuisé que lui. On fait ça tous les soirs…


Effectivement, Danseur et Timide récitaient des formules inaudibles devant la porte, la tête basse, les mains jointes l’un à l’autre, leurs lèvres psalmodiant des murmures. De ce qu’il en saisit, le Ménestrel comprit que ce devait être du Tolgar. Il essaya de percer le sens de ces mots qu’il avait l’impression de ne pas entendre pour la première fois. Cela lui rappelait quelque chose, une vieille chanson… Une sorte de comptine que quelqu’un lui murmurait le soir… Juste avant de s’endormir. Il y a longtemps. Quand il faisait moins froid.


Comme il voyait que son ami s’intéressait à ce rituel, Billy précisa :


— Ils s’emploient à ce que l’accès au dortoir soit solidement verrouillé pour la nuit et que nul ne puisse entrer sans le mot de passe. Bien sûr, un Mage pourrait briser le sort s’il le souhaitait, mais ça n’est jamais arrivé…



Pétrin reproduisit ensuite son manège de la première nuit, invitant silencieusement les retardataires à accélérer et les autres à commencer à se taire le plus vite possible. Enfin, au second coup de cloche, tout le monde était dans son lit et le chef de chambrée souffla la bougie.



Le silence qui tomba ensuite et la quiétude glacée qui l’accompagna furent si apaisants pour le Ménestrel, qu’il s’endormit immédiatement, épuisé par sa journée si riche en apprentissages de toutes sortes.



Dans la nuit, toutefois, son sommeil fut troublé par des rêves entêtants. Il se revoyait poussant un chariot, le souffle rauque, peinant misérablement. Il avait besoin de Ventôse. Et puis une main, froide et douce, l’attrapait par la manche, le tirait en arrière, lui demandant de s’arrêter, de se retourner, mais il continuait, continuait… Il devait trouver la Ventôse. Il devait la trouver… Mais la main le tirait toujours, scandant son nom. Alors, pour se débarrasser de cette personne qu’il ne voyait pas mais qui l’implorait sans cesse, il cria : « Chut ! »


Le Ménestrel se réveilla aussitôt. Avait-il parlé tout haut ?


Il sentit, plus qu’il ne vit, quelques camarades se redresser à moitié dans leur lit. Un silence de plomb encore plus lourd s’installa progressivement sur la chambrée. Une absence totale de sons. Même les respirations de ses compagnons, endormis ou éveillés, semblaient s’être arrêtées. Même son cœur semblait avoir cessé de battre, pris dans le gel de la nuit. Même ses oreilles ne percevaient plus aucun bourdonnement.


Pétrin fut parmi les premiers réveillés. Aussitôt, il s’empara de son Ankalandë, une pierre qu’il gardait toujours à la tête de son lit, et qui, dès qu’il la frotta vigoureusement, émit une lueur rougeâtre. Il éclaira alors son large visage et, se tournant vers le reste de la chambrée dans laquelle d’autres s’éveillaient à leur tour, le sommeil dérangé par ce silence impossible, il plaça un doigt sur sa bouche de manière insistante, pour que personne ne réagisse ni ne parle.


Prudemment, il orienta ensuite la lueur de la pierre sur la poignée de la porte. Horreur ! Cette dernière se mit à osciller doucement de haut en bas, comme si quelqu’un voulait entrer furtivement.


Pétrin se retourna vers ses camarades, toujours un doigt sur la bouche, son visage luisant d’une lumière rougeâtre peu rassurante elle non plus. Il fixa alors Danseur – qui s’était lui aussi réveillé parmi les premiers – d’un regard éloquent. Il n’y avait pas besoin de paroles pour comprendre que Pétrin lui demandait, avec ses gros yeux inquiets, s’il avait bien prononcé les formules de verrouillage. Danseur saisit immédiatement ce qui tourmentait Pétrin et il hocha doucement la tête de haut en bas lui aussi.


Le Ménestrel était si stupéfait et si terrorisé qu’il n’osait avaler sa salive, de crainte que même ce son n’aggrave les choses. Aucune lumière ni aucun son ne filtraient du dortoir des filles, plus éloigné de la porte. Le silence régnait en maître et, les couvertures rabaissées, chacun sentait que le froid se faisait de plus en plus mordant.


La poignée s’abaissa encore une fois, mais la porte ne s’ouvrit pas. Elle était solidement verrouillée. Pétrin lança un regard reconnaissant au Danseur.


Une lourde seconde passa. Puis un violent coup fut frappé sur le panneau de bois qui en trembla comme s’il allait exploser. Certains garçons serrèrent leurs poings tandis que d’autres se jetèrent sous leurs couvertures. Des cris étranglés furent également perceptibles derrière le paravent. Le Ménestrel fut tétanisé.


Puis il n’y eut plus rien, comme si les choses qui avaient souhaité entrer dans la chambrée se fussent subitement énervées et eussent ensuite manifesté leur colère par ce coup de boutoir final.








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14 commentaires

M.B.Auzil

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Il y a 5 mois

Excellent ! J'en frissonne de terreur 😊 Le concours se terminant bientôt, j'en profite pour te décerner mon coup de pouce perso ! 💖👍 Cela ne t'avancera à rien dans ce concours, mais je tiens à te dire que ton histoire est la seule que j'ai vraiment appréciée et que je vais continuer à lire. Bravo pour tes personnages, ton imaginaire fertile si intriguant. Tu mérites vraiment d'être dans les meilleurs du classement !

Seb Verdier (Hooper)

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Il y a 5 mois

Oh merci, pour ce si gentil commentaire qui me va droit au coeur ;)

Janikest

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Il y a 6 mois

Je repasserais te lire dans le week-end. À bientôt

Janikest

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Il y a 6 mois

C’est bien écrit

Seb Verdier (Hooper)

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Il y a 6 mois

Merci ;)

Amphitrite

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Il y a 6 mois

Quel stress!

Seb Verdier (Hooper)

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Il y a 6 mois

Ouais, c'est le genre de cauchemar dans lequel tu n'arrives pas à bouger ni à crier (d'autant que c'est interdit lol) ;)

Amphitrite

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Il y a 6 mois

Je vois très bien! C'est glaçant.

Origami

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Il y a 6 mois

Et si a première vue, avec le titre je me suis bien dit qu'il y avait un visiteur surprise ou indésirable peut-être 😅

Origami

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Il y a 6 mois

Bon... c'est un extrait d'un thriller ce chapitre brrr c'est glaçant 😱
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