Fyctia
1.1
Quelques mois plus tard.
Mon réveil qui hurle me fait sursauter.
Non.
C'est l'heure d'aller travailler. Mon envie est au plus bas. Quelque chose cloche. Mais je ne sais pas encore quoi. Ou peut-être que je ne veux juste pas me l'avouer.
Moi qui m'épanouissais dans mon travail, maintenant, j'en ai peur. Dès que mon talkie fait du bruit, je sursaute. Dès que je suis appelé sur une mission, mon cœur s'emballe. Autrefois, il s'emballait d'adrénaline. Aujourd'hui, il s'emballe de peur, et mon corps se recouvre même parfois de frisson désagréable. Mes collègues l'ont vu. Alors, maintenant, ils m'appellent de moins en moins sur des cas comme celui que j'ai eu il y a quelques mois de ça maintenant. Il y en a même certains qui ont commencé à me harceler, je n’y prête pas attention pour l'instant.
Les pompiers sont vite arrivés, mais j'ai survécu de peu. La balle s'était logée à quelques centimètres de mon cœur. J'ai eu si peur de mourir. Comment j'ai pu ne pas me rendre compte que le type cagoulé en face de moi était un réel psychopathe ? Comment j'ai pu faire une erreur de jugement aussi bête ? Ces questions tournent en boucle dans ma tête, depuis ce jour. Moi qui étais la femme flic la plus réputé de la ville, je suis aujourd'hui la petite maligne qui pète plus haut que son cul, qui est nulle, - pour une femme -. Je faisais la une des journaux, celle qui résout les enquêtes les plus difficiles, celle qui défend les droits des femmes. Maintenant, je suis juste... je ne sais même plus. Je ne me reconnais plus. Quand j'ouvre ces satanés réseaux sociaux, mon monde s'écroule. J'en pleurais même, au début. Des remarque plus que misogynes, des haters qui se dise avoir raison que ce n'est pas ça le boulot d'une femme. Mais depuis quand, un métier a un sexe ?
Finalement, le type cagoulé était un tueur en série recherché par une autre équipe qui était sur le coup depuis trois mois. Il n’a toujours pas été retrouvé. Si j'avais su... je n'aurais pas joué à la plus maligne, je lui aurais directement mis une balle dans la tête. Entre les deux yeux. J'aurais fait la une des journaux à nouveau... Malheureusement, mon erreur de jugement m'a ruinée. Je suis brisée depuis ce jour. Ce que je ressens m'étouffe. J'ai l'impression qu'il avait raison, que tout le monde a raison. Peut-être qu'une femme n'est pas faite pour ce genre de travail...
Non, mais qu'est-ce que je raconte ?
Me voilà aujourd'hui à douter de moi et de toutes les femmes, à cause de ses réseaux à la con. Je ne suis qu'une idiote. Je sais que je ne devrais pas mettre mon nez dedans, mais c'est plus fort que moi... On dirait une gamine de 15 ans... Je suis rétablie depuis deux mois. Et c'est deux mois d'enfer. J'arrive en retard presque tous les matins avec des pieds de plomb. Mes quelques collègues essaient de me rassurer, de m'encourager, mais c'est peine perdue. Je n'arrive plus à rien. Cette peur qui m'envahit me rend malade. On m'a conseillé d'aller voir un psy, chose que j'ai refusée, sur laquelle je doute, maintenant. Peut-être que ce sera la solution finalement.
Je n'en peux plus des vols à main armée, des courses poursuites, des braquages, des bagarres. Je veux vibrer à nouveau. Je veux résoudre des meurtres, je veux capturer des tueurs en série. Je veux retrouver cette adrénaline qui parcourait mes veines. Mais pour l'instant, mon chef ne me fait pas confiance. Ce que je peux comprendre. Il veut que je surmonte ma peur avec des cas similaires au mien, avant de remonter complètement en selle. Je sais qu'au fond, il a raison. Le temps que je n'aurais pas fait le deuil de cette histoire et que la peur est toujours là, je n'y arriverais pas. Et pour vaincre sa peur, il faut y faire face.
J'aime mon travail. Je le sais. Il me faut peut-être juste du temps...
— Chérie ? m'appelle Jim, du bas des escaliers. Tu vas encore être en retard !
Jim... mon époux depuis maintenant bientôt un an. Je sais qu'il a eu la peur de sa vie, lui aussi, de me perdre ce jour-là. Depuis, il est plus que protecteur avec moi. Il me prépare le petit-déjeuner le matin, il m'accompagne quelques fois au boulot. Il me tire sans cesse vers le haut. C'est bien pour ça que je l'ai épousé. C'est un homme respectueux envers les femmes. Il ne nous compare jamais sur rien. On est égaux, point final. Il fait autant l'aspirateur ou la cuisine que moi... Il est aimant, attentionné, protecteur, un peu jaloux... On s'aime et on ne se le cache pas.
Je grogne et enfonce ma tête dans un coussin. Ce qui me bloque aussi, c'est que ce tueur n'a pas été retrouvé. Ils ont su que c'était lui, je ne sais comment, mais ils courent toujours après. Apparemment, il ne tue et ne blesse que des femmes. Je me rappelle bien ses remarques misogynes à mon égard le jour où il m'a tiré une balle dans la poitrine. Il m'a même craché dessus...
— Chérie ! me rappelle encore une fois mon époux.
— Oui, oui, je me lève.
Je jette un œil à mon réveil. 7h42. Fais chier, je vais encore être en retard. Le commissariat à beau être à dix minutes de chez moi - à pied - je trouve quand même le moyen d'arriver en retard. Je me lève de mon lit et me dirige tout de suite vers la salle de bain. Le reflet de moi-même dans le miroir me fait peur. Les cheveux en pagaille, des cernes violacés sous mes yeux, les joues encore rougies par le sommeil. Et mon pyjama Hello Kitty.
Je me passe de l'eau sur le visage, mets de la crème hydratante et me maquille très légèrement, juste pour me donner une bonne mine. Quand j'enlève mon pyjama, ce que je vois me donne, comme d'habitude, des frissons dans tout le corps. Je passe mes doigts lentement sur ma cicatrice, encore bossu. Elle n'est pas très belle. C'est une forme ronde, encore très rouge. Les médecins m'ont dit qu'avec le temps, elle partirait. J'espère, car ça fait déjà quelques mois et elle est toujours aussi visible. Je veux qu'elle s'en aille. Je ne veux plus la voir. Jim l'aide bien, lui. À chaque fois qu'on fait l'amour, il l'embrasse toujours très délicatement et avec amour. Ça ne le dégoûte pas du tout, au contraire, il dit que ça me rend sexy... Moi, je ne trouve pas du tout, mais si ça plaît à mon mari, c’est déjà ça.
J’enfile mon uniforme qui est devenu un peu trop grand pour moi, au vu des kilos que j’ai perdu ces derniers mois. Je suis peut-être vraiment tombé en dépression, mais il faut vite que je m’en sorte si je veux retrouver l’adrénaline que je veux. Je sais qu’il n’y aura que ça qui marchera contre ma méchante dépression. Je ne suis même pas sûr de m’être, puisque je ne veux pas aller consulter. J’irais dans les prochaines semaines, si ça ne va pas mieux.
Je descends les marches en direction de la cuisine. Je cherche l'horloge du regard, sachant pertinemment que je suis en retard…
7h20.
— C’est quoi ce bordel ?
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