Fyctia
Chapitre 13
Julius avançait dans la pièce de réception tout en reniflant avec condescendance. Comment Will pouvait-il détenir si peu de goûts ? Ici, n’apparaissait qu’une pièce insipide, manquant cruellement de fantaisie. À son grand désarroi, le Roi estimait que la sobriété demeurait la meilleure décoration.
Une table en bois, quelques chaises devant la cheminée éteinte, des tentures datant du précédent règne… Julius soupira. Ce n’est pas avec ça que Lody parviendrait à impressionner les autres régents.
À son tour, Will pénétra dans la pièce. Concentré sur ses copies, il fut étonné de le trouver en relevant la tête.
— Depuis quand tu réclames une audience pour me voir ? fit le Roi en le saluant chaleureusement.
Julius lui renvoya son accolade.
— Contrairement à toi, je trouve important de formaliser certaines demandes.
Will parut étonné et l’invita à s’asseoir. Julius ne put s’empêcher de lui faire remarquer.
— Tu devrais sérieusement penser à revoir cette pièce. Récemment, je suis allé à Kaliddiccia et, là-bas…
— Je t’avoue que je suis sincèrement soulagé que tu m’aies donné un alibi pour éviter une nouvelle réunion ennuyeuse sur les festivités, à laquelle je n’ai pas réussi à me soustraire, mais tu souhaites vraiment que nous parlions décoration ?
L’étincelle malicieuse dans le regard de son ami le rassura. Will semblait plus apaisé en ce moment. Paraissant enfin serein dans son rôle de souverain, et bien que lointain, il ne s’était jamais autant impliqué et préoccupé du royaume. Le soir, tard, ils leur arrivaient souvent de discuter des projets pour Lody. Ce qui n’était plus arrivé depuis bien longtemps. Ce n’est pas parce que Will l’évitait que Julius ne savait pas ce qui se passait. Son ami, et Roi, se rapprochait des Faucons. Cela le rassurait. Devant lui se tenait l’homme rencontré lors de la guerre ; lorsque tout deux partageaient des rêves de grandeur pour Lody. Ce moment où l’armée avait été réagencée sous l’impulsion de Will de manière éclairée. Avant que Méloé n’apparaisse et engourdisse son esprit. Mais, en cela, à croire que Julius ne connaissait rien à l’amour.
Le conseiller déglutit, renâclant à assombrir cette journée. La bouche sèche, ce qui ne lui ressemblait pas, il ne cessait de se demander si Will accéderait à sa requête. Les festivités pour les dix ans de son règne s’annonçaient. Le pays entier s’avérait en liesse. La capitale bourdonnait, les ministres flagornaient et la Soutyn s’engorgeait. Voilà de nombreux jours que Julius ressassait les diverses possibilités, recherchant la moindre alternative pour contourner le problème. Et si les festivités du règne de Will s’annonçaient sans égale et influentes, grâce à lui, Julius devait se résoudre à l’impensable.
— C’est justement de ça que je voulais te parler.
— Je t’écoute, dit-il de loin, toujours concentré sur sa lecture.
— Je ne pense pas que ma demande te plaira, précisa le diplomate en tentant de préparer le terrain. Ni à Méloé, mais ça on est habitué, fit-il avant de se reprendre. Sache que, je fais cela, uniquement dans…
— Depuis quand tournes-tu ainsi autour du pot ?
— Tu sais combien je respecte le Roi que tu es. Mon respect est…
Will soupira, levant les yeux au ciel et fit mine de se lever.
— Très bien, dis Julius en le retenant. Il est temps d’annuler les commémorations.
Will l’observa, le visage impassible, prenant le temps de poser les documents qu’il lisait.
— Je reconnais que ta demande me surprend, fit Will en fronçant les sourcils. Toi, qui ne peux vivre une journée sans étaler le luxe que tu possèdes.
Aucun jugement dans ces paroles, une simple constatation que Julius ne niait aucunement.
— Je suis bien d’accord avec toi. Mais, lorsqu’il s’agit de ta vie…
Voyant que son ami s’apprêtait à reprendre la parole, Julius enchaîna :
— J’ai appris récemment, par des contacts, que des troupes à l’Est commencent à se rassembler.
— À l’Est ? s’inquiéta Will.
Julius acquiesça gravement. Toute légèreté venait soudainement de s’envoler.
— Ne t’avais-je pas dit de t’emparer de la Kamastos à la fin de la guerre ? ne put-il s’empêcher de reprocher. En laissant ce territoire libre, tu as laissé la possibilité à un de tes ennemis de s’en emparer.
— Sais-tu qui c’est ? interrogea Will ignorant sa leçon de morale.
— Malheureusement non. Je ne suis pas parvenu à trouver l’information.
Will se leva et commença à déambuler dans la pièce. Le regard rivé au sol, les sourcils froncés, il cherchait la façon de connaître son ennemi. L’angoisse qui lui vrillait les viscères l’obligea à demander :
— Malt ?
Julius fit signe que non.
— Comment peux-tu en être certain ?
— Parce que tu l’as tué voilà pratiquement dix ans.
— Je ne l’ai pas tué, le rabroua-t-il las qu’on ne cesse de lui dire cela. Je suis juste parvenu à l’écorcher.
— Will, tu lui as tranché la main. Là où résidait son pouvoir.
— On n’a jamais retrouvé son corps.
— Ni trace de lui. Will, je t’assure que ce ne peut être Malt. Ses troupes ne passeraient pas inaperçues. Pour ma part, je penche plutôt vers la Reine d’Armédia ou ce félon de Dalissan.
Will y réfléchit un instant. Cela s’avérait plausible. Les pourparlers pour partager le territoire de la Kamastos s’enlisaient depuis dix ans dans des discussions stériles. Jeune Roi à l’époque de sa victoire, il n’était parvenu à s’imposer. Si les autres royaumes n’avaient daigné lui apporter leur soutien, ils estimaient néanmoins évident de se répartir l’ancien territoire de Malt. Comme toujours, les vautours planaient autour des carcasses. Personne ne parvenait à se mettre d’accord et le pacte des sources avait été arraché de force. L’un de ses soi-disant alliés se réveillait-il ?
— Les remparts tiendront-ils ? questionna Will.
— Je voulais m’y rendre, justement, avec ton accord.
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19 commentaires
Mélanie Nadivanowar
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Lu La Morinie
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Adele Maine
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Claire Berthomy
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