Fyctia
1.
Aujourd’hui j’ai voulu écrire et puis rien…. J’ai vraiment essayé, mais plus rien n’accepte de sortir de mon imagination. Je me sens bloqué avec moi-même. T’est-il déjà arrivé de vouloir sortir de toi juste quelques secondes ? De vouloir arrêter de penser juste quelques instants ? Ben moi ça m’arrive à peu près tous les jours… Maman m’a dit de raconter mon histoire. Elle m’a dit de me livrer, d’arrêter d’inventer et de seulement raconter. Maman pense que j’ai du potentiel, mais moi je n’en suis pas convaincu. Maman m’aime, mais moi je ne m’aime pas beaucoup. J’ai l’impression d’avoir constamment vécu comme prisonnier de mes pensées, de mes gestes, de mon corps. Comme un inconscient qui a trop appris à se taire. J’ai arrêté de pleurer le jour où je suis sorti de l’orphelinat et où j’ai rencontré maman. J’ai arrêté de me lamenter, j’ai arrêté de parler aussi. Je ne sais pas pourquoi sortir de cet endroit gris, froid, triste m’a rendu absent de moi-même. C’est comme si le lieu m’avait possédé. Là-bas je n’ai pas appris à me taire, là-bas, j’ai appris à rêver et à m’évader, j’ai appris à être orgueilleux, à crier plus fort que les autres. Quand je suis sorti je me suis rendu compte que moi je partais, mais que les autres devaient rester alors peut-être que pour ne pas les oublier et pour ne pas oublier qu’eux sont toujours là-bas, j’ai accepté de devenir le lieu qui nous tenait prisonniers : froid, gris et triste. Je souris beaucoup, parce que je n’oublis pas que j’ai la chance de devoir être heureux. J’ai la chance de me dire aujourd’hui je dois rire parce que beaucoup ne le peuvent pas. Je m’ennuie de ne plus crier sur les personnes plus grandes que moi qui embêtaient les plus petits que moi. Je m’ennuie de ne plus avoir à prêter ma couverture noire avec des renards dessus à la jolie Angelina pour qu’elle n’attrape pas froid. Je m’ennuie des lattes du sommier qui me lacéraient le dos toutes les nuits, du vieux plancher qui craquaient quand les sœurs vérifiaient qu’on dormait bien. Je m’ennuie de toutes ses choses qui me faisaient pleurer tous les soirs quand j’avais froid.
Aujourd’hui j’ai fermé les yeux pour me rappeler toutes les étapes qui m’avaient tiré de ce lieu maudit dont je m’ennuie tant maintenant. Alors, je me suis allongé et je me suis souvenu de la voiture rouge de maman, de ma petite valise qui était à peine rentrée dans le coffre encore plus petit. Je me suis rappelé de son grand sourire et des larmes des sœurs qui me disaient adieu de la main. Je me souviens ne pas avoir compris ce jour-là pourquoi Angelina pleurait. Maintenant j’ai compris pourquoi. J’ai compris qu’elle pleurait parce que j’avais emporté avec moi la couverture noire avec les renards dessus qui lui tenait chaud la nuit. J’ai compris aussi pourquoi les plus petits que moi n’étaient pas là. Il devait être enfermés dans l’armoire embêtés par les plus grands que moi parce que les sœurs avaient le dos tourné. Tout ça n’était pas logique, je pensais revenir. Je ne pensais pas partir pour toujours, je ne pensais pas laisser la belle Angelina et les plus petits que moi dans le gris et la tristesse. Ce jour-là les sœurs m’ont serré contre leur cœur en me disant que maintenant je serai heureux, que j’avais trouvé une maman qui allait m’aimer, que maintenant tout irait bien pour moi. Maintenant tout ce que je sais, c’est que je regrette de ne pas m'être retourné ce jour-là juste pour revoir une dernière fois Angelina et les sœurs qui m’ont tant aimé.
Je me suis souvenu avoir pleuré sur l’autoroute, avoir rigolé à la sortie quand maman me disait de regarder les nuages qui formaient des lapins dans le ciel alors que c’était totalement faux. Je me suis rappelé avoir regardé longuement les chiffres impairs sur les petits panneaux des maisons très grandes. Je m’étais mis à rêver pensant être millionnaire et pouvoir acheter plein de couvertures noires avec des renards dessus à Angelina et pouvoir repeindre tout l’orphelinat en jaune et en rouge pour faire oublier le gris à tout le monde.
Seulement quand la petite voiture rouge s’est arrêtée j’ai ouvert les yeux et j’ai vu une maison aussi petite qu’une hutte perdue dans la campagne. A ce moment, j’ai été furieux et je me suis remis à pleurer. Maman a couru vers moi tout de suite, elle a voulu me prendre dans ses bras et je l’ai repoussé. Je lui ai crié de toutes mes forces que je ne voulais pas d’elle. Je me suis mis à crier plus fort que les autres. J’avais retrouvé ma voix, j’avais retrouvé mes larmes, seulement parce que je mettais enfin rendu compte que je ne reverrai plus la belle Angelina, les sœurs et les plus petits que moi et que surement jamais je ne pourrai les aider et rendre l’orphelinat jaune, chaud et joyeux. Je m'étais rendu compte à cet instant que jamais plus je ne serai réellement heureux et que maintenant je me devais de faire semblant de l’être parce qu’Angelina, elle, ne le pouvait pas. Je me souviens m’être assis par terre avoir regardé la petite maison devant moi et m’être dit, “ ce sera mon manoir maintenant ”. J’avais décidé à cet instant que je serai millionnaire peu importe ce que la vie m’avait donné. Quand j’ai arrêté de pleurer maman m’a pris dans ses bras et petit à petit les battements du cœur des sœurs ont été remplacés par celui de maman. Elle avait attrapé ma valise dans le petit coffre et m’avait promis une glace et des gaufres remplies de sucre une fois qu’on serait rentrés. Je me souviens que c’est à ce moment-là que je me suis mis à détester la glace et les gaufres parce qu’elles m’avaient rendu heureux à l’instant où je ne voulais pas me l’autoriser. Maman m’avait dit de ne pas trop en manger parce que je devais aller me coucher après. Le trajet avait été plus long que je ne l’avais pensé. Alors, ce soir-là maman m’a montré mon lit, elle m’a dit de me brosser les dents et après avoir enfilé un pyjamas chaud, je me suis glissé sous la couverture noire avec les renards dessus en pensant à Angelina qui allait avoir froid cette nuit-là. Maman m’a embrassé sur le front, m’a dit bonne nuit et a laissé la porte entrouverte. Ce soir-là le plancher n’a pas craqué, je n’ai pas eu froid et je n’ai pas pleuré. C’était l’histoire de comment je suis arrivé dans la petite maison de ma maman.
Voilà maman je me suis enfin livré, j’ai enfin raconté le jour où je t’ai rencontré, le jour où tu m’as sorti de ce lieu froid, triste et gris. Tu avais peut-être raison, j’ai peut-être du potentiel finalement, dommage que tu ne sois plus là pour le voir.
4 commentaires
Gilles
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Il y a 5 ans
Shy-ny
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Il y a 5 ans
Romain Matquine
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Il y a 5 ans
Shy-ny
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Il y a 5 ans