R W Le fil du destin Chapitre 14 partie 2

Chapitre 14 partie 2


Le soir venu, une fois arrivée à la Fuste, elle déposa une part de tarte sur la table en bois avant de s’asseoir aux côtés de la vielle guérisseuse. Grisou, c’était le nom qu’elle avait donné au matou gris, vint immédiatement s’installer sur ses genoux, ronronnant de plaisir.


— Bonsoir Grisou, lui dit la jeune fille en le caressant doucement.


— Comment était ta journée ? Lui demande Elie sans lever les yeux de son tricot.


— Plutôt sympas. Nous avons fait de la confiture et de la tarte à la rhubarbe. Rose m’a donné une part pour toi, elle est sur la table.


Elie jeta un coup d’œil au salon, ses yeux pétillants d’envie.


— Oh, il ne fallait pas.


Eylen gloussa, mais ne dit rien. La vieille femme était une sacrée gourmande, même si elle le niait ardemment.


— Rose m’a proposé de faire des guirlandes de fleurs pour la nuit du Walpurgis.


— Ah, c’est une bonne idée, je me joindrai à vous, je pense. C’est déjà la fête des fleurs... C’est la semaine prochaine, c’est bien ça ?


— Oui, dans quatre jours.


— Tu ne préfères pas aller faire les guirlandes avec les filles à Abies ? Lui demanda Elie en souriant. Passer un peu de temps avec des personnes de ton âge pourrait être amusant.


— Non, fit Eylen en détournant le regard. Je préfère rester chez Rose.


— Les hommes du maire ne sont plus revenus dans le coin, tu sais. Continua la vieille femme plus sérieusement. Cela fait plusieurs mois, je ne pense pas qu’ils reviennent...


Eylen ne répondit rien, elle ne voulait pas lui avouer que ce n’étaient pas les hommes du maire qu’elle craignait le plus. Elle n’avait pas encore parlé de ses rêves à sa compagne, refusant de donner encore plus de réalité à ses peurs. L’homme aux yeux noirs apparaissait de plus en plus souvent dans ses cauchemars, sa présence se faisant toujours plus proche et pressante. L’angoisse lui serra la poitrine, et elle enfouit son visage dans la fourrure du chat, qui miaula doucement.


Elie râla soudainement, lâchant ses aiguilles, elle se massa doucement les mains.


— Foutue arthrite...


Eylen posa sa main sur la sienne en fermant les yeux pour se concentrer, mais la vieille femme, la repoussa gentiment.


— C’est bon, ne te fatigue pas. Va me chercher du baume plutôt.


La jeune femme s’exécuta silencieusement. Elle s’exerçait sur son pouvoir depuis la fameuse nuit où elle avait pris la fièvre de Rose. Après plusieurs hypothèses, elles en avaient conclu qu’Elyen était capable de prendre la douleur des hommes et des animaux. C’était d’ailleurs certainement pour cette raison que le petit oiseau dont elle s’occupait avait guéri si vite.


Eylen s’était entraîné dès que l’occasion s’y prêtait sur son amie, qui avait souvent des coupures et des douleurs articulaires. Se souvenant un peu de ce qu’elle avait ressenti en touchant Rose, la tâche s’était révélée plutôt simple pour la jeune fille.


— Je pourrais te soulager plus rapidement, dit-elle en donnant le baume à la vieille femme.


— Merci, fit Elie en prenant le petit pot. Non, je ne préfère pas, tant que tu ne sais pas contrôler ton pouvoir de guérison c’est trop dangereux. Chaque douleur que tu absorbes se répercute sur ton propre corps, et mes remèdes ne sont pas assez efficaces sur toi.


La Guérisseuse lui avait expliqué que n’ayant pas d’Energie en elle, les remèdes à base de fleur de puretés ne fonctionnaient pas sur elle de manière optimale, ces dernières entrant en action sur les personnes dotées d’une certaine quantité d’Energie.


Elle lui avait également fait part de ses suppositions quant à la guérison miraculeuse de la jeune fille, lors de L’accouchement de Rose. Elie supposait qu’Eylen avait puisé dans les fleurs de pureté pour se soigner, comme pour sa gorge dans la baignoire.


Malheureusement, la jeune fille n’avait aucun souvenir de ces deux événements, et ne savait donc pas comment réitérer ce phénomène. Elles avaient eu beau tenter plusieurs expériences, elles s’étaient toutes soldées par des échecs. Même avec une main entaillée, Eylen ne parvenait pas à puiser dans les fameuses fleurs pour se soigner.


— Il suffit que j’aille dormir avec des fleurs de puretés en main, fit la jeune fille, une moue légèrement boudeuse. Je serai guérie demain matin, et tu n’aurais pas à avoir mal ainsi.


— Non. Déclara Elie en s’étalant vigoureusement de la mixture grasse sur ses articulations. On ne sait pas comment ça fonctionne, et si cela ne marchait plus ?


Eylen soupira et s’enfonçant dans le canapé.


— J’ai un don qui peut aider les autres et être utile, à quoi cela sert-il si je ne m’en sers pas ?


— Patience mon enfant, lui répondit la vieille guérisseuse en lui tapotant la cuisse. Lorsque nous saurons comment fonctionne ce don, tu pourras me soigner tant que tu le voudras !


Elle se releva en souriant et se dirigea vers la table du salon, se découpant un petit morceau de la fameuse tarte. Eylen grogna et vint s’asseoir à ses côtés pour partager avec elle le délicieux dessert.



Plus tard dans la soirée, alors qu’Elie ronflait doucement, Eylen se redressa de son lit en bois, que Sacha lui avait construit durant l’hiver.


Elle posa silencieusement les pieds sur le sol, s’approcha de la vielle femme endormie, et mit ses mains sur les siennes. Fermant les yeux, elle se concentra sur les sensations qu’elle ressentait. Un picotement chaud semblait provenir des phalanges et des doigts de son amie, elle se focalisa dessus et essaya d’attirer la chaleur vers ses propres mains. Aussitôt, les picotements déferlèrent vers les paumes de ses mains, venant se loger sur ses doigts. Elle ressentit alors une douleur sourde dans ses articulations.


Mais alors qu'elle pensait avoir absorbé toute la douleur de la vieille femme, elle perçut comme un doux courant passer entre leurs mains. Étonnée, elle resta immobile, se concentrant sur cette nouvelle sensation. Elie gémit soudainement dans son sommeil, se retournant et coupant ainsi leur contact.


Eylen sursauta, le cœur battant et se dépêcha de regagner son lit, espérant ne pas se faire repérer. Une fois allongé, elle s’assura qu’Elie dormait toujours profondément, puis attrapa les deux brins de fleurs de puretés cachés sous son oreiller et les serra dans sa main avant de s’endormir.

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