Fyctia
#0 Initium, ii, n : le Commencement
Mon histoire ne commence, sans aucun doute, qu’au commencement de la civilisation humaine. Avant de connaître les événements tragiques de ma vie et les aboutissants, il vous est nécessaire d'en connaître les tenants.
Passons tous les détails insignifiants de l'Histoire pour se concentrer sur celle de la première des Kunan ; ces autres moments historiques ne sont pas si intéressants en fin de compte. Non, non et non ! Votre Messie n'était qu'un charlatan un peu magicien sur les bords, mais je sais que ce que je vais vous raconter vous dépasse ; il est vrai que vous n'êtes qu'humains, donc forcément inférieurs à des pensées qui vous dépassent. Vous êtes bien l'évolution d'êtres unicellulaires, cela ne m'étonne pas.
Pardon ? Vous êtes vexés ? L'humain ne descend pas d'une quelconque puissance supérieure ou extra-terrestre et il n'a pas été formé à partir de la boue. Foutaises totales ! Des pensées hérétiques ? Hahaha, vous me faites rire ! Les Athées ne sont pas hérétiques, puisqu'ils n'ont pas de religion !
Et maintenant que vous ne savez plus quoi dire, je vais profiter de votre silence pour ne pas être interrompue pendant mon histoire. Ah, vous ne le saviez pas ? Je suis une femme, comme toutes les Kunan...
Je plongeais mon regard vide d'expression mais néanmoins captivant, sur mon auditeur, qui semblait gêné de s'être laissé marcher dessus par mon ton cassant. Il me fixa bêtement, avant de se reprendre et de me signifier, par un signe d'acquiescement, qu'il est prêt à m'écouter, sans nullement chercher à m'interrompre.
Il y a longtemps, très longtemps donc... Naquit une fille. Ordinaire, normale, rien ne semblait la distinguer des autres, hormis la couleur de sa chevelure d'un noir tellement profond que l'ébène était bien pâle en comparaison. Cette fille naquit donc il y a plus de 4000 ans, bien avant ce que vous, mortels, appelait le Commencement, ou encore l'An 0. Son nom ? Oublié, aspiré par le Néant, mais qu'importe, seule son histoire nous intéresse. Cette jeune fille était passionnée par les formes, par le simple fait qu'avec un bâton, on puisse dessiner une image que quelqu'un d'autre pourrait reconnaître sans même qu'elle lui ai parlé. Ainsi apparurent les prémices de l'écriture. Mais un inconvénient interférait dans ce processus : aucun support ne pouvait conserver ce qu'elle écrivait, le sable se faisant souffler par le vent, la roche s'effritant et les feuilles étant sujette au dessèchement. Elle décida de se refermer sur elle-même et se coupa du monde, quitta sa famille, son village et s'installa dans un ermitage, en haut d'un arbre, pour réfléchir et observer la vie depuis son perchoir. Elle finit, après des mois et des mois de réflexion, à concevoir le premier alphabet au monde. Une langue inconnue, donc je vous offrirai un service de traduction instantanée lorsque celui-ci sera employé.
Elle apporta à son village cet enseignement, et quelques-uns acceptèrent de se plier à ce jeu amusant, et apprirent à se comprendre, comme on apprendrait une langue étrangère.
Je m'arrêtais dans mon récit, comme pour réfléchir sur la suite.. moi qui étais l'héritière du vécu des précédentes Archivistes. Raviver à ma mémoire les bribes de l'histoire de la première Kunan était difficile, mais elle perdurait à travers les siècles d'existence qu'avait notre famille, à travers les fibres de notre toile cérébrale, et de l'Index, le grimoire qui était également transmis en héritage d'une Archiviste à l'autre.
Cependant, elle rencontra un homme, qui conquit son cœur solitaire, pour le laisser brisé quelques temps plus tard, et elle s'en retourna seule. Seuls quelques vagissements provenant de l'endroit pouvaient laisser présager que la vie allait poursuivre son cours, sereinement.
Ce ne fut que quatre mois plus tard et des pleurs de bambin impossibles à ignorer qui conduisirent des gens du village à jeter un coup d’œil dans la maison perchée. Une odeur hideuse flottait dans l'air, provenant d'une mixture aux aspects douteux ; la femme était allongée par terre, morte, et un petit bébé dont la peau était d'une pâleur effroyable, était emmitouflé dans une couverture et hurlait de faim. Un petit bout de papyrus, se trouvait coincé dans les plis du duvet. Les dernières paroles de cette femme solitaire.
"J'ai vu. Mais pour que ma fille voie ce que mes yeux ont vu, il faudra qu'elle souffre comme je souffrirai. Si nous venions à survivre, elle, moi, ou toutes les deux, serions nommées Souffrance."
C'est ainsi que sans même le savoir, cette petite fille qui avait survécu à sa mère, fut la première Kunan de tous les temps, celle qui souffrit en première et survécut à la peine et à la douleur. Elle avait trouvé comment inscrire la mémoire de l'Homme, de manière à ce qu'elle ne disparaisse jamais dans le vortex du temps et de ses effets.
Vous resterez néanmoins sur votre faim, car ceci n'est que l'ébauche d'une très longue histoire, la mienne. Cette dernière, ainsi que celle de ma famille, n'a pas tout dévoilé de ce qui fait son originalité, mais qu'est-ce que serait un récit passionnant si on ne peut pas en attendre impatiemment la suite ?
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June
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Fayden
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FranckDriancourt
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Matsume
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Fayden
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