Fyctia
Chapitre 9 (partie 3)
Son frère était là avec un autre homme. A priori il n'y avait pas de quoi s'inquiéter mais la proximité des deux hommes la troublait. Dissimulée par le rideau, Juliette resta silencieuse quelques instants sans savoir quoi faire. Une poignée de secondes passa alors qu'Archibald et l'autre homme ne faisaient qu'échanger quelques mots.
Alors que la jeune fille finissait par se détendre et était sur le point de sortir de sa cachette pour aller parler à son frère, elle se figea soudainement. Archie embrassa cet homme… sur un balcon et en plein bal ! Mais le baiser ne s'éternisa pas car l'autre homme eut un mouvement de recul. Imbécile de frère ! Et si quelqu'un d'autre les avait aperçu ? Il serait alors déjà recouvert de honte ! Adultère de surcroît homosexuel, la société ne lui pardonnerait jamais, cela était certain. Comment pouvait-il se montrer si imprudent ?
Son frère était contrarié par le refus de son partenaire qui lui avait tourné le dos. Les épaules d'Archibald tombèrent de déception. Cependant c'est bien cet inconnu qui avait eu la bonne réaction. Tout cela était trop dangereux pour la réputation de l'un comme de l'autre.
Malheureusement cette vision avait fait perdre à Juliette toute prudence et alors qu'Archibald relevait la tête d'un air mécontent, il aperçut sa sœur derrière la fenêtre du balcon ce qui ne fit qu'augmenter son désarroi.
Juliette prit la fuite en essayant de réfléchir à une solution. Ses émotions étaient totalement chamboulées et il était inutile de sermonner son frère maintenant. Son esprit tournait à toute vitesse. Qui était cette homme ? Comment Archie l'avait-il connu ? Cette relation durait-elle depuis longtemps ? Pourquoi son frère, qui faisait habituellement preuve de retenue, avait-il embrassé cet homme ? Avait-il trop bu ?
L'esprit englué par toutes ces questions, elle finit par bousculer un invité. Malédiction !
- Pardonnez moi, ma chère !
- Non, c'est ma faute. Toutes mes excuses, Sir... ?
Quelque soit son nom, l'homme était terriblement beau. Son queue de pie d'un noir profond faisait ressortir ses yeux d'un gris perle très élégant. Ses cheveux ondulaient subtilement et descendaient peut-être légèrement plus sur sa nuque que la bienséance ne le recommandait.
- Je suis le duc de Kent, m'informa-t-il avec un sourire, et vous ?
- Oh ! M'exclamai-je, surprise, en lui faisant la révérence. Enchantée Votre Grâce, je suis Miss Juliette Allister et je crois que ces présentations sont très peu convenables, hélas…
Il éclata d'un rire insouciant.
- Miss Allister ! Quelle heureuse coïncidence, c'est à moi que vous devez la prochaine danse, me dit-il en me tendant la main.
Sans prendre la peine de vérifier sur son carnet de bal si le Duc disait vrai, Juliette accepta sa main sans un mot et le suivit, l'esprit encore embrumé par ce qu'elle avait vu sur le balcon.
La valse commença et elle fit bouger son corps sans réfléchir. Pendant que son cavalier la faisait tourner, elle aperçut Archibald de retour auprès de Lorena, lui lançant un regard en coin. Juliette se détendit quelque peu.
- Vous avez l'air bien troublée Mademoiselle, est-ce moi qui vous fait autant d'effet ?
Piquée au vif par tant de prétention, la jeune fille se mit soudainement à s’intéresser à son partenaire.
- Il est bien orgueilleux de suggérer une telle chose ! Pour votre gouverne, je n'étais en aucun cas troublée par vous qui êtes un énième cavalier de cette longue soirée. D'autres choses accaparaient mon esprit.
- Et puis-je savoir de quoi il s'agissait ? Lui demanda-t-il, un sourire espiègle étirant ses lèvres fines.
- En aucune façon, Votre Grâce.
- Vous êtes si formelle, ma chère…
Soudain il la prit dans ses bras pour effectuer un mouvement de danse sophistiqué. Comment osait-il être si familier avec elle alors qu'il ne s'agissait que de leur première danse ? Tout cela semblait fortement l'amuser en tout cas. Mais Juliette avait besoin d'informations et mit en œuvre ce qu'elle avait retenu des cours de Sir Simon.
- En fait… peut-être pourriez-vous m'éclairer de vos lumières ? Quelque chose m’intrigue depuis le début de la soirée.
- Je serais plus que ravi de mettre à votre profit mon immense culture. Dites moi tout.
Bien que la modestie ne fasse pas non plus partie des qualités du Duc, Juliette continua sans relever.
- Je vois de nombreux hommes décorés ce soir. Comment cela se fait-il ?
- Vous êtes fine observatrice. En fait, le Duc de Babington a énormément de relations dans la l'armée ou la police. Faire montre de leurs médailles à ce genre de soirée relève autant de l'orgueil que de la vanité, si vous voulez mon avis.
- M'est avis que vous êtes également incollable sur ce sujet, affirmai-je en soulevant un sourcil.
Le duc sourit nonchalamment mais ne releva pas la pique.
- Les hommes décorés vous impressionnent, Miss ? Répliqua-t-il.
- Je n'aurais pas employé ce terme. Mais j'ai beaucoup d'admiration pour eux. Il me plairait beaucoup d'entendre leurs histoires. Cela doit être tout simplement passionnant, ne pensez-vous pas ?
- S'il n'y a que cela pour vous faire plaisir, je serais ravi de vous en présenter quelques uns. Y a-t-il une personne en particulier que vous vouliez rencontrer ?
Bingo, le gentlemen avait mordu à l’hameçon !
- Oh, Votre Grâce, je ne voudrais pas abuser… minaudai-je en abaissant le regard.
- J'insiste, dites moi, Miss Allister.
Comment pouvait-il avoir des yeux d'une couleur si pure ? Juliette avait l'impression que deux perles d'une finesse inégalée étaient fixées sur elle. Soudain elle reprit son esprit en main, quelle indécence !
- Eh bien, j'ai beaucoup entendu parler de Sir Lynch. Le connaissez-vous ?
- Hum… il prit son temps pour répondre. En fait, cela dépend.
- Cela dépend ? Impossible. Soit vous le connaissez soit vous ne le connaissez pas. Vous moqueriez vous de moi, Votre grâce ?
- Bien sûr que non ma chère, je n'oserais pas. Cependant je pourrais peut-être vous le présenter si…
Il ne finit pas sa phrase ce qui agaça Juliette qui le pressa :
- Si quoi ?
- Si vous remplacez un de vos cavaliers de fin de soirée pour me promettre une seconde danse.
Juliette fut abasourdie par tant d'audace. Mais en y réfléchissant bien, elle pouvait s'assurer d'être présentée et de parler au contact dont elle avait besoin et cela contre une simple danse… Cela lui parut équitable.
- Fort bien.
Ils passèrent le reste de la valse en silence et Garrett ne se détacha pas de son petit sourire satisfait qui irrita Juliette. Il était bien égal à son image de duc : hautain, orgueilleux et sûr de lui. Avec un grand soulagement, Juliette finit par saluer son cavalier qui lui tendit son bras. Elle le saisit et le duc l'emmena voir le fameux Sir Lynch.
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Judith | Fyctia
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