Fyctia
Rebelle 1
Sigmund se retrouve sur les rochers d’une crique. Le sel incrusté dans les interstices de la pierre scintille comme les météores qui ont déchiré le ciel au milieu du 21ème siècle. Un crabe se faufile et se dirige vers la mer. Sigmund le suit du regard. Il passe à côté d'un masque, d'un tubas et de palmes posés sur la roche ambrée tout près de la mer turquoise. Ce sont des objets préhistoriques pour l'époque du laborantin où les baignades sont interdites. Il est surpris car il ne porte pas de combinaison anti UV qui sont devenues obligatoires pour toute sortie. L’eau non plus n'est visiblement pas polluée. Il est bluffé par le réalisme de ce monde virtuel. Il ressent tout comme s’il y était pour de bon.
Le soleil sur sa peau, les reflets sur la surface de l’eau, le clapotis des vaguelettes sur les rochers, l’odeur du maquis, quelques embruns projetés sur ses jambes, la chaleur juste agréable de la roche sous ses pieds nus. C’est étrange il a aussi l’impression d’un déjà-vu, et il sait utiliser ce kit de plongée.
Il rentre dans l’eau tiède et limpide. Il avance vers le large. Ses pieds s’enfoncent légèrement dans le sable doux. Il prend appuis et donne une impulsion.
L’eau de mer plus dense que celle de la piscine le porte. Il fait un bond comme la première personne qui a marché sur la lune.
Quel moment d’allégresse. Il rince le masque et le met. Puis il bascule et enfile les palmes. Il s'élance. L’odyssée marine commence. Des centaines de poissons fourmillent sous lui. Des bancs de poissons plats aux écailles argentées brillent dans tous les sens. Des anémones colorent les fonds marins. Ça crépite de vie. Il ne connaît pas le millième de ce qu'il voit.
Des boules noires avec de longues épines l’intriguent. Elles semblent inanimées.
Il entend alors une voix dans sa tête.
— Et pourtant si vivantes. Ce sont des oursins.
C’est Katalie qui s’adresse à lui par télépathie. Telle une sirène, elle apparaît devant Sigmund qui ne peut s’empêcher de penser « Qu’elle est belle ! Sa peau mate. Son maillot blanc echancré». Il l'imagine nue. Impossible d'arrêter ce fantasme. C’est plus fort que lui. Ainsi que la réaction de son corps qu'il tente de dissimuler, alors qu'elle se rapproche tout près de lui.
Marie observe les indicateurs vitaux de Sigmund sur l’écran de contrôle. Tout s’affole comme un enfant qui découvre ses cadeaux de Noël. Par respect de la vie privée elle n’a pas le retour audiovisuel mais surveille juste la santé des deux cybernautes.
Aussitôt Katalie avertit:
— C’est très gentil Sigmund. Sachez que dans cette immersion j’entends vos pensées. Je vous préfère sous votre vrai jour plutôt qu’avec votre masque de provocateur. Et ne vous inquiétez pas car ici j'ai la majorité sexuelle, rit elle.
— Ce n’est pas du tout éthique. Marie aurait dû me prévenir. Impossible de cacher mes pensées ici.
— C’est ça. Et pas que de vos pensées à ce que je vois. Hi hi hi, lui dit elle en nageant autour de lui et en l'effleurant.
Ce contact fait monter en elle un désir intense qui enflamme ses pensées. Sa poitrine pulpeuse durcit sous le haut du maillot. Elle a envie de se serrer fort contre lui, de sentir son corps, de lui mordiller les lèvres et d'enfoncer sa langue dans sa bouche.
Sigmund ressent les fantasmes brulants de Katalie. Il laisse aller son désir ardent sans réfléchir. Tout se déroule dans l’imagination, mais les sensations sont réelles dans leurs ressentis physiques.
— Hum, c'est gênant tout de même dit-il. Toutes les barrières tombent.
— C’est ça, s’amuse Katalie. Vous êtes pas mal aussi pour un intello boutonneux.
Au fond de lui Sigmund souhaite cet instant éternel. Lui qui est attaché au vrai, à l'absolu, à la réalité se retrouve en totale contradiction avec lui même.
Katalie, l'interrompt violemment dans son songe:
— Sigmund, je me permets de te tutoyer. Désolée de te sortir de ton bonheur, mais tout cela n'existe pas pour nous. Tu le sais.
— Oui, je le sais, mais rien ne m'empêche d'en profiter non ?
— Non, en effet. Je suis heureuse de partager ce souvenir familial avec toi. Ce n'est pas le mien. Ni mon vécu, ni émané de mes désirs. Il est issu de lettres d'un trisaïeul.
— Quoi ? Comment est-ce possible ? Ca paraît tellement réel.
— Cette "pu...n" de crique du Pirate — comme il l'écrit — était son repaire avant la montée des eaux. Son trésor où il puisait le positif dans les moments désagréables de sa vie. Un oncle l'y emmenait depuis sa naissance. Il y pêchait au fusil harpon, puis subitement vers 17 ans il n’a plus tiré.
— Des trophées?
— Non, pas du tout. Sa grand-mère maternelle utilisait la pêche pour concocter des soupes.
— Tu déconnes. Tu es la descendante d’un braconnier. Ça paraît tellement impossible. Et pourquoi a-t-il arrêté?
— Remets les choses dans leur contexte plus que centenaire. La pêche était autorisée. Mais soudainement il ne parle plus de ses exploits mais de Beauté à préserver.
— Oh, c'est mignon ose rigoler Sigmund.
— Mais arrête espèce de naze, répond Katalie. Il ne savait pas différencier les adultes de leur progéniture. Il a peut-être eu un déclic à propos de la survie des espèces.
— Mouais. Trop intello lui aussi. Je comprends ce trop bref moment érotique. Et peut-on continuer la visite, pour voir des tortues par exemple ou s’embrasser?
— Pas une seule tortue. Et pas de sexe non plus. Henry a respecté les descriptions à la ligne.
— Henry? C'est le gars qui m'a fait passer les pré-tests en ligne pour le stage au labo?
— Henry est une machine Sigmund. Il t'a choisi! Tu te retrouves dans ce "rêve" car Henry l'a voulu. Il avait tout calculé. Tes provocations et mes réactions. Il a enfreint l'éthique comme tu le dis, mais ne lui en veut pas. La vérité est là. Il accède à tout le numérique. Il a découvert tes délits activistes anti-machines dans les fichiers de la police.
— Foutaises!
— Ne t'inquiète pas. Mon bracelet indique que personne ne nous entend à part Henry.
— Tu parles d'Henry comme d'une personne.
— Oui, et même d'un stratège génial.
— Vois-tu, selon lui j'ai perdu la foi.
— Et qu'y puis-je donc à tes problèmes religieux?
— Rien de religieux. Selon Henry, nous sommes comme le feu et la glace. Pour faire simple, selon lui je ne crois qu’aux machines et toi qu’en l'Homme.
— Et le discours que tu servais à ces enfants?
— Il tient toujours mais l’humanité n'y a pas forcément sa place. En fait je me sens manipulée, programmée et bombardée au labo pour une mission sans vrai choix personnel.
— Tu n’es pas la seule. C’est ça depuis le stade fœtal avec les sondes cognitives. On veut nous transformer en machines savantes je te dis. Un but précis inscrit au fond de toi avant de naître.
— Sigmund, moi je te parle d’une organisation puissante où mes proches sont impliqués; ma famille.
— Oui c’est le rôle des parents de choisir pour toi.
— Arrête tes conneries. Je te parle d’une machination démoniaque. Sous couvert du bien de la planète cette organisation ne songe qu’à ses intérêts dominateurs et destructeurs. Aide-moi...
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Camille | Fyctia
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Oliver Terwri
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