C.Banes ICE BREAKER Chapitre 5 - Carter

Chapitre 5 - Carter

Depuis quand est-ce que je propose aux voisins de venir boire des bières chez moi ? Je n’ai même pas de bière. Parce que je n’aime pas la bière. Sauf avec un peu de grenadine dedans, ce que je n’avouerais jamais à personne, évidemment.

Plus qu’à retourner au magasin en bas de la rue pour faire le plein. Bon sang, et moi qui avais l’intention de passer la fin de ma journée peinard. Je n’aurais jamais dû lui proposer de passer. Tout ça parce qu’il a dit « j’aime les hommes ». Et quoi, je suis content parce que mon nouveau voisin et moi avons une chose en commun ? « Oh, ça alors, on est gay tous les deux, on devrait traîner ensemble, peut-être même fonder un club. » N’importe quoi.

Bref, tout ça pour dire que je ne sais pas ce qui m’a pris. Mon cœur a commencé à battre un peu plus vite en entendant ces mots, comme s’il écrivait en morse pour me dire « tu viens de trouver ton BFF », comme le dirait si bien ma nièce. Il faut vraiment que j’arrête de traîner avec elle où je finirais par écrire nos noms sur un cahier avec des cœurs autour, ou de lui offrir ces bagues de l’amitié. Non, mais qu’est-ce que je raconte ? Finalement, une bière à la grenadine me fera peut-être du bien.


***


Peut-être que le whisky serait plus indiqué. Parce qu’entre mon départ à l’épicerie pour acheter quelques cannettes et deux trois paquets de chips, et mon retour à l’appartement, mon sac contient également des capotes et du lubrifiant. Bon sang, Blake avait peur que je le découpe en petit morceaux, qu’est-ce que ce serait s’il découvrait jusqu’où mon imagination débordante m’a emmené ? « Salut, on ne se connaît pas, mais j’ai assumé que vu que tu aimes les mecs, et moi aussi, on pourrait baiser comme des bêtes et voir si ça matchait entre nous ». Non, mais c’est n’importe quoi. La vérité, c’est que je ne suis pas super doué pour les interactions sociales – en atteste notre échange légèrement gênant de tout à l’heure – par contre, je suis très doué pour laisser s’emballer mon imagination. Alors certes, Blake n’est pas désagréable à regarder, mais je mets la charrue avant les bœufs – sans même savoir si bœufs il y aura. Apparemment, je ne suis pas super doué pour les métaphores non plus.

Je suis de retour dans le couloir, en train de fouiller dans ma poche pour trouver les clés lorsque Blake apparaît.


— Tu as acheté de la bière exprès ? s’enquiert-il, le regard rivé vers le pack déposé sur le sol.

— Heu… Ouais.


Je me serais bien gratté le crâne, comme le font les gens lorsqu’ils sont gênés, sauf que j’ai les mains occupées.


— C’est présomptueux.


Je me tourne vers lui et fronce les sourcils. Sérieux ? Je pars acheter des putains de bières que je vais me forcer à boire sans pouvoir mettre de grenadine dedans, pour lui, et il me trouve présomptueux ?


— J’aurais surtout dit sympathique.

— Aussi.


Nos regards se croisent et je vois ses jolies lèvres s’incurver dans un sourire.


— Je plaisantais. C’est… merci, c’est chouette d’avoir fait ça pour moi.

— De rien. C’est chouette de ta part de t’être pointé, ça m’évitera de les gâcher.

— Tu aurais bien trouvé une autre occasion.

— Pas vraiment, non.


Blake fronce les sourcils, et je me demande ce qui m’a pris. Je n’ai pas l’intention de dévoiler ma vie privée, ni qu’il se rende compte tout de suite que je ne suis pas le mec le plus fun de la terre, que je n’ai pas de potes en dehors du hockey, parce que le hockey est toute ma vie. Bon, peut-être que je n’aurais jamais dû lui proposer de venir, finalement.

Voyant qu’il ne répond rien, se contentant de m’observer, je hausse les épaules et ouvre la porte.


— Alors, on se la boit cette bière ?


Il acquiesce et m’offre un large sourire. Je remarque que ses dents sont toutes espacées de quelques millimètres, il me rappelle un peu le type qui joue Jake Peralta avant qu’il se fasse refaire les chicots, en plus mignon – même si l’acteur en question n’est pas dégueu.


— Installe-toi, lui dis-je tandis que nous avançons dans l’appartement.


J’ignore s’il m’a entendu, toujours est-il qu’au lieu de se rendre dans le salon, il reste planté là à admirer la déco. Je le comprends, j’ai un don pour l’aménagement intérieur. Mon appart’ est l’endroit où je passe le plus de temps quand je ne suis pas sur la glace et je m’y sens bien. J’aime mes meubles en bois, mes fauteuils en cuir dépareillés, les tableaux au couleurs vives que j’ai accrochés, les lampes design qui dénotent avec le reste, les plantes en pots qui offrent de la fraîcheur à la pièce.

Blake s’approche de la bibliothèque où des livres anciens – que je n’ai jamais ouvert, mais que je trouve plutôt classes – côtoient des romans de fantasy aux couvertures abîmées.


— L’assassin royal. C’est marrant que tu aimes ce bouquin, déclare Blake en parcourant le dos des livres alignés.

— Pourquoi ? Parce que les sportifs sont censés ne rien avoir dans le crâne ?


Mes mots ont été prononcés plus durement que je ne l’aurais voulu, mais ce ne serait pas la première fois qu’on me fait cette réflexion, du coup, je prends les devants.

Il fait volte-face pour me dévisager.


— Non. Parce que j’aime ce bouquin aussi. Ça nous fait un point commun.


Voilà pourquoi j’évite les gens. Parce que je suis doué pour passer pour un abruti. Je soupire et passe une main dans mes cheveux, ne sachant pas quoi dire pour rétablir l’ambiance détendue qui s’est évaporée à cause de ma réaction à la con.


— Dis-moi que toi aussi tu as chialé quand Œil de nuit est mort, je me sentirais moins seul.


Bon, au moins, Blake parvient avec brio à alléger l’atmosphère. Je devrais peut-être lui demander de me donner des cours.


— Comme un bébé. Je suis resté en PLS sur mon lit des heures entières.


Il éclate de rire et finit par me rejoindre sur le canapé. Nous passons l’heure suivante à discuter de la saga – et en nous montrant un peu trop enthousiastes concernant certaines scènes – puis de bouquins en général.

Lorsqu’il se lève pour partir, je suis à deux doigts de lui demander s’il souhaite rester dîner, mais je m’en empêche. Pourtant, je ne me suis rarement senti aussi à l’aise avec un inconnu qu’avec Blake, et quand il me tend la main pour me dire au revoir, que mes doigts enveloppent les siens, que je sens sa paume, douce et chaude, contre la mienne, je me surprends à espérer que peut-être, oui, peut-être, je viens de me faire un nouvel ami. Et plus si affinités ?




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11 commentaires

Julie BrLg

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Il y a 2 ans

Oh j'adore leur échange !! Ça promet!!

Sandrine L

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Il y a 2 ans

Carter le gaffeur 🤭 Ca promet entre ces 2 là 😍

iamshy_y

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Il y a 2 ans

J'adore trop hâte de découvrir la suite ! 🥰

Amélie C. Astier

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Il y a 2 ans

J'ai un énorme smiley sur le visage en terminant ce chapitre. Carter est si attendrissant à être aussi maladroit avec Blake. Son côté gaffeur est tordant. Ça promet des situations cocasses ! Vivement la suite. 🥰
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