Fyctia
Sang
Vana regarda à ses pieds. Il n'y avait rien d’autre que de la terre et quelques cailloux. Un bruit dans son dos la fit sursauter. Une partie d'elle lui soufflait de remonter à la surface. Après tout, elle avait rempli une partie du contrat : elle était descendue au fond du gouffre, avait ramené des hypothèses sur lesquelles réfléchir. Maintenant, c'était aux femmes de la planète de continuer l’enquête. Et peut-être même pouvait-elle espérer repartir avec le faux Œil de Kryl pour en tirer un bon prix chez un revendeur peu regardant...
Mais une autre partie d'elle, celle motivée par le danger, voulait aller plus loin. Toujours plus loin. Cette partie mourait d'envie de connaître la vérité. Pour comprendre ce qui était réel et ce qui ne l'était pas. Le tapis de cadavres et les galeries de tunnels ou le sol immaculé et le silence de la brèche ?
Malheureusement, c’est cette part d'ombre, qui avait pris tant d’ampleur ces dernière années, qui remporta la lutte. L’arme à la main, Vana continua au cœur de la brèche en se méfiant de tout ce qu'elle voyait. Le silence l'oppressait. L’atmosphère lourde et feutrée ne présageait rien de bon. Combien de temps avait-elle avant la prochaine secousse ? Et à quoi pouvait bien servir les capteurs du village s'ils étaient incapables de prédire leur arrivée ?
Vana maudit à nouveau la cité et ses habitantes, ainsi que leur pitoyable technologie.
Elle remarqua alors un conduit étroit creusé dans le mur et dont les parois avaient été renforcées par des plaques métallique. Elle s'allongea par terre et rampa à l'intérieur du boyau. Aucune odeur pestilentielle ne montait du sol. Toute trace de cadavre avait vraiment disparu.
Elle suivit le souterrain sur plusieurs mètres, s'enfonçant dans les ténèbres. La lumière du haut de la brèche avait disparu et seule la minuscule diode rouge de son pistolet la guidait dans l’obscurité. Le tunnel finit par s'élargir et elle arriva dans une salle vide. Une véritable pièce, avec des murs en métal et même une paroi vitrée.
Vana déplaça son viseur pour éclairer tout autour d'elle. Rien n'avait de sens. Tout semblait vide. Et pourtant étouffant.
Le souffle de la chasseuse de primes s'accéléra brusquement lorsqu'elle sentit un nouveau grondement vibrer sous ses pieds. Plus près que jamais. En une seconde, une table apparut devant elle ainsi qu'une créature répugnante ligotée dessus.
La secousse s’amplifia et fit basculer Vana qui lâcha son arme. Une voix profonde hurla des profondeurs en lui déchirant les tympans. Et la salle se révéla pour de bon. Des centaines de schémas accrochés aux murs, des coups de griffes sur les meubles, des traces de sang du sol au plafond...
Malgré les tremblements, Vana roula jusqu'à un mur : des plans, des annotations, des ratures, des dates, des pointages… Au moment où elle décrochait l'un des papiers qui se trouvait à sa hauteur, un mouvement dans son dos l'alerta. Elle fit volte-face mais c’était déjà trop tard : la créature, aussi répugnante que celle de la prison, avait réussi à se détacher pour se jeter sur elle. Ses crocs fêlés claquèrent à quelques centimètres de son visage.
Vana la repoussa d’un coup de pied avant de se précipiter vers le conduit. Mais les secousses reprirent de plus belle, lui faisant à nouveau perdre l'équilibre. La force du souffle la projeta contre un mur et elle roula sur son épaule déjà mal en point. Une vapeur nauséabonde monta alors du conduit. Les cadavres.
L’odeur lui tourna la tête et lui souleva le cœur. La créature, qui s'était tapie dans un coin pour reprendre des forces, secoua la tête pour échapper aux effluves piquantes puis se jeta à nouveau sur Vana. Mais cette fois-ci, la chasseuse de primes ne fut pas assez rapide et l'ennemi planta ses crocs dans son bras. Son hurlement déchira l’air.
D'un geste rapide, Vana ramassa son arme, qui avait roulé près du conduit, et tira de tous les côtés. Histoire d'être certaine de ne laisser aucune chance à son ennemi...
Le silence qui s’en suivit lui indiqua qu’elle avait réussi. Mais son sang ruisselait à travers le cuir de sa veste : sa tête commençait à tourner dangereusement. Seul point positif : les secousses cessèrent. Comme dans la brèche, une vague bleutée déferla soudain sur l'intégralité de la pièce, emportant avec elle la table, le cadavre de la créature et les schémas sur les murs...
Cette fois, Vana ne chercha pas à continuer. Elle fit taire la part d'elle qui carburait au danger et reprit le contrôle de la situation. De toute façon, elle n’avait plus assez de force pour réfléchir. La main plaquée sur sa plaie, elle se contorsionna dans le conduit. L’oxygène lui manquait ce qui contribuait encore plus à sa perte de repères. Son sang s’échappait par flots rouges vifs entre ses doigts. Elle rampa, grognant de douleur.
Arrivée enfin de l’autre côté, elle roula et se releva difficilement, les jambes en coton. La lumière du ciel l'aveugla et elle remonta jusqu'à l'escalier, les yeux presque clos. Son regard se voilait de fatigue. L’escalier, elle devait atteindre l’escalier. Il lui sembla mettre des heures pour y parvenir. Perdue dans un brouillard de sensations, un méandres d’idées incongrues et d’images floues. Plus rien n’avait de sens...
Finalement, à moitié inconsciente, elle sentit enfin sous ses doigts le métal glacé. Elle s’agrippa à la rampe et monta les marches, à bout de souffle, en s'aidant de son bras valide.
Le flot de lumière l'aveugla sur les derniers mètres mais elle tint bon, les dents serrées. Enfin, la terre ferme roula sous ses pieds. Jiin et Okra s’étaient précipitées sur le bord de la brèche. Elles avaient le même regard affolé.
- Si je dois retourner là-dedans, c’est avec Kâ. Et sa puce, articula péniblement Vana.
Puis elle s’évanouit.
14 commentaires
Judith | Fyctia
-
Il y a 3 ans
Judith | Fyctia
-
Il y a 3 ans
Judith | Fyctia
-
Il y a 3 ans
Judith | Fyctia
-
Il y a 3 ans
Judith | Fyctia
-
Il y a 3 ans
Judith | Fyctia
-
Il y a 3 ans
Bastienneee
-
Il y a 3 ans
Dystopia_Girl
-
Il y a 3 ans
Bastienneee
-
Il y a 3 ans
Merixel
-
Il y a 3 ans