Elsa Carat Bluff Pantalon Teddy Smith

Pantalon Teddy Smith


Je suis Fabrice jusqu'au voiturier.


Il me fait monter côté passager de sa Renault. Le stagiaire est relégué sur la banquette arrière. Il jubile moins, tout d'un coup.


Je me rappelle la première fois où le brigadier-chef et moi on s'est rencontré.

Il avait déjà cette voiture. Il m'était tombé dessus pendant l'édition 2014 du carnaval. C'est fou ce que les gens sont insouciants quand ils s'amusent au milieu d'une foule. Les diversions ne manquent pas pendant ce genre d'événements sur la voie publique. C'est tellement facile de les dépouiller. Certes, les victimes sont moins riches qu'au casino mais, à l'époque, je faisais plus dans la quantité que dans la qualité.


Il m'avait agrippée par le bras et traînée à l'écart de la foule. J'avais tout juste vingt ans. Il m'avait fait la morale en m'appelant "gamine", m'avait pris tout mon butin mais ne m'avait pas emmenée au poste.


— Le portefeuille du type qui t'a emmerdé, c'est lequel ? Tu t'en souviens ?


Il avait fait défiler dans ses mains ce que je venais de dérober. Je n'avais pas compris tout de suite de quel type il parlait. Mais je m'étais souvenue du pervers qui m'avait fait des avances puis insultée quand je les avais repoussés, lui, ses avances et ses mains baladeuses.


J'avais montré du doigt.


— Celui-là.


— T'es sûre ?


Il avait l'air de ne pas me prendre au sérieux. J'avais fait une bulle avec mon chewing-gum. A l'époque, je ne présentais pas mieux que Stella.


— Bah ouais, je suis sûre. Il était dans la poche arrière de son pantalon Teddy Smith, juste à côté d'un paquet de clopes où il restait trois cigarettes et un vieux ticket de caisse de supermarché d'un montant de 16 euros 92. La caissière s'appelait Laure et il était 13 heures trente quatre et quarante-six secondes quand elle l'a encaissé. Enfin, c'est ce que dit le ticket... Vous voulez savoir ce qu'il a acheté ? Non ? Ouais, vous avez raison, c'est pas passionnant... Par contre, il doit conduire une moto. Ça se voit à sa coupe de cheveux et la marque d'usure sur sa chaussure gauche. Je vous dis ça, parce que vous devez aimer ça, vous aussi, la moto...


J'avais fait un signe du menton vers ses chaussures à lui.


Plus tard, il m'avait avoué avoir été bluffé par mon sens de l'observation et de la déduction. Il m'avait dit aussi que je gâchais ce talent à jouer la pickpocket dans la rue. Son conseil avait fait son chemin et je m'étais mise à faire dans le luxe, même si à l'évidence ce n'étais pas le sens de sa remarque.


Il m'avait libérée, non sans m'avoir d'abord rendu un seul des portefeuilles. Celui du motard.


— C'est bon. Tu peux y aller.


Je l'avais regardé avec suspicion. Etait-ce un piège ? Je ne m'étais jamais fait prendre par la police avant ce jour mais j'étais à peu près sûre que ça ne devait pas se passer de cette manière.


— Qu'est-ce que t'attends ? Que je vide mes poches ?


J'étais partie avec le portefeuille. Quelques minutes plus tard, je l'avais vu en train de remonter les bretelles du gros pervers. Alors, pendant la nuit qui avait suivie, j'étais allée jusqu'à sa boîte aux lettres, y avais glissé les billets que je lui avais volés, accompagnés de sa carte de visite où figurait son adresse.


Par la suite, nous nous étions recroisés dans l'exercice de nos fonctions. La finalité de notre travail était différente mais nous conduisait régulièrement aux mêmes endroits.


Puis, à force de se fréquenter, nous avons commencé à collaborer.


La plupart du temps, Fabrice ferme les yeux sur mes activités mais ce soir, il semble curieusement et subitement avoir recouvré une conscience professionnelle.


Je me tourne vers lui :


— Bon. Qu'est-ce qui se passe ? Tu n'as pas pincé assez de voyous pour remplir tes quotas du mois, alors tu comptes sur moi ?


J'ironise mais au fond, je me sens fébrile.

Est-ce qu'il sait tout ce que j'ai amassé ce soir et estime que cette fois, j'ai dépassé les bornes ?


Sa voix tonne dans l'habitacle :


— T'as une idée de pour qui tu me fais passer en volant le badge de mon collègue, en t'introduisant par effraction dans mon commissariat et en appelant un fils à papa pour te faire sortir de là l'air de rien !


De toute évidence, c'est une question rhétorique. Ça fait tilt dans ma tête quand j'entends "fils à papa". De qui l'Ombre a-t-il subtilisé l'identité ? Ou bien qui est-il ? Mais je sens que ce n'est pas le moment d'interroger Fabrice.


— Un abruti ! Un gros con ! Un guignol ! Mes gars se marrent en imaginant que je suis la marionnette de mon indic !


Je crois qu'il l'a vraiment mal pris.


— C'était juste une blague...


Il me coupe.


— Arrête de me prendre pour un con, Keyah ! Ton petit numéro, ça prend pas avec moi ! Je te connais depuis assez longtemps pour savoir que tu me caches un truc !


Il pile et se gare au milieu de nulle part. Il plante son regard sévère dans le mien.


— Alors tu vas tout me dire maintenant ! Je veux savoir ce que tu cherchais dans le logiciel du commissariat, pourquoi tu m'as parlé de dettes de jeux au casino et de kidnapping et comment tu connais ce type qui t'a fait sortir de taule !


Ce qui est sûr, c'est que je ne peux pas lui parler de l'Ombre. Pas avant notre coup à Interpol. Pas avant que je sache qui il est réellement, ce que je ressens pour lui et que je décide si je le hais ou s'il me plaît. En théorie, je ne dois pas non plus lui parler de la situation de mon père au risque de le mettre en danger. Mais il va bien falloir que je lâche un peu de leste. Fabrice ne va pas abandonner aussi facilement.


Me voyant hésitante, il assène :


— C'est comme tu veux. Si tu préfères, on peut aller au poste et fouiller ta pochette.


Non, pas ça ! Surtout pas ce soir ! Je n'ose imaginer ce que je risque avec un tel butin ! Et avec l'épée de Damoclès au-dessus de la tête de mon père, c'est le pire moment pour avoir des ennuis avec la justice !


Alors je me résigne à lui raconter pour mon père. Son visage tuméfié quand il m'a rendu visite chez moi, sa dette de jeux de 800 000 euros, la demande de rançon d'un million. Je lui montre la photo que j'ai reçue où on le voit bâillonné.


— Ecoute Fabrice, si tu dois te mêler de ça, sois discret, s'il te plaît. Je ne sais pas de quoi ces types sont capables et ils ont bien dit : pas de police. Je ne tiens pas à mettre mon père encore plus en danger. Je t'en prie, Fabrice, promets-moi !


Ça fait bien longtemps que je n'ai pas supplié quelqu'un et le brigadier-chef le sait. Il me regarde avec attention.


— Promis.


Je respire un peu mieux. Je sais que Fabrice est un homme de paroles.


Un peu plus tard, alors qu'il me ramène à ma voiture, il demande :


— Et tu comptais faire comment toute seule ? Voler des bijoux pour un million ?


Je ne réponds pas.


— Keyah, pas de conneries ! Dorénavant, je t'ai à l'œil !


C'est bien ce que je craignais...




Tu as aimé ce chapitre ?

12

12 commentaires

hacene

-

Il y a 2 ans

Bjr la version finale pour kan ,

Elsa Carat

-

Il y a 2 ans

Bonjour, merci pour la lecture. La publication est prévue pour juin 2024

Debbie Chapiro

-

Il y a 2 ans

Felicitation pour ta victoire au concours. J'ai adoré te lire et il me tarde de découvrir la suite quand elle sera publiée. Je trouve l'histoire pleine de peps et de rebondissements et l'héroïne à un sacré caractère. J'adore !

Elsa Carat

-

Il y a 2 ans

Bonjour Debbie, merci beaucoup de ta lecture ! Je suis heureuse que le caractère de Keyah te plaise et les rebondissements aussi :) j'ai noté ton commentaire constructif sur l'Ombre qu'on avait du mal à visualiser. J'espère que la version finale te plaira 🤞 Merci encore !

User267349

-

Il y a 2 ans

J'ai trop hâte de lire la suite. C'est vraiment très... Bluff. Très envie de connaître qui est vraiment l'ombre. Chaque chapitre donne envie de lire le suivant. Beaucoup de courage à vous

Elsa Carat

-

Il y a 2 ans

Merci ! J'attends les résultats de la finale (17 mai) pour savoir si Hugo publiera le roman. Dans tous les cas, j'éditerai le roman en entier d'une façon ou d'une autre. Je laisserai un message ici pour avertir les lecteurs. Merci encore :)

Lyaure

-

Il y a 2 ans

Coucou ! Je viens du concours NR et pour ces derniers jours de concours Shadows, j'ai pensé liker les derniers chapitres du plus d'histoires possibles, pour permettre de débloquer les derniers chapitres peut-être !! Bravo pour ce concours et bon courage jusqu'au bout !! ^^

Eva Boh

-

Il y a 2 ans

Tu fais partie des histoires que je n'ai pas eu le temps de finir de lire. Il reste peu de temps avant la fin du concours alors je fais le tour pour apporter mon soutien pour la dernière ligne droite. Bonne fin de concours et bonne continuation à toi, en espérant pouvoir découvrir la suite de ton histoire un de ces jours. 💕

Morgane P.

-

Il y a 2 ans

J'ai l'impression que ce n'est pas une mauvaise personne Fabrice, j'ai bien aimé leur rencontre. Je le vois plus l'épauler que lui mettre des bâtons dans les roues. Tant que ça ne va pas trop à l'encontre de son boulot de flic...

Aldevir

-

Il y a 2 ans

J'aime bien cette relation entre eux presque père-fille.
Vous êtes hors connexion. Certaines actions sont désactivées.

Cookies

Nous utilisons des cookies d’origine et des cookies tiers. Ces cookies sont destinés à vous offrir une navigation optimisée sur ce site web et de nous donner un aperçu de son utilisation, en vue de l’amélioration des services que nous offrons. En poursuivant votre navigation, nous considérons que vous acceptez l’usage des cookies.