Fyctia
Chapitre 23 : Partie II
J’écoute les bribes de conversations, je vois Charly discuter avec un des cousins de Sasha, ils ont l’air de bien s’entendre. Je ne peux m'empêcher de ressentir une pointe de jalousie. Charly est comme mon frère et parfois j’ai peur que lui aussi me laisse tomber. J’ai peur de le perdre même si je ne lui avouerai jamais. Il serait trop content ce con. J’entends la sonnette et visiblement je suis le seul. Je me lève pour aller ouvrir le portail. J'aperçois une voiture avec deux personnes d’un certain âge, je pense que c’est de la famille à Carolina alors je les laisse entrer. J’ouvre la porte d’entrée et je tombe face à une dame qui à l’air sympas mais totalement sous le choc. Je décide de me présenter.
— Je suis Meldrik. Dave et Carolina sont ma famille d’accueil.
Les deux personnes restent bouche bée, je ne comprends pas très bien leur réaction. Dave finit par arriver sûrement pour voir si je suis pas remonter dans ma chambre. Il arrive devant la porte, il réagit de suite en voyant les deux personnes.
— Meldrik va au salon, je m’en occupe, ce sont mes parents.
J'acquiesce et je le regarde sortir pour rejoindre ses parents dehors. Je reviens dans le salon sous le regard interrogatif de Carolina. Je m’approche d’elle pour lui expliquer que les parents de Dave sont là. Je pars m'asseoir sur ma chaise. Je reste assis là pour faire plaisir à Dave sans vraiment prendre le temps d’essayer de faire connaissance avec la famille de Carolina. Dave finit par revenir accompagné par ses parents. Il nous présente ses parents avant de s'asseoir.
Au fil de la soirée je remarque que la mère de Dave me lance des coups d'œil qu’elle doit penser discret, en réalité il ne le sont pas. Lors du repas, j'en profite pour m’éclipser dans la cuisine avec Dave, en ramenant des plats pour lui en parler.
— Elle a quoi ta mère à me fixer ? je demande.
Dave se retourne, surpris par ma question. Je le vois chercher une réponse à me donner.
— Elle regarde tout le monde ce n’est pas que toi, ne t'en fais pas.
Il me répond et pars immédiatement vers la salle à manger sans que je puisse répliquer. Encore une fois je comprends qu’on me cache tout un tas de choses, ça commence à me saouler. Je garde ça en tête, je pars à mon tour vers la salle à manger. Je m’assois à ma place et je regarde chaque personne qui se trouve autour de la table. Je viens bien finir par trouver un indice. En pensant à mon regard sur les membres de la famille, je tombe dans les yeux de la mère de Dave, les larmes aux yeux. Elle me lance un léger sourire avant de tourner le regard. J’ai du mal à croire que je vais dire ça mais plus j’avance plus ma théorie me parait de moins en moins folle. Et si c'était ça, s’il m’avait tous menti droit dans les yeux. Si Dave et Nath étaient mes parents biologiques ça expliquerait tant de choses. Malgré tout je ne veux pas y croire. Si c'était vrai, Nath n'aurait jamais pu être mon assistante sociale. En même temps si elle avait renoncé à ses droits, tout pourrait correspondre. Non je ne peux pas y croire. Je ne veux pas y croire.
Je passe toute la fin du repas à me poser mille et une questions auxquelles je ne trouve aucune réponse, auxquelles je ne veux probablement pas répondre. Cette nuit là je ne dormirais pas hantés par cette théorie qui n’est finalement pas si folle.
****
Dimanche 23 décembre. J-2 avant Noël
Je suis épuisée quand je m’assois dans la voiture de Charly pour aller à l’orphelinat. Ça fait plusieurs jours que mon cerveau a décidé de ne plus me laisser dormir. Il préfère passer ses nuits à réfléchir à cette foutue théorie. J’ai envoyé un tas de sms à Nath pour qu’elle me rassure en me disant que je me fais des idées. Je n’ai eu aucune réponse de sa part, ce qui ne me rassure pas. J’ai posé la question à Dave plusieurs fois mais il me répond non. J’ai essayé de faire parler le psy et Sasha mais ils n’ont rien voulu me dire. J’ai même fini par demander à Eléonora, qui a préféré m’ignorer. Aucune de ces réactions ne me rassure, au contraire elle me conforte un peu plus dans cette idée.
En arrivant à l’orphelinat je retrouve Caleb son bonnet de Père Noël toujours vissé sur sa tête. Vivement que cette période soit terminée pour que je puisse lui enlever de la tête. Je rejoins tout le monde en salle commune. Les enfants sont réunis autour du sapin pour finir de le décorer. Caleb cours les rejoindre dès qu’on entre dans la pièce. Je suis appuyée contre l'embrasure de la porte quand Elisa me fait signe de venir.
— Il y a la commande de jouet à récupérer derrière. Tu peux t’en occuper s’il te plaît ? me demande Elisa.
J’accepte, je préfère ça plutôt que de continuer de décorer l’orphelinat. Je prends les clés du portail et je rejoins l’arrière de la cour. Quand j’arrive près du portail, un camion est déjà là. J’ouvre le portail et les livreurs ouvrent le camion. Je crois faire une énième syncope en voyant la tonne de cadeau qu’il a dans le camion. Les livreurs commencent à décharger, je leurs indiquent où les poser tout en faisant en sorte que personne ne nous voient. Je remarque que par chance ils ont pensé à fermer les rideaux de la salle commune, où tout le monde se trouve.
Après avoir réceptionné la commande je retourne avec les autres. On passe la journée à peaufiner le Noël de tous les orphelins présents cette année. Je suis triste de voir qu’il y en a beaucoup. Pourquoi leurs parents sont-ils des incapables ? Quand on connaît l’histoire de chacun, on se rend compte qu'il existe des parents vraiment atroces. Entre ceux qui sont violents, les drogués, les absents ou encore ceux qui n’existeront jamais, ces enfants n’ont pas de chance. Après plusieurs années, je pense que les parents qui n’existent pas sont finalement les mieux. Les enfants ne sont ni déçus, ni déchirés d’être ici, eux personne ne les attend.
****
On finit par partir assez tard de l’orphelinat. J’ai hâte de rentrer à la maison pour me glisser sous ma couette. Je finis par m’assoupir bercé par la voiture. Quand on arrive à la maison, Charly me réveille. Je sors toujours aussi épuisé, je crois que je vais faire l’impasse sur le dîner pour essayer de dormir un peu. Je rentre dans la maison. Je m'apprête à monter les escaliers. Carolina m'arrête avant que j’ai le temps de poser le pied sur la première marche.
— Tient, elle me tend une lettre avec mon prénom dessus, Nathanaëlle l’a déposé tout à l’heure pour toi.
Je prends la lettre en main et je monte les escaliers. Quand j’arrive dans la chambre, je suis seul, Charly est resté en bas pour fumer et tant mieux. Je sens que je vais enfin avoir les réponses à mes questions. En ouvrant l’enveloppe, mes mains tremblent, mon cœur s’emballe. J’ai peur. Peur de ce que je vais découvrir. Peur d’être déçu. Peur d’être trahie. Peur de tout un tas de choses. Je sors le papier de l’enveloppe. Je le déplie. Je reconnais immédiatement l’écriture de Nath. Je commence à lire.
0 commentaire