CazCami (CS.QUILL)
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Chapitre #1 Burning Dance - Sin
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— Tu dois vraiment garder cette capuche ignoble ? On dirait la Grande Faucheuse.
— Ta gueule, Lylia.
— Les gars vont te chambrer.
— Arrange-toi pour qu’ils ne m’adressent pas la parole. On en a déjà parlé.

Je lui lance un regard noir, coupant court à la tentative de négociation que je sens arriver. Vaincue, elle me répond par un hochement de tête compréhensif. Après plusieurs centaines de mètres, nous arrivons devant son immeuble. Je lève alors les yeux sur le bâtiment qui va m’accueillir pendant les 9 mois et 14 jours me séparant de la liberté. Le 18 septembre j’aurai vingt-et-un ans et je serai libre, dégagée définitivement de son emprise. Pour l’heure, décembre débute à peine et je me les pèle.

J’aurais pu continuer à admirer la façade victorienne si trois filles ne m’avaient pas bousculée comme une merde. Sur le coup, une bouffée d’angoisse me serre le cœur.

Tu viens d’arriver, impossible qu’on mette la main sur toi ici, cool ma vieille.
Je me parle à moi-même comme une putain de malade. Oui, et alors ? J’en ai pris l’habitude ces dernières années, même à voix haute parfois. Totalement flippante.

— C’est quoi ce bordel ? dit Lylia exaspérée, en regardant la queue qui s’est formée sur le trottoir et qui s’engouffre dans l’entrée de l’immeuble.

On doit pousser des dizaines de filles, plus poufiasses les unes que les autres, pour accéder aux escaliers. Là encore, la file d’attente serpente sans que j’en voie le bout. Je perds de vue mon amie dans le flot de pétasses et je me dépêche de la rattraper, incapable de supporter toute cette foule. Au deuxième étage, on s’arrête enfin devant une porte bordeaux et Lylia fulmine en tapant du poing sur le bois usé.

— Pousse-toi de là toi ! dit-elle en s’adressant à une grande brune.
— Hey, fais la queue comme les autres ! répond cette dernière avec sa bouche à pipe.
— La queue pour quoi ?
— Pour la coloc, t’es débile ou bien ?

Lylia la regarde un instant, le temps de réfléchir, et je pourrais jurer avoir vu un éclair passer dans ses prunelles vertes.

— Non, mais je rêve… Ouvrez cette porte les trous du cul ! hurle-t-elle en martyrisant cette porte que j’imagine déjà tomber en morceaux.

Elle continue de plus belle.

— J’entends ton sale rire de con, Charly. Je te jure, viens m’ouvrir tout de suite si tu veux pas que je raconte à ces gonzesses comment tu éjac....

La porte s’ouvre en grand et un bras attrape la manche de Lylia, qui a juste le temps de me choper par le coude. Avant d’avoir pu expirer, je me retrouve dans son appart, enfin le mien pour ces prochains mois… Normalement.

L’intérieur est immense, mais tellement bordélique que ça en devient risible. Des bouteilles de bière vides gisent dans des plantes assoiffées, des canards en plastique apparaissent dans tous les coins et l’odeur de clope est étouffante. Rien ne pourrait me choquer, je suis même plus à l’aise dans ce genre d’ambiance que dans les parfaites petites baraques de bourges.

Lylia attend, les bras croisés, que le fameux Charly lui explique ce que font quatre-vingts nanas devant la porte.

— Ta chambre est libre, c’était l’occasion de bien te remplacer et ça nécessite de grands moyens !

Elle le fixe sans ciller et je ne sais pas trop s’il tremble en retenant son fou rire ou s’il se chie dessus.

— Alors… du coup, on a eu l’idée avec les gars de faire un genre de casting… Sérieux, on pensait que tu t’en foutrais. Et on ne peut pas laisser n’importe qui vivre avec nous.

Elle reste toujours immobile, mais je la connais, elle va lâcher la vapeur dans 4-3-2-1… Elle retourne vers la porte d’entrée et l’ouvre d’un geste sec au moment où trois autres gars apparaissent par la porte de la cuisine.

— Votre attention s’il vous plaît ! hurle-t-elle dans le couloir.

Un troupeau de femelles, ça peut faire un bruit fou et ça n’écoutera pas une voix féminine. Peut-être faudrait-il lancer un pénis dans l’escalier ?

— Fermez-la, les catins !!!

Le silence tombe. Les insultes, ça fonctionne toujours.

— Bien. Merci infiniment d’avoir déplacé vos implants jusqu’ici, mais la chambre n’est plus disponible !
— Comment ça, plus disponible ? siffle la brune qui attend encore devant la porte. Ça fait plus d’une heure que je poireaute !

Elle essaie de forcer le passage, mais Lyl ne cède pas.

— Jo ! s’excite encore la même dégénérée. C’est moi, Lucy, tu sais !

Avant de lui claquer la porte au nez, Lylia lui montre son plus beau doigt. Elle se retourne vers moi, me fait un sourire à se rouler par terre et lève son pouce dans ma direction. J’ai toujours ma capuche sur le crâne, mais ça ne m’empêche pas de sentir des regards se poser sur moi. Quelle idée de merde, vivre ici avec quatre gars… Stupide.

— Même pas en rêve, reprend-elle en direction de tous les garçons. C’est ma chambre, la mienne ! Et j’ai déjà trouvé quelqu’un pour l’occuper pendant mon absence.
— Putain, Lyli, on avait trop moyen ! râle Charly en recoiffant son chignon.
Un chignon, bordel ! Non mec, t’es pas sérieux là ?

Elle me montre du doigt.

— Ferme-la, Charly. Elle, c’est Sin, et je lui dois beaucoup. Elle a besoin d’une piaule, alors elle va rester là une année, le temps que je revienne.

Je me tords les mains, gênée par leurs regards appuyés. Lylia décolle dans deux jours pour une mission humanitaire d’un an au Burkina Faso. Je l’ai appelée quand j’ai eu besoin d’elle et, même si je l’aime énormément, j’ai été soulagée d’apprendre son départ imminent. Elle a bien essayé de me convaincre de la suivre, mais c’est impossible. Elle a vingt-quatre ans, elle est libre. Pas moi. Les aéroports me seront interdits tant que mon vingt-et-unième anniversaire n’aura pas sonné. Beaucoup trop risqué.

— Allez, viens ma poule, on va t’installer.

Elle mime une courbette en me montrant la direction de sa chambre.

— Salut ! me lance l’un des gars alors que je passe à sa hauteur.

Je fixe Lyl pour l’encourager dans son mensonge.

— Te fatigue pas, Brennan, elle est sourde et muette.

Je rigole intérieurement.
J’espère que ça leur coupera l’envie de venir me faire la causette.
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